Homélie du pasteur Dominique Guenin, le 2 juillet – la fête de la Visitation

 Homélie du pasteur Dominique Guenin, le 2 juillet – la fête de la Visitation

Chères sœurs et frères en Christ,

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » – cette citation-clef du dialogue entre le renard et le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry me permet une ouverture et un accès à la Visite de Marie à Elisabeth.

Marie est au début de son temps de porter Jésus en elle – j’ai dû réfléchir comment l’exprimer. Je n’ai pas osé parler de grossesse. Pourtant elle est vraiment en train de devenir mère. Elle l’est déjà.

J’imagine que selon les apparences on ne peut pas encore voir qu’elle est enceinte. On ne peut pas encore voir que ce sera Jésus qui viendra au monde. On ne voit pas non-plus le Saint-Esprit, on ne voit pas le Seigneur. On ne voit pas encore que Marie soit bénie entre toutes les femmes, comme l’évoque le « Je vous salue Marie », voir plus que toutes les femmes,comme nous pouvons l’entendre dans l’Évangile, que toutes les générations la proclameront bienheureuse. Voit-on, selon les apparences, que béni est aussi le fruit de son sein ?

Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent en l’Eucharistie ? Voit-on, selon les apparences, que vous et moi, nous sommes sœurs et frères, aimés et appelés par Dieu, enfants de Dieu et sœurs, frères, amis du Christ ? – Là enfin j’hésite … je ne peux en tout cas pas dire qu’on ne le voit pas … Mais vous savez aussi bien que moi que « l’habit ne fait pas le moine », nous sommes bien d’accord que cette tournure ici est légèrement déplacée …

J’insiste, pour Marie comme pour nous: Comment, selon les apparences elle viendrait à une telle réponse ? « Mon âme exalte le Seigneur / et mon esprit est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, / parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. » Le voit-on ? Et comment donc pourrait-on le voir ?  « Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse »,  j’aimerais le voir selon les apparences ! Où sont-ils donc restés, ces générations ? Ou en sommes-nous aujourd’hui ? « parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses » Oui, s’il te plaît ! J’aimerais bien le voir selon les apparences ! Oh mon Dieu, ou est-tu ? Maranatha, Seigneur viens bien-tôt !

Le Seigneur est là ! – Voit-on, selon les apparences, que le Christ est présent parmi nous ?

« Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux »

Je voudrais appliquer cette pensée à une bonne perception de Marie, de Jésus, de l’Eucharistie, de vous et de moi-même. Même pour la suite du Magnificat de Marie, de tout l’Évangile :

J’aimerais bien voir de mes propres yeux que Dieu soit intervenu de toute la force de son bras ; / qu’Il ait dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / qu’ Il eut jeté les puissants à bas de leurs trônes et qu’Il eut élevé les humbles ; / les affamés, qu’Il les eut comblé de biens et les riches, qu’Il les eut renvoyé les mains vides. / Qu’Il soit venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté – et le serviteur, ce serviteur je voudrais le voir en apparences, et le souvenir de Sa bonté, je voudrais le voir en apparences… Dominique, mon nom, Serviteur du Seigneur, je voudrais le voir en apparences ! Comme vous, sœurs et frères du Christ, vous, baptisés, enfants de Dieu !

Je dois, je crois, commencer avec Marie et Elisabeth non seulement de voir avec le cœur, mais entrer dans cette allégresse de se faire voir par Dieu, de se réaliser d’être vu par Dieu, peut-être malgré les apparences – mais, si j’ai bien compris, plutôt dans les circonstances tels qu’ils sont.

Le mot allégresse vient deux fois dans notre Évangile de la fête de la Visitation : Une première fois c’est l’allégresse de cette « vision du cœur » de Jésus qui fait bondir Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Le dernier des Prophètes déjà avant d’être né « voit » de façon « intérieure » ou « par cœur » le Sauveur à venir. Et ce Sauveur est un avenir !

En suite c’est l’allégresse de laquelle est remplie l’esprit de Marie a cause de Dieu son Sauveur. Suit ce que ça veut dire non seulement pour elle, mais pour tous les opprimés, si il y a un Sauveur, quand Sauveur est.

 

La vision du Sauveur est profondément lié à cette notion d’une vue « DE PROFUNDIS » C’est ce même Dieu qui a dit à son peuple, base vraiment importante dans nos Saintes Ecritures :

J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer … Ex 3,7 

 

Il l’a déjà prouvé, démontré de façon exemplaire pour le monde entier :

Il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; / Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et Il a élevé les humbles ; / les affamés, Il les a comblés de biens et Il arenvoyé les riches les mains vides. / Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté.

C’est pour ça que le souvenir de sa bonté est essentiel pour notre foi. Et c’est pour ça que de se rendre compte d’être vue par le Seigneur est une joie, car ça nous fait entrer – et rester ! – dans la joie du Seigneur, dans l’allégresse.

Et si nos compatriotes romans aux Grisons disent « allegra » pour se saluer, ils sont, sans s’en apercevoir peut-être, un peu dans cette dynamique de la Visitation, tout autant que nous les sommes quand nous nous disons « salut », de même quand nous nous disons « à Dieu ». Loin de moi de vouloir trivialiser la Visitation ! Je voudrais plutôt sanctifier le quotidien !

Permettez-moi de terminer en toute allégresse mon homélie sur la Visitation à l’aide de la sagesse d’Antoine de Saint-Exupéry « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » avec un cantique de Taizé à juste titre bien connu, qui chante tout. Chantons avec Marie, Mère du Seigneur, avec Elisabeth et tous les Saints :

Jésus, le Christ, lumière intérieure,

ne laisse pas mes ténèbres me parler ;

Jésus, le Christ, lumière intérieure,

donne-moi d’accueillir ton amour »

 

Amen.

Prédication par la pasteure Diane Friedli, le 21 juin 2026

Prédication par la pasteure Diane Friedli, le 21 juin 2026

N’ayez pas peur !

 

 

Lectures bibliques Granchamp : Jérémie 20,10-13 ; Romains 5,12-15 ; Matthieu 10,26-33

Lectures bibliques paroisse : Jérémie 20,11-13 ; Matthieu 10,26-33

 

N’ayez pas peur !

Cette interpellation est maintes et maintes fois répétée par Jésus et traverse toutes les Écritures.

Selon la tradition, elle apparaît 365 fois dans la Bible.

Nous avons bien besoin de l’entendre chaque jour : n’ayez pas peur !

Parce qu’il y a de quoi avoir peur.

Dans un monde instable et anxiogène, où menaces et intimidations se succèdent. Il y a de quoi avoir peur. Au futur comme au présent déjà.

Collectivement et individuellement.

Et la peur n’a rien de nouveau. Elle est constitutive de la nature humaine depuis des siècles et des millénaires.

Peur de perdre ce que l’on possède.

Peur de manquer de ce qui diminue.

Peur d’être submergés par ce qui augmente de façon incontrôlée.

Peur de ceux qui pourraient nous priver de quelque chose.

Peur des autres, des inconnus, des voisins.

Peur du lendemain, de l’inconnu.

De ce que l’on ne maîtrise pas.

Peur de la fin. Peur de la mort.

Fondamentalement, l’être humain a peur.

Et en ce jour du dimanche des réfugiés, il serait irresponsable de prétendre que toutes ces peurs sont infondées.

Il est terrifiant de devoir quitter sa terre, de ne pas savoir de quoi sera fait demain, de devoir prendre des risques fous pour échapper à une réalité dans l’espoir de lendemains plus ouverts et mais qui souvent se révèlent bien sombres.

Dans le confort et la sécurité de nos vies, on oublie peut-être cette peur fondamentale de ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Mais dans nos sociétés, les peurs ressurgissent autrement.

Dans l’angoisse de la perte de sens qui altère la santé mentale, ou dans le déni de tout ce qui touche à la mort et qui devient tabou.

N’ayez pas peur !

Une exhortation indispensable.

Un message à contre-courant du naturel.

Car la peur est primaire. Et salutaire aussi parfois.

Elle provoque des réactions de survie, sert de garde-fou dans les situations périlleuses. La peur est une réponse intuitive à un danger réel ou présumé.

(et c’est une personne qui a peur des araignées qui vous en parle!).

N’ayez pas peur.

A vrai dire. C’est une injonction impossible. Car la peur vient d’elle-même de façon incontrôlable et spontanée.

Mais après cette première réaction, vient la conscience. Et lorsque la conscience de la peur est là, alors seulement il devient possible d’en prendre distance.

N’ayez pas peur ! S’adresse à des personnes qui ont déjà peur pour les appeler à dompter cette peur et à la transformer en autre chose.

Dans les évangiles, il y a des récits d’événements de la vie de Jésus, des paraboles et des discours.

Il y a aussi des quelques passages qui sont plus ardus : des compilations de plusieurs paroles autour d’un même thème. C’est le cas du chapitre 10 de l’évangile de Matthieu et de ces quelques versets qui rassemblent des paroles que Jésus aurait prononcées autour de ces appels à ne pas avoir peur.

Ces paroles s’adressent moins aux auditeurs du temps Jésus qu’aux premiers lecteurs de l’évangile.

Les membres de la première communauté chrétienne se comprennent comme les successeurs des disciples de Jésus.

Ainsi les paroles des évangiles adressées spécifiquement aux disiples (et pas aux foules par exemple), sont entendues par ces premiers chrétiens comme des mots qui leur sont directement adressés.

Lorsque Jésus dit à ses disciples qu’il sera dur de proclamer dans le monde le message de l’évangile, il n’évoque pas un vague risque ou une hypothèse mais une réalité pour ceux qui lisent ces textes.

Car les premiers lecteurs de ces paroles vivent dans leur chair la réalité de la persécution.

Ils vivent donc avec cette peur comme proche camarade. Et savent très précisément les conséquences que peuvent avoir un positionnement de foi. Se dire successeur des disciples de Jésus, c’est risquer sa vie.

Cette compilation de paroles leur est adressée à eux.

Un appel à garder confiance et à toujours porter le regard sur le cœur du message de la foi. Malgré les épreuves, malgré les risques, malgré les souffrances, malgré la peur.

Regarder devant.

Jusqu’à présent, nous avons parlé de la peur. Mais nos traductions des textes bibliques choisissent souvent un autre terme. La crainte.

Ne craignez donc pas !

 C’est certainement plus juste car en français, le mot « crainte» possède une subtilité de sens que l’on trouve également dans le terme biblique.

 Craindre, c’est redouter. Parfois même trembler de frayeur.

Mais craindre, c’est aussi éprouver une forme de retenue, de respect profond.

C’est dans ce sentiment de révérence que le monde de l’Ancien Testament évoque la crainte de Dieu.

 Craindre Dieu ce n’est pas avoir peur de lui, c’est éprouver pour Dieu un respect profond.

 En entendant « Ne crains pas !», le croyant convertit sa crainte-frayeur en crainte-adoration. Une confiance qui bannit toute peur.

 Une confiance qui bannit la peur, certes. Mais qui n’élimine pas le danger.

Ces paroles sont adressées à des martyrs. L’appel à donner place à la confiance n’empêche pas la persécution. Il change la perspective des persécutés.

 En insistant sur les deux sens de la crainte.

Ne craignez pas – n’ayez pas peur – de ceux qui détruisent le corps, ils ne peuvent pas toucher à votre âme.

Craignez plutôt – placez votre confiance – en celui dont le pouvoir est plus grand encore.

 Vous valez mieux que les petits moineaux.

Et vous êtes si précieux pour Dieu qu’il a même compté chaque cheveu de votre tête.

 Même si nous ne vivons pas dans cette réalité de persécution, même si nous ne risquons pas notre vie en évoquant le nom de Jésus, je pense que nous pouvons encore trouver du sens à ces paroles pour nous.

 Nous avons à apprendre de ce double sens de la crainte.

La peur est un terreau fabuleusement fertile pour tous les types de manipulations. Elle fait le lit des extrémismes et des pensées totalitaires.

Résister à l’expansion de la peur est un combat qui demande un engagement déterminé et renouvelé encore et encore.

Justement parce que la peur est naturelle et qu’elle répond plus rapidement encore que la conscience, elle doit être combattue sans relâche.

 Si résister à la peur a du sens, c’est pour faire place à autre chose.

Quelque chose qui ne soit ni l’indifférence ni le déterminisme. Mais la crainte. C’est-à-dire le respect profond.

Le respect de la vie comme don de Dieu.

 Pour ancrer ce respect – cette crainte – nous aurions peut-être préféré nous référer à un texte plus léger.

Une parole de sagesse ou une parabole bucolique.

 Mais notre Bible renferme aussi des paroles qui sont dures.

Et tant mieux.

Car le message de l’Évangile qui nous fait vivre ne relève pas d’une jolie sagesse, mais d’une espérance ancrée dans la rudesse de la destinée humaine.

 Ce matin, je vois autour de moi des hommes et des femmes. Faits de cette pâte humaine constituée de toutes nos contradictions, capables du plus beau mais habités aussi parfois de sentiments dont nous ne sommes pas fiers.

Voilà les personnes à qui le Christ s’adresse.

Pas à d’hypothétiques êtres humains lisses et parfaits, mais à nous. A vous, à moi. Dans toutes nos imperfections.

 Ne craignez pas !

Mais craignez plutôt.

 Amen