Homélie du pasteur Nicolas Charrière, le 15 octobre 2026
Amen
Prédication du pasteur André Sauter, le 4 octobre 2026
Communauté de Grandchamp 4 octobre 2026
Esaë 5, 1-7 ; Philippiens 4, 4-9 ; Matthieu 21, 33-43
Retrouver le vivant
Nous recevons des paroles contrastées :
Réjouis-toi dans le Seigneur, la paix garde ton cœur. Nous avons à cultiver cette ressource ineffable qui coule en nos cœurs. Buisson ardent de la Présence, qui n’est pas moins présent et intense aujourd’hui qu’au temps du Christ ou de Moïse. Je suis de sa Présence. Beaucoup viennent ici à Grandchamp pour cultiver ce lien intérieur.
Et puis il y a la vigne qui est dans un état désastreux, qui donne des fruits amers, et où il ne tombe plus de pluie. Ce n’est finalement pas une punition divine, mais le constat aussi pour aujourd’hui. Justice immanente où nous recevons le fruit de nos actes et du non-respect du créé.
Alors que faire ? L’aveuglement humain, la surdité de la société occidentale et des religions monothéistes depuis des millénaires nous conduit à ce désastre.
C’est l’échec de l’éthique et de la prédication des élites religieuses et des dix commandements, c’est l’échec de l’appel prophétique et des enseignements du christianisme.
Alors faut-il tout abandonner ?
On peut avoir la tentation de se replier sur l’invisible, ce qu’a fait le christianisme en dévalorisant le corps et la nature.
Pourtant on insiste sur les deux natures du Christ, pleinement divin et humain. Mais il ne faut pas dire humain, mais bien plutôt visible, la deuxième nature du Christ englobe tout le créé. Dieu se dit pleinement dans la création, mais on s’est dramatiquement centrer sur l’humain uniquement, oubliant les 6 premiers jours de la création, (les animaux sont créées le 6ème jour-le même que l’humain), oubliant Jean 1, qui insiste que le logos se fait chair dans le vivant.
Cela nécessite une révolution de notre manière de vivre la vie et la foi. Et pour cela, mieux vaut en effet s’arrêter et reconsidérer nos manières de prendre soin de la vigne du bien-aimé.
Nous avons désenchanté le monde, en le considérant uniquement comme matière, comme objet utilitaire pour manger et respirer.
Cet été j’ai lu avec passion deux livres de David Abram : Devenir animal, une cosmologie terrestre et Comment la nature s’est tue. Pour une éclologie des sens. C’est un philosophe américain et il a été en lien avec de nombreux peuples premiers.
C’est peut-être finalement seulement à eux que Dieu peut confier sa vigne. Car sous leur houlette, la nature reste indemne et ils en valorisent les trésors.
Les Kogis, peuple autochtone de Colombie, enseigne les enfants au sujet de l’eau, puis dès 8 ans sur les plantes et les arbres et enfin dès 12 ans sur les animaux et ainsi arrivés à l’âge adulte, ils connaissent le vivant et savent en prendre soin.
Nous sommes analphabètes du vivant. Si nous allons dans la nature, nous ne saurions pas que manger et comment communiquer avec les animaux et les arbres.
Et c’est ce qui est aussi passionnant.
Les spécialistes disent que cela ne sert à rien d’alerter sur l’état de la planète, c’est même improductif, les gens ne changent pas de comportement. Il s’agit de montrer une voie qui donne de la joie.
Et apprendre à entrer en relation avec la nature et les animaux, découvrir qu’ils sont dans cette conscience qui vient de Dieu, rend le défi riche, fécond et passionnant.
Il s’agit d’honorer ce qui a été créé comme sujet et non comme objet.
On croit qu’en allant dans la nature, on va l’écouter, mais il s’agit de prendre aussi conscience que c’est elle qui nous écoute. Les oiseaux vont tout de suite signaler notre présence aux autres animaux et aux arbres. Et il y a vraiment possibilité de dialoguer avec eux.
A cet appel, les chrétiens risquent de crier au loup, en disant que c’est de l’animisme, que c’est de l’idolâtrie. Mais ils comprennent mal les appels prophétiques.
Les peuples autochtones ne sont pas idolâtres, ils se savent interconnecté avec tout le vivant. Le vivant est notre être propre. Les classer comme animiste est souvent un jugement péjoratif.
Saint François en est proche, lui qui a composé une prière pour la lune et le soleil. Lui qui les appelait frère et sœur et qui les considérait donc comme habités de cette conscience divine.
C’est vraiment une révolution intérieure que nous avons à vivre.
Les Kogis ont visités la cathédrale de Lausanne et ils ont dit qu’il y avait là un lieu mort, car non en relation avec la nature, les montagnes, les sources et les défunts. Pourtant la rosace , avec les différents saisons dessinées souligne bien leur importance.
Nous pouvons dans notre cœur interroger l’Areuse, et ces beaux arbres qui entourent la chapelle. Que me dis-tu dans mon cœur, Areuse ? arbres ? Nous pourrions aussi composer un chant pour les honorer. Ils peuvent nous enseigner.
L’arche de Noé souligne bien que nous faisons corps avec tout le créé.
Nous avons à entrer en repentance pour tout le mal fait aux peuples premiers.
L’exposition nationale sur le colonialisme met en exergue, par exemple, comment la mission de Bâle a participé à l’exploitation de matière première et a participé à la dévalorisation des cultures indigènes.
La vigne et le bien-aimé sont UN, le visible et l’invisible, le créé et l’incréé. C’est le Vivant.
Nous sommes appelés à nous réconcilier avec nos origines, visible et invisible, à retrouver cette amitié première avec le créé pour que la vie fleurisse sur la terre.
Quel chemin profond s’ouvre pour chacun d’entre nous.
Amen
Homélie du pasteur John Ebbutt, le 1 octobre 2026
Homélie du 1er octobre 2026
Romains 3, 9-12 + 19-2, Luc 8, 22-25
Il arrive que cela commence juste par quelques vagues qui s’agitent, juste un vent qui se lève, de plus en plus fort, et voilà que comme dans une arche, ça tangue, on se sent balloté, quelque chose est en train de changer…
Mais il y a aussi de ces coups de Joran, cette masse d’air froide qui s’abat sur le lac sans prévenir, emportant tout sur son passage, et qui s’infiltre par toutes les interstices, en faisant craquer le bois.
Il y a des tempêtes qui nous font perdre notre équilibre et d’autres qui surviennent comme un coup de tabac, sans prévenir.
C’est ce que raconte si bien Denis Junod, pêcheur – poète sur le lac de Neuchâtel, dans son dernier livre qui vient de paraître : « Le Joran coupe le visage comme un silex. Il nettoie le ciel, fait danser les vagues et rappelle à l’homme qu’il n’est jamais le maître du lac ».
Cette leçon de vie, Jésus et ses disciples vont la vivre dans le sillage d’une traversée. « Passons sur l’autre rive » leur dit-il.
Allons de l’autre côté !
Une invitation, mais inhabituelle, étrange même. Pourquoi donc se rendre comme ça sans absolue nécessité de l’autre côté, au-delà des frontières, en territoire impur, étranger. Qui a-t-il sur la rive d’en face ?
Ils étaient malgré tout montés à bord, et voici que tout à coup, la barque est submergée, le fond de la cale se remplit, tout chavire, part à la dérive comme un fétu de paille emporté par la violence du vent, une coquille de noix au milieu de l’océan.
On se connaît depuis assez longtemps pour que je vous fasse une confidence. Je ne peux étendre ce récit sans me souvenir, douloureusement, d’une traversée personnelle il y a quelques années. J’avais le mal de mer ou de terre, je ne sais… une période vraiment agitée.
Et lorsque chez moi je fermais les yeux pour essayer de trouver un peu de calme dans la prière, j’avais exactement cette impression d’être au cœur d’une tempête. Des bourrasques inouïes, des vagues mugissantes, j’étais éclaboussé de partout…
Et tout ce que je pouvais faire c’était de m’agripper au mat, au gouvernail, au Christ, de toutes mes forces, avec cette crainte de sombrer, tellement la vent, l’eau, les éléments étaient démontés.
Et je me disais que cela devait ressembler à cette tempête sur le lac de Galilée.
Pas juste un mauvais moment à passer, pas juste un vent un peu fort, mais les disciples qui réveillent en panique le maître en criant » : Maître, maître, nous allons mourir ! «
On lit souvent ce passage en regardant cette tempête qui arrive au hasard, sans crier gare, comme les épreuves de la vie, oui… et c’est le mystère de nos traversées …
Mais aujourd’hui j’y vois aussi autre chose. Pour aller de l’autre côté, sur le territoire des Géranésiens, pour entrer dans une terre inconnue, ici le pays des païens avec un fameux épisode qui va suivre, pour affronter l’inconnu et ouvrir son horizon, il y a forcément un passage à traverser, une autre mer à affronter,
Celles des peurs qui parfois nous assaillent
Celles des inquiétudes qui nous empêchent de dormir
Celle de nos agitations qui crient « maître ! »
ET quels bruits parfois dans nos toutes nos pensées qui tournent sans cesse, qui brassent de l’air, quand tout est désordonné, comme un chaos à l’intérieur qui nous perdre l’équilibre.
Les reproches et les regrets, nos rêves défaits, nos luttes et combats, nos deuils et nos tristesses, nos pourquoi
On est alors comme sur l’eau, sans repères, sans signe visible et même le Christ semble dormir !
C’est Christiane Singer qui disait : « Celui qui a vu son ombre est plus grand que celui qui a vu les anges. Celui qui a touché ses abîmes et qui a pourtant choisi la vie met le monde debout ».
Pour les disciples qui traversent la tempête, le vent qui se calme et les vagues qui diminuent ce n’est pas un simple retour à la normale. On ne revient pas en arrière. Après la pluie le beau temps. On l’a échappé belle, ce n’était pas si terrible finalement
C’est l’expérience forte que le Christ seul apporte une paix qui recrée un monde nouveau, un monde intérieur, communautaire, pacifié, réconcilié, pour continuer à naviguer sur l’eau, mais avec une destination, une autre rive, un port où accoster.
Une direction retrouvée comme un cap de bonne Espérance
On n’a pas tous les jours des tempêtes, Dieu merci
Mais à travers elles, on redécouvre la foi essentielle qui permet de flotter sur l’eau des peurs, l’eau des forces obscures, de l’imprévisible, de l’inattendu.
Grandir c’est franchir, oser, affronter,
Croire, c’est réveiller le Christ pour qu’il vienne nous sauver
Quelqu’un disait « Le bateau est plus en sécurité quand il est au port, mais ce n’est pas pour cela qu’ont été construits les bateaux ».
Notre vie est faite pour le large, pour l’autre rive de lumière, pour gonfler ses voiles au souffle de l’Esprit.
Tous et toutes nous sommes appelés à monter à bord avec le Christ, ce compagnon de voyage pour ensuite, et c’est plus important, porter en nous, autour de nous ce monde pacifié par celui qui fait taire le vent et l’eau. Celui qui dans la dureté de la vie est venu mettre sa douceur, dans les conflits son pardon, dans les tempêtes quelque chose de magnifié. C’est l’homme, la femme nouvelles qui ressort de cette traversée avec cette certitude ancrée en nous que nous avons que le pire a été traversé. C’est cette paix immense qui s’étale comme quand le lac redevient lisse, beau, en reflétant le ciel, un miroir étincelant. N’est-ce pas notre vocation ?
Denis Junod le pêcheur décrit si bien cette nouvelle réalité dont vous êtes les porteuses, chères sœurs : il dit :
« Entre Boudry et Auvernier s’étend une plaine d’harmonie, un monde apaisant où l’Areuse s’ouvre en un chant discret, et le vent se couche doucement sur les prés. Elles sont protestantes, mais dans leur vêtement on croirait voir des sœurs au bleu rayonnement. Je sentais chez l’une d’elle, après une visite, une tendresse infinie, une paix recueillie, une lueur bénie. Alors j’ai ajouté des filets, comme on ajoute une prière, pour que l’espoir continue dans l’aube claire, pour que les poissons, les femmes, les collines, les vents sachent qu’un pêcheur veille, simplement ».
Et nous aussi nous pouvons jeter nos filets, faire don de ce que le Christ vient transformer pour que les cieux, la terre et l’eau, l’humain tout entier chante la promesse d’une aube qui se lève sur l’eau claire.
Amen
Homélie du pasteur Guillaume Klauser, le 29 September 2026
Fête de St-Michel et tous les anges
29.09.2026 – Guillaume Klauser
Apocalypse 12, 7-12a et Jean 1, 47-51
Chères sœurs et frères,
Nous vivons tous notre quotidien avec des représentations du monde qui nous entoure. Des
images, des pensées qui classent, ordonnent, arrangent notre compréhension de ce qui se passe
autour de nous. Le réel ne se laisse jamais directement atteindre. Au travers de la situation dans
laquelle nous nous trouvons, nous dessinons une carte de ce que nous pensons être la réalité.
Les textes de la Bible, nombreux, qui utilisent un vocabulaire et des images du genre dit
« apocalyptique » ne font rien d’autre que cela. Même s’ils nous submergent un peu à la lecture,
les symboles, les lieux, les apparitions, les effets sonores et visuels décrits dans ces récits
dressent une représentation du monde et tentent de décrire ce qui ne se laisse pas toucher.
Ainsi les anges nous donnent de voir ce que nous ne pouvons pas voir de nos yeux. Ils nous disent
Dieu, son alliance, le lien qu’il tisse avec nous. Les anges de la Bible nous rappellent que Dieu
communique. Qu’il ne reste pas muet. Et que les combats auxquels nous faisons face sur cette
terre le concernent et le préoccupent.
Le livre de l’Apocalypse, dont nous avons entendu un extrait nous donne de contempler un combat
entre d’une part l’ange du Seigneur, Michael (ou Michel), dont le nom signifie « qui est comme
Dieu » et d’autre part le mal, symbolisé par un dragon. Ce mal qui laboure la terre, ce mal qui divise
l’humanité. Mais au cœur de ce combat, au cœur du mal qui déroute les hommes et les femmes
que nous sommes, il y a cette parole que nous fait entendre une voix forte « Voici le temps du
salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » (Ap 12, 10).1
Le mal, celui qui traverse tant de situations sur notre terre meurtrie, le mal aussi qui nous prend
parfois avec violence dans les tréfonds de notre être… Oui, le mal demeure dans l’humanité une
réalité et une grande question.
Mais, comme autrefois Jacob avait découvert la présence de Dieu dans le lieu où il s’était
endormi, quand il avait vu une échelle avec les anges qui montaient et descendaient (Gn 28, 12),
quelque chose vient nous dire que Dieu n’est pas en dehors du monde, dans son ciel, mais que le
ciel étant ouvert, Dieu se penche vers nous.
Dieu se penche vers nous. C’est ce que s’efforce de nous dire le passage de l’Evangile de Jean.
La rencontre entre Jésus et Nathanaël suit l’appel de Philippe qui, une fois devenu disciple, ne
peut se retenir de partager avec Nathanaël sa découverte.
« Nathanaël, nourri par l’enseignement des scribes et enraciné dans la tradition de ses pères, est
convaincu qu’un Messie doit venir. Mais à l’annonce de Philippe, il peine à croire que ce Jésus de
Nazareth soit le bon »2
. Mais voilà, déjà Jésus a vu Nathanaël sous le figuier. La rencontre saisit
Nathanaël qui, à son tour, va être bouleversé par Jésus. Alors Jésus fait à Nathanaël et aux
disciples que nous sommes une confidence que tout l’évangile se chargera de démontrer : « Je
vous le déclare en vérité : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-
dessus du Fils de l’homme ! ». Il s’agit une fois encore de donner à voir quelque chose que nos
yeux ne peuvent pas voir. Le ciel est ouvert, Dieu se penche sur nous. Par cette évocation de la
vision Jacob, Jésus se révèle comme présence de Dieu sur terre, sous les traits d’un fils d’homme.
Dieu se penche sur nous. Il le faisait autrefois et on pouvait saisir sa préoccupation des combats
terrestres par les intenses combats des anges. Il le fait aujourd’hui par son Christ, lien qui unit le mal, pour en triompher.
Chers sœurs et frères,
« La fête de Saint Michel et des anges a parfois été comprise comme une petite Pâques
d’automne. Un rappel, au moment où les jours vont en diminuant, de la victoire de la vie sur la
mort, de l’amour sur le mal… Une fête qui nous rappelle, si nous devions l’oublier, que le Christ ne
nous abandonne pas devant les épreuves de l’existence, mais qu’il demeure l’Emmanuel, Dieu
avec nous. Dieu pour nous, Dieu en nous. Un Dieu qui ne nous abandonne pas !
Si le mal demeure encore, un chant qui nous parvient du fond des âges : ‘Voici le temps du salut,
la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ’ ! Ce chant ne proclame-t-il
pas le cœur même de notre foi ? Cette foi, qui déjà nous nous fait passer – comme le dit l’apôtre
Paul – de la mort à la vie ? »3
« Voici le temps du salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ !
N’est-ce pas cette audace toute évangélique qui pousse tant d’hommes et de femmes à lutter
contre le mal, pour que règne la justice, la paix et la fraternité ?
Si d’aventure, nous devions perdre courage, n’oublions jamais : Dieu, en son Fils nous tend sa
main. Il est Michaël, [qui est comme Dieu], le Christ qui combat, avec nous, le mal en nous comme
autour de nous. Jamais, il ne nous abandonne, car voici le salut, la puissance et le règne de notre
Dieu, voici le pouvoir de son Christ »4
.
Amen !
