Prédication par le pasteur Alain Monnard, le 13 août 2026

 Prédication par le pasteur Alain Monnard, le 13 août 2026

Prédication jeudi 13 août 2026

1 Pierre 3, 18 à 4, 2+6          Marc 9, 14-29

Il y a des sommets que Jésus a gravi seul… sommets de ravissement et sommets de douleur… extase ou calvaire.

Thabor ou Golgotha, pour Jésus.

Ce sont des pics qui se situent au-delà des mots, à la lisière du concevable, dans l’espace de la poésie et du silence.  

Il y a quelques heures seulement Jésus était transfiguré, moment unique où la divinité de Christ transparait devant trois témoins éblouis.  

Pierre veut alors s’installer dans cette béatitude en montant des tentes, comme on tente de mettre des mots sur l’indicible pour le saisir quelque peu.

Mais l’au-delà des mots est volatile, il va et vient comme le Souffle… ensuite, il faut redescendre… Jésus est redescendu avec ses disciples pour poursuivre sa mission.

Ce fut un moment d’une intense densité avec l’Esprit de Dieu qui irradiait et le Père qui attestait « Celui-ci est mon fils bien aimé que j’ai choisi : écoutez-le ! » La Trinité en présence, en personne, en direct.

A ce moment-là, Jésus est révélé dans unicité… aux yeux des disciples, et peut-être un peu plus à ses propres yeux !

Mais qui dit unique dit aussi solitude. Jésus vit une dimension d’être que personne d’autre ne vit. Peut-être a-t-il rêvé qu’il en soit progressivement autrement… comme tout rabbi qui désire enseigner et voir des disciples prendre le relai de son vivant, devenir rabbi à leur tour, le dépasser même.

Mais il n’en sera rien… quand il redescend, il voit Pierre, Jacques et Jean qui discutent de cette résurrection qu’il vient d’annoncer. Ils parlent entre eux sans le consulter, sans trop savoir de quoi ils parlent… 

Et quand ils rejoignent les autres disciples restés dans la plaine, Jésus les trouve aussi entre train de causer avec une grande foule et des scribes bien agités.

La raison en est donnée à Jésus : un père désespéré par la souffrance son fils a demandé aux disciples de le libérer… ils n’en ont pas été capables de chasser ce qu’ils appellent un esprit muet… l’esprit oui, mais euh, ils parlent avec passion… du pourquoi, du comment, des limites au-delà desquelles la bonne nouvelle du salut n’opère plus ?

La vie de Dieu serait-elle victorieuse jusqu’à un certain point ?

Jésus explose : « Génération incrédule, jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? »

Il y a quelques heures, il était au sommet de la plénitude, baigné et empli de la présence et de la puissance de Dieu… et là il est replongé dans une foule qui doute et débat… qui se débat dans ses doutes !

Jésus met tous ces gens dans le même paquet : les trois disciples avec qui il revient, les 9 autres confrontés à leurs limites, l’enfant, le père, la foule, les scribes… : « génération incrédule ! »

C’est un cri de solitude… « Ras-le-bol d’être seul à y croire ! » ; « Ras-le-bol d’être le seul à voir avec les yeux de Dieu, à ressentir ce qui habite le cœur de Dieu, à discerner en dialogue avec Dieu, à agir en Dieu… »

Peut-être qu’à ce moment-là se confirme en Jésus la conscience qu’il n’y aura pas de son vivant de transmission du ravissement du Thabor à ses disciples.

Il y aura au contraire une solitude toujours plus dense, jusqu’à l’extrême de la croix, où son unicité de Seigneur et de Sauveur sera révélée dans la nuée sombre du drame total.

Et là, il se trouve devant un père désespéré de voir son fils innocent souffrir ainsi, isolé par son mutisme et par ces crises qui font fuir tout le monde… ras-le-bol d’être jugés et rejetés injustement… la détresse par excellence d’un père aimant et impuissant !

Certes ce n’est pas le calvaire du Golgatha, mais quelle galère ! d’autant plus douloureuse qu’il y a eu une lumière d’espoir… « Les disciples de Jésus sont là et on raconte qu’ils ont accomplis guérisons et délivrances ».  

Mais non, rien n’y fait… cette malédiction perdure sans que rien n’y personne n’en vienne à bout.

Aujourd’hui, on peut imaginer une atteinte neurologique qui a empêché l’accès à la parole et qui provoque des crises d’épilepsie… mais le diagnostic (qu’il soit juste ou non) ne diminue en rien la détresse spirituelle de ce père qui ne cesse d’espérer une sortie de cet enfer !

Il y croit sans y croire… et Jésus met le doigt sur son ambivalence. Car croire à l’impossible déprime parfois davantage que d’y renoncer. Espérer oui, mais pas trop, pour ne pas trop déchanter quand ça tarde ou ne vient jamais.

« Si tu le peux… » ose ce père.

Jésus le confronte à ce qui le freine, mais il ne lui brandit pas une théologie de la toute-puissance de Dieu… une théologie qui le placerait une fois de plus devant l’inaccessible, donc dans l’impuissance.

Il le ramène à ce qui est fort et vivant en lui, à cet élan d’amour qui l’habite et le préserve de baisser les bras, malgré son épuisement de proche aidant, son fardeau de chef d’une famille privée du bonheur.

« Si tu y crois… » lui rétorque Jésus.

« Oh oui, j’y crois, mais en même temps vient une autre voix qui me dit : n’y crois pas trop » Et là, le père fait ce que ses disciples n’ont peut-être pas fait ! Il demande à Jésus son aide, sa grâce. Il prie !

« Viens au secours de mon manque de foi… Sauve ma foi, soigne mon cœur ravagé… ça je ne peux le faire, mais toi, tu peux, car tu portes l’Esprit de Dieu en toi, c’est lui qui agit en toi, je le sens ! »

Les disciples ont peut-être considéré l’autorité que Jésus leur avait conférée comme un acquis, une ligne de plus de leur CV d’apôtres, une ressources à disposition, que Jésus soit là ou non, qu’il les envoie ou non.

Mais non, agir au nom de Jésus est toujours une grâce unique, une délégation ponctuelle, une œuvre à toujours enraciner dans la prière… c’est toujours le Seigneur qui agit, ce n’est jamais nous qui faisons agir le Seigneur.

On n’instrumentalise pas Dieu, ni l’autre… voyez à ce propos comment Jésus redonne au père de l’enfant l’initiative du prochain pas… un pas de demande de guérison de son cœur en premier.

Jésus a compris la profondeur de la solitude de l’enfant… il n’est pas seulement muet, il est sourd ; c’est parce qu’il est sourd qu’il est aussi muet. Il vit dans une bulle insonorisée avec un corps dont il perd le contrôle régulièrement.

Jésus prend autorité sur ce qui isole et détruit l’enfant. Et l’esprit mauvais sort… le laissant comme mort. C’est comme si toute sa vie s’était résumé à son malheur et quand il le laisse tranquille, il semble ne rien rester.

Le voilà mort à ce malheur, mort à cet isolement profond, à ce souci d’une crise, à cette angoisse qu’elle soit fatale. Son malheur est mort, il a passé dans le passé.

Son présent… Jésus qui le prend par la main et le tire vers le haut et lui qui se met lui-même debout, face à son père, au village et aux disciples épatés.

L’avenir… il est ouvert devant lui, comme ses oreilles qui enfin entendent, il pourra être rejoint par la voix des autres et une fois leur répondre : entrer en relation.  

Pourquoi Jésus y est parvenu et pas les disciples en l’absence de Jésus ? « Cet esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière »…

Cette thérapie doit s’ancrer dans la relation avec le Seigneur, l’intimité avec Dieu. On ne soigne pas l’isolement spirituel en étant déconnecté de Dieu.

C’est à partir du cœur à cœur avec Dieu que nous pouvons rejoindre le cœur de l’autre, par-delà les obstacles neurologiques et psychologiques.

C’est à partir de l’esprit que l’âme et le corps vont retrouver leur santé.

La prière, vous le savez, ce n’est pas d’abord causer, s’est écouter : tendre l’oreille du cœur, chercher le désir de Dieu, revêtir sa mentalité, discerner ses priorités et ses façons d’agir.

C’est une communion qui n’est jamais détenue, elle a besoin d’être nourrie jour après jour par le Seigneur… à partir du dedans comme la Transfiguration le révèle.

C’est le cas des recoins de notre être qui ne sont pas encore guéris, comme nos histoires passées pas encore libérée.

Pierre dans sa lettre élargira encore la perspective aux dimensions de l’Histoire au sens large. Il ira jusqu’à écrire de Jésus que Vendredi saint, il est descendu au séjour des morts pour évangéliser les défunts du passé afin qu’ils aient aussi accès à la bonne nouvelle du salut.

Personne n’est abandonné, personne n’est laissé dans sa bulle, isolé de l’amour de Dieu est tout-puissant.

Il y a des sommets que Jésus a gravi seul… ou presque parce qu’il est vrai qu’il y avait toujours une poignée de proches, au Thabor comme au Golgotha.

Mais surtout Dieu était là, si visible qu’il en devenait éblouissant ou si discret qu’il en devenait opaque… mais toujours là, sans interruption !

Et Jésus lui emboite le pas : « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Toutefois, nous avons à traverser des expériences de solitudes, car chacun de nous est unique, chaque expérience singulière, chaque chemin personnel… c’est pourquoi y a des limites au partage du vécu, une limite à la compréhension mutuelle.

Parfois c’est frustrant et épuisant… alors monte aussi en nous ce cri « Jusqu’à quand… ? »  Jusqu’à quand cette tension entre la foi et le manque de foi, entre l’intimité qui se passe de parole et les incompréhensions qui nous font causer et causer.

Viens bientôt Seigneur Jésus ! Viens vite soigner notre cœur à cœur avec toi !   Amen

 

Lecture

Première lettre de Pierre, chapitre 3, 18 à 4, 2, plus 6

En effet, le Christ lui-même a souffert pour les péchés, une fois pour toutes, lui juste pour les injustes, afin de vous présenter à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit.

C’est alors qu’il est allé prêcher même aux esprits en prison, aux rebelles d’autrefois, quand se prolongeait la patience de Dieu aux jours où Noé construisait l’arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau.

C’était l’image du baptême qui vous sauve maintenant : il n’est pas la purification des souillures du corps, mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ, qui, parti pour le ciel, est à la droite de Dieu, et à qui sont soumis anges, Pouvoirs et Puissances.

Puisque le Christ a souffert dans son corps, vous aussi armez-vous de la même façon de voir : celui qui a souffert dans son corps en a fini avec le péché. Dès maintenant, vous devez donc vivre le reste de votre vie terrestre selon la volonté de Dieu et non selon les désirs humains.

Voilà pourquoi la bonne nouvelle a été annoncée, même aux morts : ainsi, bien que jugés quant à leur existence terrestre, comme tous les humains, ils ont maintenant la possibilité, grâce à l’Esprit, de vivre une vie selon Dieu.

                                                              Répons

Lecture

 

Évangile de Marc, chapitre 9, les versets 14 à 29 :

En venant vers les disciples, ils virent autour d’eux une grande foule et des scribes qui discutaient avec eux. Dès qu’elle vit Jésus, toute la foule fut remuée et l’on accourait pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? »

Quelqu’un dans la foule lui répondit : « Maître, je t’ai amené mon fils : il a un esprit muet. L’esprit s’empare de lui n’importe où, il le jette à terre, et l’enfant écume, grince des dents et devient raide. J’ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n’en ont pas eu la force. »

Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incrédule, jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi. »

Ils le lui amenèrent. Dès qu’il vit Jésus, l’esprit se mit à agiter l’enfant de convulsions ; celui-ci, tombant par terre, se roulait en écumant.

Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Il dit : « Depuis son enfance. Souvent l’esprit l’a jeté dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous. »

Jésus lui dit : « Si tu peux !… Tout est possible à celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! »

Jésus, voyant la foule s’attrouper, menaça l’esprit impur : « Esprit sourd et muet, je te l’ordonne, sors de cet enfant et n’y rentre plus ! »

Avec des cris et de violentes convulsions, l’esprit sortit. L’enfant devint comme mort, si bien que tous disaient : « Il est mort. »

Mais Jésus, en lui prenant la main, le fit lever et il se mit debout.

Quand Jésus fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier : « Et nous, pourquoi n’avons-nous pu chasser cet esprit ? »

Il leur dit : « Ce genre d’esprit, rien ne peut le faire sortir, que la prière. »

                                                                Répons

 

 

Prédication par la pasteure Martine Sarasin, le 2 août

Prédication par la pasteure Martine Sarasin, le 2 août

Grandchamp 2 août 2026                                                                                          Matthieu 14 :13-21

Hier soir dans le pays se faisaient entendre les fameux « discours du 1er août ». Avec quelques heures de retard, voici le mien : le conte, ou plutôt la parabole de la soupe au caillou.

C’est un vagabond qui arrive dans un village miséreux, avec juste son baluchon sur l’épaule et un bâton de bois.

À la 1ère maison il s’arrête et frappe doucement. La porte s’entrouvre. « Auriez-vous qqch à manger pour un pauvre voyageur ? Un croûton, une petite pomme de terre, n’importe quoi ? ».

La porte se referme prestement. Même refus à la maison suivante, à la 3ème, à la 4ème. Ce n’est pas que le village soit mauvais, mais il est pauvre, et chacun pense en soi-même : Si je donne le peu que j’ai, j’aurai peut-être faim demain.

L’homme se retrouve alors sur la place du village, à côté de la fontaine, et dit soudain, assez fort pour être entendu : « alors je vais faire une soupe au caillou ! » Et il sort de sa besace un galet, lisse et bien plat ; pendant qu’il le lave, la phrase court de porte en porte : « Un étranger prétend savoir-faire de la soupe avec un caillou ! ». Cela suffit pour faire sortir quatre curieux, puis sept, puis douze.

Après quelques regards en coin, quelqu’un se décide à apporter un chaudron que l’on remplit d’eau, et on fait un bon feu dessous. « Plouf ! » fait le caillou. Tous, sur la place, se rapprochent et se penchent un peu en avant, intrigués.

Un peu de temps passe. Le voyageur remue doucement avec son grand bâton.

— C’est en bonne voie, dit-il. En très bonne voie. Ça a le goût d’une promesse formidable. Quoique… avec une petite pincée de sel, le caillou donnerait vraiment toute sa saveur.

Une femme dit : Du sel, j’en ai !

— Mmmm ! Beaucoup mieux, fait l’homme. Quelle merveille de caillou… Bien sûr, si quelqu’un avait un petit oignon, même minuscule, on parlerait alors d’un festin de rois.

Vous devinez la suite : les gens commencent à aller et venir, l’un avec deux carottes un peu tordues, l’une avec un poireau ébouriffé, l’autre avec quelques patates fripées, etc. Bientôt une soupe est prête et tous se serrent les uns contre les autres et goûtent, en fermant les yeux de plaisir.

A la fin une vieille femme, serrant son bol fumant, regarde le voyageur à travers la vapeur :

— Dites-moi la vérité, l’étranger. Est-ce que ce caillou fait vraiment quelque chose ?

La place devient silencieuse. Le voyageur sourit, pêche le galet et le tient en l’air.

— Bien sûr qu’il fait quelque chose. Il nous a aidés à commencer.

Il le pose sur le bord de la fontaine… et s’en va.

 

 

 

Que s’est-il passé dans ce village ? que s’est-il passé dans la plaine autrefois ? un tour de magie ? une multiplication des pains ?? Ce titre apposé tardivement est malheureux ; car il n’est nulle part question de « multiplication », dans aucun des évangiles où l’évènement est raconté 6 fois en tout. 6 fois, c’est insistant. C’est un chiffre dans la Bible qui symbolise l’humain, sa place et sa mission dans la création, son travail, juste avant la perfection du 7. Six, c’est notre part, notre part de responsabilité et de créativité à toutes et tous : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! »

Dans le village comme dans la plaine, il nous est rappelé que personne ne peut dire qu’il n’a rien reçu, qu’il ne puisse offrir. Tous et toutes nous avons reçu quelque chose, qui que nous soyons, d’où que nous venions. Même le plus démuni des humains, même fragiles, même abîmés, même pauvres, même âgés avec nos restes, nous avons quelque chose à donner, peut-être presque rien, mais qui suffit à celui, à celle qui les reçoit :  un pain, une offrande, une présence, un geste, un témoignage de foi … Car ce presque rien reçoit toute l’attention de Dieu. Ce « presque rien » est célébré et béni par le Christ ; il passe dans ses mains pour être donné et pour nourrir, pas seulement les besoins vitaux du corps, mais aussi le besoin non moins vital de lien. La parole du Christ nous donne la mission d’ouvrir nos mains et nos cœurs à l’A(a)utre, pour une libre circulation des biens et des dons, à l’image, osons le dire, de ce qui se vit au cœur de la Trinité.

Ça existe vous savez, la soupe au caillou. C’est, ou c’était une spécialité de la vallée de la Moselle. À la base une simple soupe paysanne, dans laquelle on plonge un galet comme ceux du bord du lac ici,  qui doit être plat sur une face. Et le caillou, en mouvement constant dans la casserole, aide à écraser les ingrédients et à diffuser leurs sucs. Il agit comme un pilon, et en bonus, il stabilise la chaleur dans la casserole, donc pas de surchauffe ni de baisse de température. Une vraie parabole ! Ainsi, nous sommes invités à libérer notre propre saveur, ce que nous avons et portons en nous d’unique, de don gracieux, de compétence, de biens, de rayonnement: en un mot la bonne odeur du Christ.

 « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Participez activement à l’activité divine, créatrice, sans calcul, et salutaire ! prenez soin de l’autre qui a soif et faim, de nourriture, d’attention, de respect, de dignité… Est-ce irréaliste face à l’immensité des besoins ? Mais le Christ est venu. Il nous a, le premier, offert sa pauvreté ; et comme un sourcier il nous révèle et fait grossir la rivière souterraine de nos capacités d’aimer. Comme lui, et avec lui. À sa suite, nous sommes des passeuses et des passeurs en ce monde, de la générosité de Dieu.

Aujourd’hui le Christ nomade passe… Il laisse devant nos maisons non pas un caillou, mais cet humble morceau de pain, ce presque rien que nous allons recevoir à l’eucharistie, témoin et réalité d’une Présence qui nous aide à commencer. Amen.

Homélie par le pasteur Heiner Schubert, le 30 juillet

Homélie par le pasteur Heiner Schubert, le 30 juillet

Mc 6, 45-52 Grandchamp 30.7.26

Heiner Schubert, Communauté Don Camillo

Le récit de l’apparition inattendue sur le lac rappelle la nuit de la foi que rencontre inévitablement celle qui s’est mise en route pour suivre le Christ.

Au milieu de la tempête, au milieu de la nuit, elle se croit abandonnée, délaissée, seule.

Elle est comme paralysée, elle ne voit que l’obscurité, si bien qu’elle est incapable de voir le jour se lever. Dieu semble avoir fermé son ciel; il est en voyage, apparemment.

On rame, il y a du vent, rien ne bouge, bien qu’on s’épuise à contrer les éléments.

Dans le moment de crise, on est livré à soi-même. Les jolies convictions spirituelles ne comptent plus. Tout devient unidimensionnel, on commence à fonctionner en mode automatique.

La foi est mise à l’épreuve, car tout ce qui n’est pas authentique ne tient plus la route. C’est l’heure de vérité, celle où se révèle ce qui me porte au plus profond de moi-même.

 

Dans de tels moments, on court le danger de voir des fantômes. Dans notre récit, le fantôme que les disciples croient voir les menace; il représente un danger.

Dans la nuit de la foi, les fantômes ressemblent en général à des mirages. On désire échapper à l’impasse dans laquelle on croit se trouver. Le mirage nous fait croire qu’une autre vie serait possible; une vie sans souffrance, sans effort.

À la base, c’est ce que le Diable propose à Jésus dans le désert: Un succès instantané, sans chemin pénible, sans conflits, sans effort. Dans une communauté ou dans une Église, si la vie spirituelle commence à s’enliser, on cherche souvent le salut dans des réorganisations miracles qui ne font qu’aggraver la situation. On redouble d’efforts à la rame au lieu de chercher le silence et de se questionner.

 

Nous vivons dans un temps, dans lequel les fantômes se multiplient, véhiculés par l’offre surabondante de l’internet; l’IA ne fait qu’augmenter l’illusion. À la base, ce n’est qu’un tsunami d’informations, sans esprit, sans créativité; c’est de l’air chaud, ce n’est rien pour y bâtir sa vie. Les disciples ont raison de craindre les fantômes. Ceux-ci peuvent nous voler notre vie pour la rendre insignifiante et sans importance.

 

Le plus grand personnage mythique des Grecs, c’est Ulysse. Il doit passer par des épreuves, parfois épouvantables. Une des épreuves consiste à ne pas succomber aux chants envoutants des sirènes. Ulysse demande ses hommes de le ligoter et puis attacher à un mât de son bateau pour y résister tandis que, de leur côté, ses soldats se bouchent les oreilles avec de la cire. Les sirènes sont une autre image puissante pour les forces qui cherchent à empêcher que nos vies s’accomplissent.

 

Très intéressante est la petite remarque de Marc: Jésus voulait les dépasser. Il les voit ramer, mais il n’a pas l’impression qu’ils sont au bout de leurs forces, cependant, il estime apparemment utile qu’ils fassent encore un peu d’efforts. De toute manière ils ne semblaient pas avoir besoin d’aide.

Je vois dans cette phrase le moment clé du récit, même si elle est plutôt discrète. Jésus nous fait confiance. Il croit en nous. Il honore notre foi. Il la juge assez robuste pour traverser les nuits et les tempêtes. Nous sommes invités à croire en nous-mêmes. Ce que Jésus a semé en nous a germé et est appelé à croitre. C’est justement dans les moments sombres que nous devons compter sur la force de notre confiance.

 

Tout au début du récit, Marc nous rapporte que Jésus s’est rendu seul sur une colline pour prier. Jean dans son évangile nous révèle que lorsque Jésus prie, il prie pour les disciples, c’est à dire pour nous ici présents. Il prie pour qu’ils ne perdent pas espoir, qu’ils soient encouragés sur leur chemin parfois épineux. Il ne faut jamais oublier que nous sommes entourés par les prières du Christ, même dans les heures les plus sombres de notre existence.

 

Homélie par le pasteur Timothée Reymond, le 29 juillet – fête de Béthanie

Homélie par le pasteur Timothée Reymond, le 29 juillet – fête de Béthanie

Homélie du 29.07.2026 à Grandchamp – Béthanie

Au fil des siècles, les croyants et toutes celles et tous ceux qui cherchent Dieu se posent la question de l’image de Dieu : Comment est-il ? Quels seraient ses traits de caractères ? Comment le définir ?

Dès lors, il est bon de revenir aux Écritures. Elles nous disent, dès le départ, que l’être humain est créé à l’image et ressemblance de celui qui le met au monde, ce qui fait déjà de lui un père, source de toutes vie. Nous pouvons donc penser que tout ce qu’il y a de légitime dans le cœur humain (sensibilité, intelligence, compassion, etc.) correspond à quelque chose qui se trouve en Dieu.

C’est pour cela que nous voyons le Christ, image parfaite du Dieu invisible, comme l’écrit saint Paul dans sa lettre aux Colossiens (1,15), éprouver du chagrin à la mort de Lazare et une vive émotion au spectacle de la douleur de Marthe et de Marie.

Comme le rappelle le livre de la Sagesse, Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte du vivant, il n’a aucune complicité avec elle et cela laisse entier de notre propre mort qui fait partie de notre vie.

En effet, les signes opérés par Jésus nous disent qu’il vient nous rendre totalement à nous-mêmes, au-delà de tout ce qui – dans notre vie – annonce notre finitude.

La réanimation de Lazare vient clore une série de « miracles » qui sont passage de la maladie à la santé, de la paralysie à la mobilité, de la faim à la satiété, de la cécité à la clairvoyance. Par là nous devenons images du Dieu vivant, au lieu de rester figures d’idoles aveugles et muettes. 

Voici qu’avec Lazare Jésus s’attaque au « dernier ennemi, la mort» (1 Corinthiens 15,26).

La réanimation de Lazare est une prophétie, une annonce de la victoire pascale du Christ sur la mort, victoire remportée en notre nom à tous. Par elle, au-delà du bon et du mauvais, du bien et du mal, nous devenons « comme Dieu »,

 « Participants à la nature divine. » 

Sans autres précisions, l’évangile semble dire que Lazare reprend sa vie d’avant, pour des années, avant de mourir un jour, naturellement.

Avec la résurrection du Christ nous apprenons qu’il s’agit au contraire d’une vie toute nouvelle : la vie de Dieu et en Dieu.

Et puis, il y a cette « Gloire de Dieu » dont parle le Christ, un mot qu’on a peut-être de la peine à utiliser aujourd’hui !

Rendre gloire à Dieu, c’est d’abord lui attribuer tout ce qui est « beau » et

« bon » dans nos vie et, à partir de là, vivre dans la confiance et dans la gratitude.

« Rendre gloire à Dieu » revient à le reconnaître dans ce qu’il est : Amour de tout amour.

Alors, que cette glorification – qui concerne aussi le Fils qu’il envoie – puisse prendre racine dans la maladie de Lazare, voilà qui mérite réflexion !

Nous apprenons en effet que Dieu fait surgir du bon même de tout le mauvais qui peut nous affecter. Oui, mystérieusement, l’Amour peut utiliser le pire pour faire advenir le meilleur.

Ainsi, tout ce qui nous agresse se trouve non seulement neutralisé, mais encore devient le lieu d’une création nouvelle…

(Et on remarquera que Jésus ne s’attribue pas la réanimation de son ami ; depuis le début du récit, Jésus rapporte tout au Père. C’est le Père qui l’a envoyé et, comme toujours, ses œuvres sont les œuvres du Père, celles que le Père lui donne à faire.)

Comme l’évangile nous le rappelle, la gloire du Père passe par la gloire du Fils et réciproquement. Une gloire qui passe par les larmes du Fils, qui sont par là-même les larmes de Dieu Père.

Sans doute une manière pour Dieu de rejoindre la famille humaine dans ses moments les plus douloureux et les plus sombres…

Et si Dieu partage nos larmes, il se tient tout proche de nous à tout moment, dans la discrétion et le respect dont il fait preuve à notre égard. Pourtant, nous nous demandons souvent s’il n’est pas absent…

Les larmes du Christ près du tombeau de Lazare manifeste son humanité et sa divinité, en pleurant, il se fait solidaire de tout être qui souffre. Et en relevant son ami Lazare, il révèle la véritable puissance de Dieu qui libère – déliez-le – et qui donne la vie en abondance – laissez-le partir.

Alors, en ce jour où nous faisons mémoire des amies et ami de Jésus à Béthanie, si nous pouvions accueillir cette réalité d’Évangile : Dieu recueille chacune de nos épreuves et les transforme déjà en lumière de résurrection.

 

Jésus, notre frère, toi qui es résurrection et vie, comme tu as fait revivre ton ami Lazare, fais-nous sortir de nos tombeaux intérieurs.

Devant Marthe et Marie, tu as pris le risque de montrer la plénitude de ton amour.

Nous qui cherchons à te suivre, conduis-nous par ton Esprit Saint sur ton chemin, afin de nous donner sans calcul pour les autres, avec toi.

C’est ainsi que tu nous feras découvrir la beauté d’une communion avec toi, avant-goût de la vie éternelle.

Amen.