Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 2 novembre 2025

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 2 novembre 2025

Prédication Zachée, Luc 19, 1à10 et 2 Thess 1, 11à2,2 « Vous avez cru, nous prions afin que Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé, que par sa puissance il vous donne d’accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi ».

L’’histoire de Zachée est une belle histoire. Il y a bien sûr de nombreux critères pour définir ce qu’est une belle histoire. Nous n’en avons certainement pas tous la même définition.

Une belle histoire, est-ce une histoire qui finit bien ? Ou qui nous fait du bien ?

Ou encore une histoire qui nous émeut ? Qui nous interpelle ou nous transforme ?

Il y a de tout cela dans cet écrit de Luc. Ce qui pour moi fait la beauté particulière de cette rencontre est le fait qu’elle transforme Zachée de fond en comble.

Luc place dans son évangile la rencontre de Zachée juste après la narration de la guérison de l’aveugle de Jéricho qui suivait la question de l’homme riche, préoccupé d’obtenir la vie éternelle et qui s’en allait tout triste de ce que Jésus lui avait dit quant au partage de sa richesse.

Ce qui avait fait dire à Jésus qu’il était bien difficile à un riche de parvenir dans le Royaume de Dieu, tout en affirmant à ses disciples que ce qui était impossible aux humains ne l’était pas pour Dieu. Zachée en sera l’illustration.

Zachée désire voir qui est Jésus, Luc ne nous dit pas pour quelle raison. Ce que Luc formule pour nous, c’est le désir de Zachée qui veut voir Jésus lors de son passage. Zachée est un homme riche, percepteur d’impôts à Jéricho qui n’est pas une ville frontière, mais néanmoins une bourgade où il y a beaucoup de passage sur la route qui mène à Jérusalem. Zachée a de l’argent pour réaliser ses désirs, mais là il se heurte à la limite de sa taille, il est petit, trop petit pour avoir une chance d’apercevoir Jésus dans la foule.

Il est petit certes mais astucieux, il va se donner les moyens de satisfaire son désir.

Bravant le ridicule, il grimpe dans un arbre aux branches basses, un sycomore.

Nous ne savons donc pas ce qui a motivé ce désir de Zachée, d’où lui est venu cette idée, ni pourquoi il y tient tant. Il en est ainsi souvent dans notre vie, tout à coup, nous en avons la conviction, c’est le moment de saisir l’occasion qui se présente, alors sans hésiter nous y allons.

Mariann Budde, évêque de Washington l’indique ainsi dans la prise de décision qui l’a fait interpeller Donald Trump. Il y a en amont tout un cheminement qui conduit à la décision qui s’impose. Il y a sans doute dans la vie de Zachée quelque chose qui a préparé ce désir et l’a poussé à agir ainsi.

Je crois que Dieu désire nous rencontrer et qu’il inscrit ce désir au cœur de notre être, comme un appel.

Jésus est venu d’ailleurs pour permettre cette rencontre. Luc nous le rappellera en conclusion, Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

C’est ainsi que Jésus fait part à Zachée de son désir de venir demeurer chez lui, là tout de suite.

C’est maintenant, parce que l’appel à saisir la vie est là, maintenant, tout près. Il y a urgence de nous ouvrir à cette présence, que parfois nous différons par manque de temps ou peut-être plus grave par manque d’écoute de ce désir que Dieu formule pourtant en notre cœur.

C’est l’invitation que Jésus ne cessait de porter aux uns et aux autres tout au long de son ministère, parce que le temps pressait, il l’avait dit aux siens, sa mort allait survenir tantôt, mais ils n’avaient pas compris. Alors inlassablement il a offert cette présence agissante et guérissante. Que veux-tu que je fasse pour toi ? demandait-il à l’aveugle dans cette même ville de Jéricho. C’est ce matin à chacun (e) de nous qu’il s’adresse, « que veux-tu que je fasse pour toi ? Quel est ton désir ? »

A Zachée en réponse à son désir simplement de le voir, Jésus se révèle comme celui qui se tient à sa porte. IL fait même bien davantage en lui offrant sa présence chez lui. Zachée accepte aussitôt et s’en trouve transformé. Jésus comble le désir de Zachée bien au-delà de ce qu’il attendait en grimpant dans un arbre, c’est cela qui comble de joie Zachée qui s’empresse d’accueillir son hôte.

Zachée est riche en biens matériels, mais cela ne fait pas forcément de lui un homme heureux. Certainement que de par sa fonction, il n’est guère apprécié, peut-être est-il plus malheureux qu’on ne le pense, à l’image des personnes qui bien qu’à l’abri de tout souci matériel ne se sentent pas comblées. Zachée est sans doute un mal-aimé, un rejeté, un pauvre au fond.

Sans doute n’imaginait-il pas que Jésus puisse s’intéresser à lui et en tous cas pas s’inviter dans sa demeure, fut-elle luxueuse.

Ce n’est pas ce qui intéresse Jésus, certains pensent même qu’il ne se rend pas compte avec qui il fraye. Mais eux le savent, eux connaissent Zachée, c’est un impur du fait de son contact avec l’argent et c’est un filou. Comment se fait-il que Jésus le choisisse lui ?

Jésus porte son regard sur Zachée, il l’a vu perché dans son arbre, au-travers des branches, il veut le rencontrer chez lui.

C’est que la rencontre avec Jésus nécessite aussi un lieu et un temps à part.

Vous le savez bien, vous, nos Sœurs, qui vous rassemblez et nous conviez à la régularité de vos offices, il y a un temps pour s’asseoir aux pieds du Seigneur et un temps pour se relever.

Jésus se fait proche de cet homme qui en est tout retourné. Il décide alors de faire de l’ordre dans ses biens. Il donnera la moitié de sa richesse aux pauvres et comme le dira délicatement Luc, s’il a fait tort à qqn, et c’est avéré, il rendra au quadruple ce qu’il a pris, selon la pratique romaine.

Le changement est conséquent, même incroyable, on aimerait bien savoir comment cela s’est passé. Jésus a-t-il dit une parole à Zachée qui l’aurait poussé au partage de sa richesse ?

Nous ne saurons rien d’autre que ce que Luc nous en fait comprendre. La présence de Jésus a été suffisante pour opérer ce changement radical.

C’est cette seule présence de Jésus qui opère cette conversion de Zachée.

La générosité de l’amour de Dieu entré dans sa maison rend heureux le cœur de Zachée et lui donne d’être généreux.

« Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison «  Zachée est un fils d’Abraham, Jésus fait de cet exclu un élu du peuple de Dieu.

Cela résonne à nos oreilles comme le rappel de la prédication de Jean-Baptiste : « de ces pierres, Dieu peut susciter des fils à Abraham », il n’y a pas de prédestinés au salut ou alors il s’agit de tous.

Je crois bien que c’est tout le ministère de Jésus que de venir nous offrir sa présence inconditionnelle. Alors je m’interroge, est-ce que je vis vraiment de cette présence généreuse? Est-ce que je m’en laisse réjouir ? Est-ce que je me laisse interpeller ainsi dans mon éthique, dans ma vie quotidienne ?

Qu’est-ce que cette présence du Seigneur change dans le concret de ma vie ?

Pour vous, nos Sœurs, nous le voyons bien, cela a changé l’orientation de votre vie, et je crois volontiers que cela vous est un choix à renouveler.

Pour nous autres aussi, c’est un choix régulier que de nous engager à vivre dans l’attention et l’ouverture à la présence du Seigneur en nous.

Tout à l’heure nous nous réjouirons ensemble de ton engagement Laurence dans le TOU, c’est le choix que tu as fait de vivre en communion avec les Sœurs de Grandchamp et de rejoindre cette famille spirituelle, en route ensemble dans une prière commune pour l’Unité.

C’est certainement dans nos engagements aussi que se vit et se donne à voir les fruits que la présence du Seigneur nous donne de porter.

L’apôtre le formulait en ses mots à la communauté de Thessalonique : nous prions afin que Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé, que par sa puissance il vous donne d’accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi ».

La prière est bien nécessaire pour répondre régulièrement à l’appel que le Seigneur nous adresse et pour que nous puissions en réponse à sa présence généreuse nous montrer nous aussi généreux et qu’ainsi notre foi reste une foi active et vivante.

Oui, cette histoire de Zachée est une belle histoire.

Belle par l’espérance qu’elle nous porte aujourd’hui.

Dans la réalité, dans le contexte qui sont les nôtres aujourd’hui, le Seigneur s’approche de nous, il s’invite chez nous, il vient pour être à demeure en nous, tout cela est de l’ordre de la Grâce, signe de son amour inconditionnel.

Puissions-nous, comme Zachée, tout fragiles, tout tordus que nous sommes, puissions-nous répondre avec une joie renouvelée à cette invite :

« Chez toi, aujourd’hui, il me faut demeurer ». Notre réponse comblera ainsi le désir de Dieu.

Amen

Homélie du pasteur Serge Molla, le 1er novembre 2025, Fête de la Toussaint

Homélie du pasteur Serge Molla, le 1er novembre 2025, Fête de la Toussaint

Mt 5,1-12     Es 6, 1-8        Apc 7, 2-17

Heureux ou en marche, c’est ainsi que l’on traduit le premier mot prononcé par Jésus dans ce fameux passage de l’évangile de Matthieu. Le problème, c’est que l’adjectif heureux donne une impression statique ; il semble évoquer un état permanent, alors que l’expression en marche suggère au contraire un mouvement. Alors comment entendre ce mot qui fait refrain sur les lèvres de Jésus ? Les disciples reçoivent-ils une qualification ou une injonction dynamique ? Entendez-vous un adjectif qui évoque un bonheur offert ou une parole forte qui vous met en route ?

Tout d’abord, c’est bien à ses proches que s’adresse Jésus, à ces quelques hommes qui ont lâché leur quotidien pour le suivre et l’écouter. Mais c’est aussi à vous mes sœurs, qui avez effectué des renoncements qui sont toujours à refaire siens, non ? C’est également à vous qui êtes présents ce matin, qui ne faites pas comme tout le monde, sinon vous ne seriez pas là. Jésus s’adresse donc en premier lieu à celles et ceux qui veulent être décentrés, pour ne pas dire délivrés d’eux-mêmes.

Et à bien y regarder, elles bousculent ces paroles fortes qui toutes commencent par heureux ou en marche. Elles dérangent parce qu’elles sont loin d’inciter à un bonheur à bon marché, à disposition de tout un chacun comme les leçons autocentrées et proposées dans nombreux d’ouvrages de développement personnel. Elles vont vraiment dans un tout autre sens que celui de vous permettre d’atteindre une zone de confort.  Ces paroles creusent au contraire l’abîme qui fait du disciple quelqu’un d’à part. Mais, comprenez-moi bien, pas quelqu’un d’à part au sens de quelqu’un de meilleur, d’exceptionnel, à envier, qui aurait trouvé la recette de l’équilibre intérieur, mais d’à part, qui ne suit pas le mouvement général, ne fait pas siennes les valeurs courantes. Quelqu’un d’à part, en tout cas pas des modèles aux yeux de la société. Ce sont pourtant ceux-là que Jésus désigne, ceux qui ne jouent pas le jeu du monde.

A commencer par les pauvres de cœur, c’est-à-dire ceux qui ne revendiquent rien, qui ne comptent pas sur leurs propres forces, mais qui placent leur espérance en Dieu.

Mais aussi les doux, faibles aux yeux du monde, Il ose les déclarer heureux, en allant jusqu’à dire qu’ils auront la terre en partage, comme une manière d’affirmer que la terre appartient à ceux qui sont privés de tout droit et de tout pouvoir, ce qui à vue humaine…

Jésus poursuit en déclarant heureux ceux qui pleurent, ceux qui ploient sous la douleur de la perte, Il leur promet que le deuil ne les brisera pas, mais qu’au contraire ils porteront le deuil dans la force de celui qui lui-même les porte, ce qui à vue humaine…

De même Il ose déclarer heureux ceux qui ont faim et soif de justice, eux qui ont renoncé à leur propre justice. N’est-ce pas eux qui portent devant Dieu et à la suite du crucifié le cri de ces affamés et assoiffés mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?

Heureux sont les miséricordieux, ajoute-t-il, c’est-à-dire ceux qui éprouvent dans leur chair même, dans leurs entrailles, la compassion et l’intense désir de relever l’autre, malgré tout. Dieu ne pourra que faire de même à leur égard.

De même, Il désigne comme heureux ces cœurs purs qui ne regardent que Celui qui marche devant eux et lui appartiennent sans partage, ces naïfs qui semblent détachés de tout réel horizontal.

Jésus pointe comme heureux moins ceux qui parlent de paix qu’ils ne la sèment et la bâtissent en renonçant à la violence, des mots et des actes, qu’elle soit poli-tique, sociologique, psychologique ou économique, convaincus qu’ils sont que la fin ne justifie jamais les moyens mais qu’au contraire les moyens mis en œu-vre ne font qu’annoncer la fin recher-chée.

Jésus va plus loin encore en déclarant heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, c’est-à-dire ceux que l’on jette au fond d’une geôle en espérant que tout le monde les oubliera. Il affirme heureux ceux qui sont objets de scandale et de moquerie pour un monde qui ne connaît que les mots de vengeance, de violence et de pouvoir, un monde qui sème la haine et bafoue jour après jour toute justice, où l’horreur se déploie et que les plus faibles paient au prix fort.

Alors, mes sœurs et mes frères, entendez bien : heureux sont les disciples, heureux êtes-vous à cause de moi, précise Jésus. Non pas par quelque tour de passe-passe ou miracle qui éloigneraient la violence subie, le rejet, l’horreur, ou ferait disparaître comme par enchantement le mal ou tout ce qui porte atteinte à la création ou à la vie. Non, rien de tout cela n’est écarté ni effacé. Au contraire, l’horreur, le tragique demeurent, mais tout ce mal se concentre à la croix qui tient Dieu dans ses branches, arbre croix où Dieu se tient car Il a tant aimé le monde qu’Il l’embrasse jusqu’au bout.

Aussi entendez-bien et réjouissez-vous : vous toutes, vous tous, comme chaque disciples, vous êtes appelés à être heureux, c’est-à-dire à vivre d’un bonheur qui n’a rien à voir avec ce que désigne habituellement ce vocable que l’on associe volontiers à quelque sérénité et paix. Heureux êtes-vous à cause d’un autre, de moi dit Jésus. Elle est lourde de conséquences cette affirmation de bonheur. Elle n’incite donc pas à mépriser ou rejeter le monde, mais à le porter avec le Christ, sans être abattus, à prier sans relâche, malgré tout, sans être écrasés ou aigris.

C’est pourquoi, finalement, je me réjouis de la double traduction heureux et en marche. Oui, heureux, êtes-vous, vous qui placez librement votre existence à l’écoute d’un autre. Heureux êtes-vous qui ne croyez pas ou plus aux discours qui posent la puissance et la force comme seuls moyens d’affirmation et d’identité. Heureux êtes-vous qui renoncez à l’avoir pour l’être, vite dit mais non vite fait.

Mais impossible d’imaginer que ce bonheur permet d’attendre simplement, d’opter pour la passivité, jusqu’à croire qu’un tel bonheur se satisfait du statu quo. Et c’est pourquoi l’expression en marche traduit également l’adjectif utilisé par Jésus. Oui, une marche vous attend, aussi exigeante que nécessaire pour rester à l’écoute, pour ne pas perdre pied, pour ne pas se laisser prendre par l’anxiété et la déprime au cœur du bruit et de la fureur du monde.

Vous voici tendus dans l’écoute jusqu’à découvrir que cette attention, cette écoute d’un autre, vous conduisent à l’attention de ceux que l’on ne voit pas ou plus, à l’écoute des non écoutés, à l’écoute de la création toute entière qui souffre et gémit.

Et si la lassitude guette et qu’il fallait être encouragé pour cette marche exigeante, rappelez-vous que bien des témoins du Christ, ses amis, nous précèdent, ceux que l’on désigne parfois comme saints. Ce sont ceux dont Dieu connaît les noms, inscrits au livre de vie. Ces saints qui ont tenu bon malgré tout, malgré le mal et l’injustice, malgré les menaces, la souffrance et parfois la mort. Ils ont tenu malgré tout, témoignant par leur ténacité du Dieu vivant qui essuiera toute larme des yeux, qui rassasie toute faim et étanche toute soif.

Heureuses, êtes-vous mes sœurs en Christ. Heureux, êtes-vous mes frères en Christ. Amen

 

Prédication par la pasteure Laurence Mottier, le 26 octobre 2025

Prédication par la pasteure Laurence Mottier, le 26 octobre 2025

Prédication 26 octobre 2025 Grandchamp

Textes bibliques Si 35,15b-17.20-22a 2 Tim 4, 6-8. 16-18 Luc 18, 9-14

 

Y-a-til un privilège à être croyant·e ?  un privilège à être fidèle à Dieu et à ses commandements ? y-a-til un avantage à faire tout bien comme il faut ?

 La parabole de Jésus vient démonter cette certitude si ancrée dans la pensée religieuse:  qu’en étant pratiquante cela m’octroyerait une position enviable, privilégiée, réservée aux élus. Qu’elle me préservait de tout. Et donc, que la perfection est gage d’exclusivité.  Et donc, que des actes parfais, conformes à la volonté de Dieu serait une performance de la foi, attendue voire exigée par Christ.

 Pour nous décontenancer, Jésus raconte une histoire; une histoire qui met en scène deux personnes, représentant deux attitudes croyantes, opposées l’une à l’autre.

 D’un côté, une personne religieuse, spécialiste de la Bible, des lois et des règlements et très pratiquante.

De l’autre une personne très loin, voire exclue de la sphère religieuse car pratiquant une activité décriée et détestée: collecter des impôts et des taxes pour l’occupant romain et se remplir les poches au passage.

 

Et l’inconfort vient que dans la parabole, la première adopte une posture d’autosuffisance et d’autocomplaisance; cette personne très religieuse croit et se convainc qu’elle a tout bien fait et qu’elle mérite les bénédictions Dieu et tout le bien qu’il y a dans sa vie; le Pharisien est tellement autosatisfait- il se félicite de toutes ses bonnes actions et de sa propre justice-  qu’il en devient méprisant pour tout ce qui n’est pas lui ou qu’il se persuade n’être pas lui.

Il se définit non seulement à l’inverse du commun des mortels mais se croit à ce point supérieur aux autres qu’il considère le reste de l’humanité comme des nuls. Le verbe grec est très fort: exoudeueô mépriser ne faire aucun cas de l’autre, le tenir pour un zéro.

La personne du Pharisien (racine hébraïque: distinct, à part) représente ici le religieux sectaire, se pensant le chouchou le préféré de Dieu. A l’abri de tout et au-dessus de tous.

C’est bien cette attitude que Jésus cherche à démasquer et à démonter.

 Et l’inconfort se poursuit, car la deuxième personne, le collecteur d’impôt qu’on pourrait traduire par le corrompu le collabo l’escroc l’opportuniste, adopte une posture d’humilité, d’incertitude face à Dieu, le collecteur qui tire avantages du bien des autres ne se sent pas à la hauteur pour se présenter devant Dieu. Il se sait coupable, il se sent nul, il bat sa coupleet attend un apaisement, dans une attitude d’humilité et d’inquiétude.

 Voilà bien deux attitudes aux antipodes, se voir en plein ou se voir en creux, complétude on se tient debout sûr de son fait de sa foi de son dieu (trafiqué à notre image) mais c’est cela même qui nous rend aveugle à autrui même pire qui nous permet de mépriser tous ceux qui ne sont pas comme nous.

Ou en manque on se tient à distance en retrait pas sûr du tout de soi, en supplique et en inquiétude devant Dieu.

 On aurait attendu l’inverse: un religieux humble et un collecteur imbu de lui-même.

 L’Évangile de Luc prend clairement parti pour la deuxième posture: pourquoi ?

Le Christ nous veut-il misérable tout petit humilié et dépendant? aime-t-il l’autoflagellation l’humiliation de soi et la culpabilisation excessive? attend-il cela de nous? Evangile nous infantiliserait et nous réduirait à presque rien? fait-il appel à une image dégradée de soi-même pour oser se présenter devant Dieu?

 On comprend le refus de la première posture: si tout est plein si je suis remplie de moi-même à ras bord, il ne reste aucun espace pour l’autre: le Dieu Autre qui cherche à me rencontrer et aussi autrui mon prochain (déranger mes certitudes ma vision du monde ma foi et mes croyances…) être plein de soi c’est dénigrer les autres, le reste de l’humanité. Y’en a point comme moi/nous.

C’est la posture que la théologie chrétienne a appelé depuis Augustin péché, incurvatus in se, incurvé en soi, tourné vers soi; ce qui fait dire à la philosophe Simone Weil, que le péché est d’abord et surtout une erreur d’orientation; on tourne le regard exclusivement sur soi, ses intérêts, ses besoins, sa vision, en excluant tant Dieu qu’autrui. Ce que Catherine Chalier nomme   l’intéressement à soi, le renforcement de l’être pour soi et en soi, qui devient alors source de tous les malheurs et du mal en excès. Car l’autre le visage de l’autre est nié et disparait au profit du moi incurvatus in se. Incurvé.

La dénonciation de Jésus devant l’hypocrisie des religieux de son temps et sur leur monde clos fermé à autrui a été sans concession et lui a coûté sa vie. Car Jésus a allumé chez les religieux une haine inextinguible. Et ce que j’entends dans cette parabole, c’est que cette dérive est toujours possible dans une religion, dans une Eglise une confession, une communauté, une théologie, une pratique religieuse qui se ferme sur elle-même et sur sa propre vérité. Au mépris de tout le reste.

Cette dérive est grave et dommageable. Car Jésus ne fait pas là une leçon de morale, mais il énonce ce qu’il vivra dans sa chaire d’homme: il sera la pierre rejetée, méprisée par les bâtisseurs (Actes ce fameux verbe exoudeueô). Ceux qui construisent de beaux édifices théologiques et spirituels de somptueuses institutions peuvent se fourvoyer et rejeter la pierre décriée qui est pourtant celle qui pourrait faire tenir tout l’édifice. Le Christ, la pierre d’angle. Et cette violence et cet aveuglement coûtent des vies humaines.

 

Ce que permet l’autre posture ? Jecrois que reconnaître sa dépendance, sa limite, son inadéquation laisse un espace ouvert à la rencontre, à ce qui peut relier à Dieu et aux autres.

Ce n’est pas tant la posture d’humiliation qui plaît à Jésus et qu’il faudrait encenser ou rendre obligatoire (dérive perverse et malsaine) mais ce qu’elle permet dans notre relation à Dieu et aux autres. Se penser en creux permet la rencontre, la survenue de l’autre auprès de moi, en face de moi.

N’est-ce pas là le sens même du mot religion qui vient d’une double racine latine:  religare (lier ou relier) et religere (relire recueillir). Entrer en religion, c’est relier et relire, se relier à Autrui et se relire devant Autrui. Aucune autosuffisance, aucune auto satisfaction ici mais un chemin d’humble accès et de co-humanité.

Seul Dieu est le plein: le soi n’est pas au centre mais bien la Transcendance. C’est Autrui qui me fait advenir à moi-même; je ne peux pas me définir seule mais seulement à travers la rencontre d’autrui. Voilà une porte spirituelle essentielle, si petite qu’on peut la louper dans nos efforts si religieux de satisfaire des idéaux de perfection et de maîtrise.

Ce qui signifie aussi que le Dieu de JC vient dans nos failles dans nos égarements et nos tâtonnements pour nous aimer et nous conduire au cœur de la vie. Dieu ne nous veut pas parfaits ni complets; ce sont justement des sentiments repoussoirs qui barrent l’accès à Dieu et au visage d’autrui. l’accès au vivant, à la vie.

 Chères sœurs, chers frères, quel décentrement dans les paroles de Jésus !

 Se croire debout, juste et sauvé, c’est déjà chuter, c’est être à côté de la plaque.

 Accepter le décentrement c’est pouvoir se relever et retrouver sa dignité, sa place.

Mais ce que je crois aussi c’est que la porte n’est jamais fermée : Rien ne dit que le Pharisien restera toujours dans son auto-suffisance et rien ne dit que le collecteur a vraiment saisi qu’il peut sortir de son sentiment d’humiliation. Qu’il est digne.

Dans cette parabole j’entends que Jésus est un lanceur d’alerte de la grâce toujours offerte, toujours possible, jamais close sur elle-même mais toujours donnée, redonnée, en surabondance. Quoi qu’il se passe, une main de Dieu est tendue vers nous, vers moi, vers vous.
Saisir cette main, c’est vivre un renversement celui de l’Evanglie.

Ce qui est abaissé sera élevé

Ce qui est élevé sera abaissé

 Ce renversement que Marie, future mère de Jésus et prophétesse en Israël, chante dans ce même Évangile Luc 1,48.

Dieu a dispersé les orgueilleux

Il a renversé les puissants de leurs trônes et il a élevé les humbles

Il a rassasié les affamés et renvoyé les riches les mains vides

 Est-ce que la maternité celle de Marie et de chaque future mère ne dit-elle pas le creux et le plein ?

L’utérus, cet organe creux, capable de recevoir et de porter la vie d’un autre humain, avant de le mettre au monde – porter au creux de ses bras.

L’utérus, qui a inspiré l’idée de compassion dans la Bible: un pluriel rahamim, métaphore appliquée à Dieu et aussi au Christ pour dire que le Divin est remué, touché aux entrailles aux tripes à la matrice càd au plus profond  de son être devant la détresse humaine, devant le malheur, devant l’humanité de chaque être humain.

Le Christ ressent une compassion pour nous qu’il porte en lui, au creux de lui comme une mère porte le bébé à naitre, comme elle le nourrit, le protège, lui parle, le rassure et l’accueille dans ce monde.

 L’Évangile est une parabole, qui nous déplace, qui permet un décentrement, un pas de côté.

Une parabole qui nous met en route vers des retournements paradoxaux. Doxa = évidence routinière certitude inamovible convictions à bon marché ce qui tue et exclut, alors que le paradoxe nous fait voir autre chose, ce qui est dans les creux, les vides, les marges, l’ailleurs, dans un renversement qui nous garde inquièt·es et libres.

Amen

Laurence Mottier

Homélie par Pierre-Yves Brandt, le 28 septembre 2025

Homélie par Pierre-Yves Brandt, le 28 septembre 2025

 

Chers frères et sœurs,

Les textes de ce dimanche nous parlent des riches. Aucun de ces textes ne condamne la richesse en soi, mais tous mettent en garde contre la cupidité et les risques de mettre sa confiance dans les biens matériels et l’argent. La Première Lettre à Timothée dit ainsi sans ambages que « la racine de tous les maux est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Ceux qui possèdent de grand bien risquent de s’enorgueillir et de mettre leur espoir dans des richesses incertaines (1 Tm 6,17). Le risque, c’est l’autosuffisance. Grâce à ce que j’amasse, je me crois en sécurité. Or c’est une sécurité incertaine. La guerre, un incendie, un tremblement de terre, un effondrement de la bourse ou la faillite d’une banque peuvent me ruiner en un rien de temps.

Mais le risque de tout perdre n’est pas le risque principal que veut souligner la Lettre à Timothée. Nous mourrons tous un jour et nous perdrons tout. L’impermanence du monde matériel est le lot commun de chacun et le bouddhisme a bien souligné que d’y être attaché nous expose à des souffrances dont on peut se libérer en se détachant de l’attrait des biens de ce monde. Si l’on en restait là, ce serait une question à résoudre entre soi et soi : veux-tu diminuer les sources de souffrance en te détachant ?

Les textes de ce dimanche vont plus loin que d’avertir sur les souffrances qui attendent ceux qui s’attachent à ce qui est impermanent. Les textes de ce dimanche mettent en lumière le danger principal qui guette les riches : à force d’avoir les yeux fixés sur l’appât du gain et sur leurs possessions, les riches risquent de ne plus voir ceux qui ont moins et ceux qui n’ont rien. Cela peut aller jusqu’à les tromper, les exploiter, les traiter comme des marchandises. Le prophète Amos est sévère à l’égard des élites du royaume d’Israël, telles qu’il les voit se comporter à son époque. Au chapitre 8 lu dimanche dernier, il fustigeait les marchands qui faussent les balances et qui pratiquent la traite de leurs semblables : ils achètent un pauvre pour le prix d’une paire de sandales. Au chapitre 6 lu aujourd’hui, il décrit les autorités qui vivent dans le luxe, laissent aller le pays à la ruine et n’en ressentent aucun tourment.

La richesse peut centrer sur soi et boucher la vue sur la misère de ceux qui n’ont rien. C’est aussi ce qui est reproché au riche de la parabole que Jésus raconte. Il y a un pauvre du nom de Lazare qui git à sa porte et personne ne s’en soucie. Ce n’est que quand le riche se trouve au séjour des morts qu’il lève les yeux et regarde Lazare. Là, on découvre que le riche avait bien dû connaître l’existence de Lazare puisqu’il connaît son nom. Mais il l’a ignoré. Son confort l’avait rendu insensible à la misère de Lazare. Il comprend bien que c’est là la cause de son tourment actuel. Ainsi, quand Abraham lui dit qu’il est maintenant impossible que Lazare vienne l’en soulager, il demande alors que Lazare soit envoyé auprès de ses cinq frères pour les avertir.

Pour les avertir… Mais les avertir de quoi ? Le texte ne le dit pas. Comme si cela était si évident qu’il n’y avait pas besoin de le dire explicitement. Le problème n’était pas la richesse, mais le manque d’humanité du riche à l’égard de Lazare, l’absence de relation qui respecte la dignité de Lazare, l’absence de compassion face à sa faim et à ses plaies.

La Première Lettre à Timothée dit que quand on fuit l’amour de l’argent, alors on est capable de rechercher la justice, la piété, la foi, l’amour, la persévérance et la douceur. A l’inverse, l’amour de l’argent engendre des relations injustes, qui bafouent la piété, sans foi, sans amour, versatiles et dures. C’est pourquoi, quand nous constatons que nous nous comportons de manière injuste à l’égard de ceux qui nous entourent ou que nous avons soudain des paroles ou des gestes durs à leur encontre, cela devrait nous alerter. Qu’est-ce qui est en train de me séduire et de capter toute mon attention, au point que je me mets à maltraiter ceux qui sont à ma porte ? De même, lorsque nous sommes prêts à considérer soudain comme sans valeur des objets, coutumes ou lieux pour lesquels nous avions jusque-là une dévotion, il vaut la peine de nous interroger sur ce qui a pu brusquement nous rendre si irrespectueux. Quels sont nos mobiles, qui justifient brusquement des comportements qui ne manifestent plus aucune considération pour ce que nous respections jusque-là ? Ou si nous perdons toute constance, prêt à tout bousculer dans un sens puis dans un autre, sans motif clairement apparent, juste en nous rassurant nous-mêmes que c’est ainsi que l’on peut se prouver qu’on est libre. On achète des affaires pour les revendre, on saute d’une relation affective à une autre, d’une communauté religieuse à une autre, etc. Qu’est-ce qui m’anime secrètement ? Me voici soudain comme si j’étais devenu sans foi en Dieu ou dans les autres. Dans quel « Bien » suis-je en train de mettre ma foi ? Ou me voici devenu comme sans amour de Dieu ou des autres, mais mettant mon amour dans l’argent ou une autre forme de richesse ? Oui, tous ces comportements devraient être des alertes qu’il y a anguille sous roche. Je me suis attaché à un bien que je veux posséder à tout prix, et donc je suis prêt à tout au mépris des autres et tout spécialement de ceux qui n’ont que de pauvres moyens pour accéder à une vie bonne sans la solidarité de ceux qui les entourent.

Car l’amour qui nous attache à mort, n’est pas seulement l’amour de l’argent. Il y a d’autres formes de richesses qui ne sont pas les biens que Dieu dispense en abondance (1 Tm 6,17). On peut être obnubilé par la recherche de l’admiration des autres, par la recherche d’une réputation, par l’exercice du pouvoir. Quel est le bien, ou plutôt le pseudo-bien, dont la recherche m’amène à devenir dur à l’égard des autres, sans pitié, prêt à les tromper, à m’en méfier… ?

A l’opposé de l’amour qui nous attache à mort, il y a l’amour qui engendre la vie, qui suscite des liens vivants où l’autre, les autres deviennent des partenaires pour construire un monde plus juste où l’on peut vivre en paix. Cet amour commence à germer dans notre cœur quand nous nous mettons à l’écoute des commandements de Dieu, des lois de vie disait Simone Pacot, des repères qui nous aident à trouver notre juste place. Écouter la voix de Dieu au milieu de toutes les voix qui s’élèvent autour de nous n’est pas toujours simple. La Première Lettre à Timothée parle du beau combat de la foi. Il s’agit d’un acte intérieur, du choix de mettre toute sa confiance dans la Parole que Dieu nous adresse, à chacun de nous personnellement. C’est actif, un choix à refaire parfois plusieurs fois par jour. Oui, un combat pour dire à Dieu et à nous-même, parfois aussi à haute voix devant les autres : je crois. Je crois dans ce Dieu dont Jésus est le visage que nous pouvons contempler à taille humaine. Je crois dans ce Dieu si humble qu’il a parlé par la bouche d’un homme qui venait de la périphérie mais qui cependant ne craignait pas de se considérer comme son fils bien aimé. Je crois dans ce Dieu qui, en Jésus, s’est livré entre nos mains. Je crois en ce Fils de Dieu qui raconte une parabole qu’il conclut en disant que même si un homme ressuscite des morts, ce que cet homme enseignera ne convaincra que ceux qui l’auront déjà été à l’écoute de la loi de Moïse et des prophètes (Lc 16,31). La conclusion de la parabole s’est parfaitement accomplie à la résurrection de Jésus. N’ont mis leur foi en lui que ceux qui ont reconnu en lui l’accomplissement de ce qu’annonçait la foi d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, la loi de Moïse, les prophètes d’Israël. Accomplissement si puissant qu’il a traversé les siècles jusqu’à nous, mais si fragile qu’il paraît sans apparence dans le tumulte du monde.

Alors vous aussi, femmes et hommes de Dieu, fuyez ce qui vous égare loin de cette foi. Combattez le beau combat de la foi, conquérez la vie éternelle, mettez votre espérance en Dieu qui nous dispense tous les biens véritables en abondance.   

Prédication par la pasteure Martine Sarasin, le 5 octobre 2025

Prédication par la pasteure Martine Sarasin, le 5 octobre 2025

 

Luc 17 :5-10         Grandchamp 10/2025

Curieux assemblage, que cet enchaînement de prises de paroles par Jésus… Ont-elles vraiment été prononcées l’une après l’autre ??

La 1ère se veut une réponse à l’inquiétude des apôtres devant les exigences de la mission. Comment vivre un tel programme ?? On les comprend. Alors ils demandent : « augmente en nous la foi ! ». Et Jésus réplique : « la foi, si on l’a, et même si elle n’a l’air de rien, peut réaliser l’impensable : dites à cet arbre d’aller se planter dans la mer, et il le fera! » .

Puis sans transition une parabole, mettant en scène un serviteur obéissant, qui ne fait que des choses utiles, ordonnées par son maître. Ce dernier va-t-il être reconnaissant ? Jésus ne le dit pas. Mais il pose cette conclusion : « Vous, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : nous sommes des serviteurs inutiles ».

En quoi ces paroles sont-elles « bonne nouvelle » ?? Qu’ont-elles pour rassurer, stimuler, vivifier notre service, notre mission ?

Il y a d’abord cette histoire d’arbre ; Jésus fustige-t-il simplement le manque de foi des apôtres, par un exemple extrême ? Mais tout de même, étrange exemple. Quel intérêt pour le Royaume, de réaliser cette performance ? C’est irrationnel et inutile, osons le dire…ça ne sert ni Dieu ni l’homme, sauf peut-être celui qui accomplit ce prodige. L’exemple donné ressemble plutôt une prouesse, et me paraît plutôt un contre-exemple. On n’a pas pour mission d’épater la galerie, ce n’est pas ce que Jésus demande aux siens, ni ce qu’il a recherché pour lui-même, bien au contraire.

Vu sous cet angle le serviteur, lui, par contraste, évolue dans le cadre d’une relation, qui est relation d’obéissance. Il n’agit pas de son propre chef mais il accomplit les ordres qu’il reçoit d’un maître. Toute la différence est là, d’avec le précédent. Alors penchons-nous un peu sur ce serviteur qui, je l’espère, nous représente. « Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : nous sommes des serviteurs inutiles ». Soulignons d’entrée que ce n’est ni Dieu ni le Christ qui qualifient le serviteur ainsi. Il n’est pas dit que nous comptons pour rien aux yeux de Dieu, ni qu’un serviteur en vaut un autre, ni que Dieu peut très bien se passer de nous. Non, ce qui est écrit c’est : dites, dites vous-mêmes, à propos de vous-mêmes, que vous êtes des serviteurs, des servantes inutiles.

Ainsi, qu’est-ce que le Christ pointe ? Il soulève la question de NOTRE RESSORT INTERIEUR quand nous servons, quand nous témoignons, quand nous rendons service, quand nous suons à la tâche, quand nous accomplissons des miracles, quand nous prions…. Dans quel esprit faisons-nous les choses, dans l’obéissance même à notre Maître ? qui servons-nous ? et avec quelle intention ? Qu’est-ce qui anime l’Eglise dans l’exercice de sa mission ? et moi ? à quoi, à qui suis-je accrochée, quand je travaille, quand je prêche, quand je regarde, quand je prie… Suis-je accrochée à moi ou au Christ ? C’est tout.

On n’est pas dans la parabole des talents. Ici, « l’inutilité » ne porte pas sur le service accompli -qui lui est hautement désirable, précieux, indispensable- mais elle porte sur l’opinion que nous avons de nous-mêmes. Ayez en vous cette posture qui ne revendique rien pour soi ni n’attend de félicitations quand vous donnez votre temps, vos forces, votre amitié, vos efforts pour servir le Maître. Un enfant ne se regarde pas jouer, il joue ! De la même façon, le serviteur ne se regarde pas servir ; il est à sa tâche, rien qu’à sa tâche, sans s’évaluer lui-même. Et sa tâche, c’est d’exécuter la Parole entendue de la manière la plus ajustée possible, en gardant les yeux fixés sur son maître.

Tant qu’on a les yeux fixés sur le bien qu’on fait ou ne fait pas, tant qu’on a le souci de savoir ce qu’on vaut et d’en recevoir validation, on se préoccupe de soi, on tourne autour de soi. Qui veut sauver sa vie, la perdra ! Dietrich Bonhoeffer l’exprimait à sa façon dans ses écrits de prison: « qui suis-je ? ce gentilhomme ferme et serein, souriant et parlant comme un homme accoutumé à vaincre, ainsi que me le disent mes gardiens ? ou cet homme que moi seul connais, inquiet, malade de nostalgie, affolé comme un oiseau en cage, et cherchant mon souffle comme si on m’étranglait ?...Qui suis-je ? celui-ci aujourd’hui ? celui-là demain ? ou les deux à la fois ? Dérision que ce monologue ! Qui que je sois tu me connais, ô Dieu, et je t’appartiens ». Quelle libération !

Jésus, le Serviteur par excellence, disait de lui-même : « Je ne fais rien de moi-même, mais j’agis selon ce que le Père m’a ordonné. Je ne fais rien pour moi-même, mais pour que le Père soit glorifié. » Soli Deo gloria. Tel est le ressort profond de toute sa vie, mort comprise. Il s’est rendu volontairement obéissant, sans automatisme ni soumission servile. Il a choisi de se laisser conduire et porter par l’Esprit pour faire la volonté de son Père, qu’il (qui l’) aime. Le Fils a effacé de son programme toute prétention à se faire valoir, il s’est abandonné à l’élan venu d’en-Haut, essentiel, salutaire à savoir : exprimer, traduire, donner dans sa personne et sa vie la puissance de l’amour et de la vie divine.

Aujourd’hui dans son élévation, le Seigneur nous invite à laisser le passage à Dieu (tiens ? passage !…) comme lui l’a fait; afin que son Royaume advienne ici, par notre obéissance et notre Père sera glorifié. La valeur du vase d’argile, c’est le trésor qu’il porte… Telle est la révélation de l’évangile, que l’apôtre Paul nous enjoint de garder « dans toute sa beauté ».

Ainsi, aimons être ce simple vase que Dieu façonne. Il est bon que nous existions. « Merveille que je suis ! » s’exclame le psalmiste dans sa louange ; il se reçoit du regard de l’Autre. Tout est une question de justesse, celle d’être à sa juste place, sans se mépriser ni se complaire en soi-même. Qu’importe nos réussites et nos ratages, nous avons été saisis par le Christ et nous lui appartenons.

Pour terminer, une grâce qui découle de cette appartenance ; j’en ai trouvé l’expression en cherchant l’équivalent hébreu de l’inutile. L’un de ses très rares emplois, dans le 2ème livre de Samuel ch.6, désigne David à moitié nu qui saute et danse de toutes ses forces devant l’arche du Seigneur. Et voilà que la fille de Saül ricane devant ce comportement d’un roi et le traite de « bon à rien », littéralement d’homme « vain et inutile ». Où est l’honneur en effet, où est l’utilité de sauter et danser et chanter devant son Dieu ? Ni honneur ni prouesse il est vrai, mais gratuité… qui dévoile que la relation au Maître est de l’ordre de l’amour.

 

Et de cette gratuité naît la JOIE. La joie… parfaite.

Amen.

Prédication le 25 septembre par la pasteure Aline Lasserre

Prédication le 25 septembre par la pasteure Aline Lasserre

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Prédication Veuve de Naïn, Luc 7, 11 à 17 :  Résurrection du fils de la veuve de Naïn.

 

Mon Dieu, que lui dire à la veuve de Naïn ? Comment être proche d’elle, comment la consoler ?

Quand j’ai appris la mort de son fils unique je suis restée sans voix. Mais pourquoi elle à nouveau ? Quand je l’ai connue, elle était déjà veuve, elle élevait seule son petit garçon, son fils unique. Le drame de la mort de son mari avait ébranlé toute la bourgade de Naïn. Quand on parlait d’elle, on ne mentionnait plus jamais son prénom, on l’appelait toujours du nom de son malheur, la veuve de Naïn. Et parfois on ajoutait : « la pauvre ». Maintenant un nouveau deuil la frappait, son unique fils, celui qui avait été sa raison de vivre, était mort.

Que lui dire à la veuve de Naïn ?

Je ne peux pas lui dire que je comprends ce qu’elle vit, moi dont les deux fils sont en bonne santé. Je ne peux pas lui dire que ça va aller, moi qui n’en sais rien.

Faudrait-il lui parler de Dieu ? Mais justement que fait-il Dieu ? Pourquoi n’est-il pas intervenu ? J’ai parlé d’elle à Dieu mais à elle je n’ai rien dit. Je n’avais rien à dire. J’aurais même voulu détourner mon regard, fuir ce visage bouleversé, être au loin, ne pas savoir, ne pas voir. Fuir au loin, mais une amie ne se dérobe pas, alors je suis juste allée m’asseoir près d’elle et je lui ai pris la main et j’ai pleuré à ses côtés. Il a bien fallu se lever pour se mettre en route pour accompagner le cercueil, on était nombreux à marcher vers la porte de la ville, presque toute la bourgade.

Tout à coup notre marche bien silencieuse fut interrompue par la marche d’un autre cortège, un cortège exubérant, qui chantait et qui parlait fort. C’était indécent. C’était le cortège des disciples avec Jésus leur maître, ils le fêtaient lui, Jésus, qui venait de guérir le serviteur d’un centurion romain.

Alors j’ai pensé mais pourquoi pas son fils à elle ?

Une grande foule les suivait, tout comme nous.

Deux cortèges qui se croisent, l’un empli de tristesse et l’autre de joie. Ce n’est pas compatible et pourtant n’est-ce pas ainsi souvent dans la vie, joie et tristesse se mêlent et s’entremêlent. D’ailleurs, j’en ai fait moi-même l’expérience. Dans les jours heureux du mariage de notre fille, mon mari a perdu son frère.

Est-ce une aide de la vie pour que la joie se faufile dans la peine ? Je ne sais pas.

Est-ce le signe que la vie se fraye un chemin même dans la tristesse pour inscrire sur notre horizon une lueur de joie, comme l’enfant qui sourit alors qu’une larme coule encore sur sa joue ?  Ou serait-ce un signe que Dieu nous donne de savoir que tout n’est pas englouti dans la mort ? Je ne sais pas.

Ce que j’ai vu c’est que lorsqu’ils ont été tout près de nous, leur maître s’est approché. Lui n’a pas détourné son visage, au contraire il a longuement regardé la veuve de Naïn avec tant de douceur et de compassion que cela nous a touchés au cœur. Ses yeux étaient humides quand il lui a dit : « Ne pleure pas ».

IL n’a pas dit cela comme nous le disons parfois quand nous ne supportons plus les pleurs de l’affligé ou quand nous trouvons que le chagrin a assez duré, non il l’a dit comme si devant lui le chagrin n’avait plus de raison d’être. Comme si le temps annoncé et espéré où Dieu séchera toutes les larmes de nos yeux était arrivé, là, maintenant.

Et puis il a posé sa main sur le cercueil, en disant : « Je te l’ordonne, reviens à la Vie » Alors les porteurs se sont arrêtés net devant cette parole qui avait arrêté la mort. Le fils de la veuve de Naïn s’est assis, il a retrouvé la parole et Jésus l’a remis à sa mère.

A nouveau je suis restée sans voix et puis les mots sont revenus. Des deux foules la joie s’est répandue dans la danse et le chant.

« Un grand prophète s’est levé parmi nous, Dieu a visité son peuple « 

Oui ce jour-là nous avons vu Dieu au milieu de nous, manifester que sa Vie est plus forte que la mort, qu’il est le Dieu de toute vie qui ouvrira toujours devant nos pas un chemin de Vie, le chemin de sa Vie.

On serait bien restés là, tous ensemble dans cette joie qui nous portait et nous faisait rire et chanter.

Mais Jésus s’est remis en route et moi j’ai changé de cortège.

Je l’ai accompagné sur le chemin qui le menait à Jérusalem porter l’amour de Dieu qui relève, sauve et guérit. Et j’ai vu aussi les regards de haine qui cherchaient à le faire mourir.

Quand il est mort, je n’étais pas là, j’avais fui, comme beaucoup, emportant avec moi toutes mes questions que parfois je hurle à Dieu :

« Pourquoi lui, pourquoi tant de haine sur cette terre ? Pourquoi tant de peuples en guerre, tant d’injustices, de tortures d’innocents, d’enfants affamés, de parents mutilés ? »

J’ai appris qu’il était revenu à la vie, que Dieu avait prononcé pour son propre fils cette parole : « Je te l’ordonne, reviens à la Vie »

Jésus est revenu chercher ses disciples, comme il revient nous chercher dans nos lieux de désolation les plus profonds, pour leur porter et nous porter cette Parole de Vie plus forte que toute mort.

La mort n’a pas pu le prendre, elle a dû le rendre, parce que la Vie de Dieu est plus forte que la mort.

Cette parole de Vie que Jésus a prononcé ce jour-là à la porte de la ville de Naïn, Dieu l’a prononcée à Pâques et il la prononcera à notre mort, parce qu’il est le Dieu de toute vie.

Il est et il restera le Dieu de toute vie, même quand la mort nous frappe.

Que le regard qu’il pose maintenant sur nous, nous relève et nous console parce qu’il se tient là pour toujours à nos côtés pour nous porter sa Vie, jusque dans les lieux de la mort même.

Que cette certitude nous console, nous porte et nous fortifie. Amen

 

Grandchamp, 25 sept. 2025  AL

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Prédication Veuve de Naïn, Luc 7, 11 à 17 :  Résurrection du fils de la veuve de Naïn.

 

Mon Dieu, que lui dire à la veuve de Naïn ? Comment être proche d’elle, comment la consoler ?

Quand j’ai appris la mort de son fils unique je suis restée sans voix. Mais pourquoi elle à nouveau ? Quand je l’ai connue, elle était déjà veuve, elle élevait seule son petit garçon, son fils unique. Le drame de la mort de son mari avait ébranlé toute la bourgade de Naïn. Quand on parlait d’elle, on ne mentionnait plus jamais son prénom, on l’appelait toujours du nom de son malheur, la veuve de Naïn. Et parfois on ajoutait : « la pauvre ». Maintenant un nouveau deuil la frappait, son unique fils, celui qui avait été sa raison de vivre, était mort.

Que lui dire à la veuve de Naïn ?

Je ne peux pas lui dire que je comprends ce qu’elle vit, moi dont les deux fils sont en bonne santé. Je ne peux pas lui dire que ça va aller, moi qui n’en sais rien.

Faudrait-il lui parler de Dieu ? Mais justement que fait-il Dieu ? Pourquoi n’est-il pas intervenu ? J’ai parlé d’elle à Dieu mais à elle je n’ai rien dit. Je n’avais rien à dire. J’aurais même voulu détourner mon regard, fuir ce visage bouleversé, être au loin, ne pas savoir, ne pas voir. Fuir au loin, mais une amie ne se dérobe pas, alors je suis juste allée m’asseoir près d’elle et je lui ai pris la main et j’ai pleuré à ses côtés. Il a bien fallu se lever pour se mettre en route pour accompagner le cercueil, on était nombreux à marcher vers la porte de la ville, presque toute la bourgade.

Tout à coup notre marche bien silencieuse fut interrompue par la marche d’un autre cortège, un cortège exubérant, qui chantait et qui parlait fort. C’était indécent. C’était le cortège des disciples avec Jésus leur maître, ils le fêtaient lui, Jésus, qui venait de guérir le serviteur d’un centurion romain.

Alors j’ai pensé mais pourquoi pas son fils à elle ?

Une grande foule les suivait, tout comme nous.

Deux cortèges qui se croisent, l’un empli de tristesse et l’autre de joie. Ce n’est pas compatible et pourtant n’est-ce pas ainsi souvent dans la vie, joie et tristesse se mêlent et s’entremêlent. D’ailleurs, j’en ai fait moi-même l’expérience. Dans les jours heureux du mariage de notre fille, mon mari a perdu son frère.

Est-ce une aide de la vie pour que la joie se faufile dans la peine ? Je ne sais pas.

Est-ce le signe que la vie se fraye un chemin même dans la tristesse pour inscrire sur notre horizon une lueur de joie, comme l’enfant qui sourit alors qu’une larme coule encore sur sa joue ?  Ou serait-ce un signe que Dieu nous donne de savoir que tout n’est pas englouti dans la mort ? Je ne sais pas.

Ce que j’ai vu c’est que lorsqu’ils ont été tout près de nous, leur maître s’est approché. Lui n’a pas détourné son visage, au contraire il a longuement regardé la veuve de Naïn avec tant de douceur et de compassion que cela nous a touchés au cœur. Ses yeux étaient humides quand il lui a dit : « Ne pleure pas ».

IL n’a pas dit cela comme nous le disons parfois quand nous ne supportons plus les pleurs de l’affligé ou quand nous trouvons que le chagrin a assez duré, non il l’a dit comme si devant lui le chagrin n’avait plus de raison d’être. Comme si le temps annoncé et espéré où Dieu séchera toutes les larmes de nos yeux était arrivé, là, maintenant.

Et puis il a posé sa main sur le cercueil, en disant : « Je te l’ordonne, reviens à la Vie » Alors les porteurs se sont arrêtés net devant cette parole qui avait arrêté la mort. Le fils de la veuve de Naïn s’est assis, il a retrouvé la parole et Jésus l’a remis à sa mère.

A nouveau je suis restée sans voix et puis les mots sont revenus. Des deux foules la joie s’est répandue dans la danse et le chant.

« Un grand prophète s’est levé parmi nous, Dieu a visité son peuple « 

Oui ce jour-là nous avons vu Dieu au milieu de nous, manifester que sa Vie est plus forte que la mort, qu’il est le Dieu de toute vie qui ouvrira toujours devant nos pas un chemin de Vie, le chemin de sa Vie.

On serait bien restés là, tous ensemble dans cette joie qui nous portait et nous faisait rire et chanter.

Mais Jésus s’est remis en route et moi j’ai changé de cortège.

Je l’ai accompagné sur le chemin qui le menait à Jérusalem porter l’amour de Dieu qui relève, sauve et guérit. Et j’ai vu aussi les regards de haine qui cherchaient à le faire mourir.

Quand il est mort, je n’étais pas là, j’avais fui, comme beaucoup, emportant avec moi toutes mes questions que parfois je hurle à Dieu :

« Pourquoi lui, pourquoi tant de haine sur cette terre ? Pourquoi tant de peuples en guerre, tant d’injustices, de tortures d’innocents, d’enfants affamés, de parents mutilés ? »

J’ai appris qu’il était revenu à la vie, que Dieu avait prononcé pour son propre fils cette parole : « Je te l’ordonne, reviens à la Vie »

Jésus est revenu chercher ses disciples, comme il revient nous chercher dans nos lieux de désolation les plus profonds, pour leur porter et nous porter cette Parole de Vie plus forte que toute mort.

La mort n’a pas pu le prendre, elle a dû le rendre, parce que la Vie de Dieu est plus forte que la mort.

Cette parole de Vie que Jésus a prononcé ce jour-là à la porte de la ville de Naïn, Dieu l’a prononcée à Pâques et il la prononcera à notre mort, parce qu’il est le Dieu de toute vie.

Il est et il restera le Dieu de toute vie, même quand la mort nous frappe.

Que le regard qu’il pose maintenant sur nous, nous relève et nous console parce qu’il se tient là pour toujours à nos côtés pour nous porter sa Vie, jusque dans les lieux de la mort même.

Que cette certitude nous console, nous porte et nous fortifie. Amen

 

Grandchamp, 25 sept. 2025  AL