Prédication du pasteur Jean-Philippe Calame, Samedi de Lazare, le 28 mars 2026

Prédication du pasteur Jean-Philippe Calame, Samedi de Lazare, le 28 mars 2026

Mes sœurs, mes frères,

Jésus dit ouvertement aux disciples : « Lazare est mort, et je me réjouis à cause de vous que je n’aie pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui ! ».

Au premier abord, il est choquant que Jésus se réjouisse de ne pas avoir été là. Je vous propose une perspective à ce sujet. Jésus ne se réjouit pas de la mort. Mais il se réjouit parce que la mort va être bouleversée. Va être aussi bouleversée la manière dont les disciples, et nous-mêmes, voyons la mort. Cela s’appelle croire.

« Je me réjouis à cause de vous que je n’aie pas été là,

afin que vous croyiez. »

L’appel de Lazare hors du tombeau est le 7è et dernier signe, dans l’évangile de Jean, pour éclairer la mort de Jésus sur la croix et situer sa résurrection. Jésus pleure la mort de son ami, Jésus éprouve un séisme intérieur en voyant la tristesse de Marthe et de Marie, et en voyant l’absence de foi chez ceux qui l’accusent et décideront de le crucifier. Depuis que le doute envers Dieu a pris place dans le cœur humain et que le mal prolifère, la mort a  revêtu le pouvoir de réduire à rien : nous la voyons comme le signe que Dieu n’est pas là ; nous l’éprouvons comme une séparation absolue ; et plus la mort prend des formes violentes, plus elle suscite le durcissement dans la décision de s’en sortir seul dans l’existence, ou dans le désespoir, ou le désir de vengeance. Voilà le visage qu’a pris la mort. C’est ce pouvoir de la mort dont Jésus dans sa passion va porter tout le poids.

Mais Jésus en même temps se réjouit, ici dans l’évangile, parce que l’heure vient où il va délivrer l’humanité de cette malédiction qu’a revêtu la mort, et il vient annoncer cette bonne nouvelle par le 7è signe au tombeau de Lazare.

Lui, le Verbe éternel de Dieu, il vient commander à la nuit, il ordonne à la mort de reculer. « Que la Lumière soit ! Lazare, sort ! ». « Déliez-le, qu’il voie, qu’il soit libre d’avancer, et d’aller ! »

Ces mêmes paroles, Jésus crucifié les prononcera le samedi saint, au séjour des morts, où il fera retentir en premier l’annonce de sa victoire : « Adam, lève-toi ! Je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif ! Lève-toi, sortons d’ici ! Car nous sommes un même être en Dieu , rendus indivisibles par son Amour ! ».

La mort a été bouleversée. La maladie de Lazare et sa mort n’ont pas pu altérer la relation d’amitié de Jésus. Dieu se glorifie en redonnant la vie d’alliance à l’être humain. La mort de Jésus ne signifie pas un échec, mais la fin du pouvoir de séparation et de cassure qu’a revêtu la mort. Voici la foi qui réjouit Jésus et pour laquelle il se donne : « On ne dira plus : ‘si tu avais été là’….  Car JE SUIS toujours avec vous, en tout temps. La mort a été dépouillée de son pouvoir de séparation et d’anéantissement. Qui me fait confiance, qui accepte de vivre l’amitié du Père, est avec moi, et moi avec lui, qu’il soit, qu’elle soit bien portant ou malade ; la mort elle-même ne l’arrachera pas de moi, ni de la main du Père ».

 La mort, avec Jésus Resuscité, redevient un événement où il nous garde main dans la main, et où la confiance, la foi demeure.

Que l’Esprit Saint, mes sœurs, mes frères, nous donne cette foi. Que la passion et la résurrection de Jésus-Christ nous enseignent à donner tout son poids, son poids définitif, à la vie : la vie avec tous, la vie ouverte à la présence de Dieu qui se donne sans fin.

Amen.

Prédication du pasteur Guillaume Ndam, le 19 mars 2026

Prédication du pasteur Guillaume Ndam, le 19 mars 2026

Grandchamp, 4ème Guillaume Ndam Daniel, Pasteur.

carême 19 mars 2026.

He 10, 32-39

32 Mais souvenez-vous de ces premiers jours où, après avoir été éclairés, vous

avez soutenu un grand et douloureux combat :

33 d’une part exposés en spectacle par les opprobres et les tribulations,

d’autre part vous rendant solidaires de ceux qui subissaient ce traitement.

34 En effet, vous avez eu de la compassion pour les prisonniers, et vous avez

accepté avec joie qu’on vous arrache vos biens, sachant que vous aviez des

possessions meilleures et permanentes.

35 N’abandonnez donc pas votre assurance qui comporte une grande

récompense !

36 Vous avez en effet besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli

la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis.

37 Car encore un peu de temps – bien peu ! Et celui qui doit venir viendra, il

ne tardera pas.

38 Et mon juste vivra par la foi. Mais s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir

en lui.

39 Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre,

mais de ceux qui croient pour sauver leur âme.

Mt 24, 1-14

Jésus annonce la destruction du temple

1 Comme Jésus s’en allait, au sortir du temple, ses disciples s’approchèrent

pour lui en faire remarquer les constructions.

2 Mais il leur répondit : Voyez-vous tout cela ? En vérité je vous le dis, il ne

restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée.

Des malheurs et des persécutions

3 Il s’assit sur le mont des Oliviers. Et les disciples vinrent en privé lui dire : Dis-

nous quand cela arrivera-t-il et quel sera le signe de ton avènement et de la

fin du monde ?

4 Jésus leur répondit : Prenez garde que personne ne vous séduise.

5 Car plusieurs viendront sous mon nom, en disant : C’est moi qui suis le Christ.

Et ils séduiront beaucoup de gens.

6 Vous allez entendre parler de guerres et de bruits de guerres : gardez-vous

de vous alarmer car cela doit arriver. Mais ce ne sera pas encore la fin.

7 Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume,

et il y aura, par endroit, des famines et des tremblements de terre.

8 Tout cela ne sera que le commencement des douleurs.

9 Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir, et vous serez

haïs de toutes les nations, à cause de mon nom.

10 Et ce sera pour beaucoup une occasion de chute, ils se trahiront, se

haïront les uns les autres.

11 Plusieurs faux prophètes s’élèveront et séduiront beaucoup de gens.12 Et en raison des progrès de l’iniquité l’amour du plus grand nombre se

refroidira.

13 Mais celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé.

14 Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier,

pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin.

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Prédication

« Tenir bon quand le monde vacille »

Chers amis, Frères et sœurs,

Quel plaisir d’être à nouveau avec vous ici dans votre communauté.

Quand nous écoutons l’Évangile que nous venons d’entendre, nous pouvons être un peu déstabilisés.

Jésus parle de guerres, de catastrophes, de divisions, de haine.

Et il annonce même la destruction du Temple de Jérusalem.

Pour les disciples, c’était impensable.

Le Temple représentait tout :

la foi, la présence de Dieu, la stabilité du peuple.

Et pourtant Jésus dit :

« Il ne restera pas pierre sur pierre. »

Historiquement, nous savons que cette parole s’est réalisée : le Temple sera détruit par les Romains en l’an 70.

Mais Jésus ne parle pas seulement d’un bâtiment. Il veut faire comprendre quelque chose de profond : même ce que nous croyons solide peut devenir fragile.

Et aujourd’hui nous le voyons aussi :

• des équilibres politiques qui se fragilisent

• des guerres qui reviennent en Europe

• des crises écologiques qui inquiètent

• des tensions dans nos sociétés.

Même dans un pays paisible comme la Suisse, beaucoup ressentent une certaine inquiétude pour l’avenir. Et c’est dans ce contexte que Jésus dit :

« Gardez-vous de vous alarmer. »

Autrement dit : ne laissez pas la peur diriger votre cœur.

La lettre aux Hébreux nous donne alors une clé très importante.

L’auteur dit :

« Souvenez-vous de ces premiers jours. »

Les premiers chrétiens vivaient dans un contexte difficile. Ils étaient parfois humiliés, rejetés, persécutés. (…) Mais ils avaient une force : la mémoire de leur rencontre avec Dieu.

Et l’auteur ajoute une phrase très forte :

« Vous avez besoin de persévérance. »

Dans le texte grec, le mot utilisé est hypomoné.Ce mot signifie littéralement : tenir sous le poids, rester debout malgré la pression. La foi chrétienne n’est donc pas seulement un moment d’enthousiasme. C’est la capacité de rester fidèle quand les circonstances deviennent difficiles.

Jésus dit aussi quelque chose de très frappant dans l’Évangile :

« L’amour du plus grand nombre se refroidira. »

Remarquez : Jésus ne dit pas que le plus grand danger sera les guerres ou les catastrophes. Le danger le plus grave est le refroidissement de l’amour.

Et nous le voyons parfois dans nos sociétés :

• l’individualisme

• la méfiance

• la dureté dans les débats

• la solitude de nombreuses personnes.

Quand la peur grandit, le cœur peut se fermer.

Or le Carême est justement un temps pour réchauffer le cœur :

• par la prière

• par le partage

• par la compassion.

Il existe un proverbe africain qui dit :

« Quand les racines sont profondes, le vent ne peut pas renverser l’arbre. »

C’est une belle image de la foi.

Le vent peut souffler fort.

Les tempêtes peuvent arriver.

Mais si les racines sont profondes, l’arbre tient.

Frères et sœurs, la question du Carême est peut-être simplement celle-ci :

Où sont nos racines ?

Dans nos sécurités ?

Dans nos habitudes ?

Ou bien dans Dieu ?

Et Jésus termine par cette parole : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. »

Persévérer, cela ne veut pas dire être parfait. Cela veut simplement dire :

• continuer à croire

• continuer à espérer

• continuer à aimer.

Même quand ce n’est pas facile.

« Un jour à la fois…..) Un jour à la fois, ô mon Dieu, c’est tout ce que je demande.

Le courage de vivre, d’aimer, d’être aimé,

un jour à la fois.

Hier, c’est passé, ô mon Dieu.

Et demain ne m’appartient pas.

Mon Dieu aide-moi, aujourd’hui,

guide-moi un jour à la fois. »

Alors je voudrais vous laisser avec une petite interpellation. Dans un monde où beaucoup ont peur, où l’amour se refroidit parfois, qu’est-ce que les gens voient quand ils rencontrent un chrétien ?

Voient-ils quelqu’un de fermé et inquiet ?

Ou bien quelqu’un qui garde la foi, qui garde l’espérance, et qui garde le cœur ouvert ?

La lettre aux Hébreux conclut par ces mots :

« Nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui croient. »

Alors, pendant ce Carême, demandons au Seigneur une chose simple :

Des racines profondes.

Des racines dans la prière.

Des racines dans la confiance.

Des racines dans l’amour.

Et si nos racines sont profondes, alors même si le vent souffle fort dans notre monde, nous resterons debout.

Amen.

Prédication du pasteur Serge Molla, le 15 mars, dimanche de la joie

Prédication du pasteur Serge Molla, le 15 mars, dimanche de la joie

Ex 16, 1-18     1 P 1, 3-9    Jn 6, 1-15

Qu’est-ce qui nourrit l’existence ? Lire et méditer la Bi revient à se poser cette question encore et encore. Et qu’on évoque le récit du peuple hébreu au désert, miraculeusement nourri, qu’on parle de Jésus nourrissant une foule, ou qu’on médite sur le repas du Seigneur, l’interrogation demeure.

Je reviens au désert où les Israélites voient leur faim apaisée. Ce qui leur tombe dessus, si j’ose dire, c’est une sorte de pain du ciel. Un pain qui suscite l’interrogation et porte d’ailleurs en hébreu le nom de la question posée man hou, soit qu’est-ce que c’est ? Ainsi le mot français manne trouve-t-il précisément sa racine dans cette question, pour désigner quelque nourriture tombée du ciel et par extension un aliment abondant, inespéré, providentiel. En outre, comme chrétiens, nous ne pouvons entendre cet épisode sans le relier au récit de Jean où Jésus nourrit miraculeusement une foule et à la cène que nous partagerons.                                                                                  

Vous l’imaginez bien : certains se sont perdus en conjectures pour déterminer de quoi il s’agissait au désert, jusqu’à suggérer que cette manne était de la ré-sine de tamaris qu’on trouve aujourd’hui encore dans les régions de steppes. Or le narrateur voulait pourtant moins parler de phénomènes naturels qu’il ne tenait à souligner qu’Israël avait survécu dans le désert uniquement grâce à Dieu et à sa sollicitude. Alors chercher à percer le secret de cette manne revient à regarder la main qui pointe vers le ciel au lieu de lever les yeux. Et nous, qui avons cette histoire en mémoire, qu’aimerions-nous comprendre ? A quoi sommes-nous attentifs ? D’une certaine manière, ce qui nourrit les Hébreux en exode, c’est un mystère quotidien. Et leur surprise ne faiblit pas lorsqu’ils découvrent que chacun recueille exactement la quantité dont il a besoin sans pouvoir en faire provision. Autant dire que si cette manne les sustente, la question demeure.

Ainsi, pour reprendre une belle expression de Delphine Horvilleur, les Hébreux ont mangé de la question pendant toute la traversée du désert : ils ont mangé du quoi ?,  du qu’est-ce que c’est ? Comme si c’est de cela dont ils avaient par-dessus tout besoin… Être nourri par un questionnement essentiel. Et cette nourriture, ce questionnement étaient intimement liés à un appel à renouveler leur confiance et à compter sur le don divin. D’ailleurs ceux qui manquaient de cette confiance constataient que la manne devenait impropre à la consommation lorsqu’on voulait en faire des réserves, avec pour seule exception, la veille du jour du sabbat, où en pouvait en récolter le double.

Questionnement, nourriture et confiance iraient donc de pair ? Et je ne parle pas tant de denrées alimentaires que de ce qui tient et maintient debout, ce qui donne jour après jour la force et parfois le courage de mettre un pied devant l’autre, alors que le mal-être peut être grand, le deuil intense, la mémoire lourde, la situation du monde anxiogène…

Dans les quatre évangiles, Jésus, contre toute attente, apaise la faim d’une foule. Or cette dernière ne l’a pas suivi parce qu’elle manquait de biens de consommation, mais parce qu’elle avait faim d’autre chose. Et en va de même pour vous, mes sœurs. Vous ne vous êtes pas engagées pour lutter contre la solitude ou pour fuir la société. Tout comme vous, qui êtes de passage ce dimanche, vous n’êtes pas là parce que votre frigo serait vide ou qu’une faim physique vous tenaillerait. Non, vous et moi, toutes et tous, sommes présents parce qu’un Autre qui suscite l’interrogation vient et veut nourrir nos existences.

Celui-ci est vraiment prophète, estimaient quelques-uns des hommes nourris parmi la foule, alors que des gens de Nazareth s’interrogeaient N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Josès, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Et aujourd’hui encore, les questions abondent : qui est ce Jésus ? A-t-il existé ? Ce personnage a-t-il vraiment opéré des miracles, guéri des malades, relevé des invalides, restauré la vue ? Les questions n’en finissent pas, et je ne parle pas de celles soulevées pas la résurrection.

Mais se laisser happer par ce foisonnement d’interrogations comporte toujours un risque, jusqu’à ne pas relier toutes ces questions à la principale : qu’est-ce qui nourrit et permet d’avancer, de ne pas sombrer dans la déprime ou de fuir dans l’agitation ? Qu’est-ce qui vous permet de tisser des relations de qualité qui ne réduisent pas à des intérêts communs ? Qu’est-ce qui vous enrichit au plus profond et non en termes de biens, de titres et d’argent ? Qu’est-ce qui répond à votre faim de vie forte ?

Pour l’évangéliste Jean, celui qui nourrit, c’est Lui. Et à mon tour de découvrir avec surprise, tout comme hier un peuple dans le désert, découvrir que je suis appelé à la confiance, découvrir que confiance et nourriture intérieure vont de pair.

Hier la manne a porté le nom de la question posée par ceux qui ne savait pas comment l’appeler. Aujourd’hui, le pain revêt le nom de celui qui permet sa dis-tribution. Hier, au désert, on ne pouvait faire des provisions. Hier, près du lac de Tibériade, on ne put mettre la main sur celui qui opéra cette chose étonnante que Jean appelle signe. De même, aujourd’hui, on ne peut faire provision de ce signe analogue qui ne nourrit que celles et ceux qui le reçoivent avec confiance et reconnaissance. Et si Jean parle de signe plutôt que de miracle, c’est que pour lui il s’agit du langage de Dieu.

Or, un tel signe repose sur cette table. Du pain et du vin qui n’ont rien de magique, qd bien même ils constituent un peuple avec une identité, une histoire, une structure. Ils forment le peuple du pain et du vin, c’est-à-dire le peuple de celles et ceux qui, appartenant ou non à l’Eglise, tendent et ouvrent la main pour accueillir et recevoir, tendent et ouvrent le cœur pour exprimer par leur geste et leur posture qu’un Autre vient nourrir véritablement. Ainsi aujourd’hui, la vraie multiplication des pains n’est-elle pas moins celle des pains que celles des hommes et femmes nourris de vie forte ?

Dès lors, vous qui attestez de votre faim par votre présence, souvenez-vous :

  • toute communion est multiplication, car quiconque est nourri véritablement verra sa joie devenir contagieuse ;
  • toute communion est ouverture, car quiconque est nourri véritablement verra sa liberté grandir, jusqu’à ne plus être pris par les diktats sociétaux, mais par le désir de conjuguer le verbe aimer à tous les tps de l’existence ;
  • toute communion est lumière, car quiconque est nourri véritablement verra ses ténèbres reculer ;
  • toute communion est espérance à recevoir au cœur d’une création qui souffre et d’un monde qui s’enténèbre.

   Amen

 

 

Prédication de la pasteure Lucette Wougli-Massaga, le 2ème dimanche de Carême

Prédication de la pasteure Lucette Wougli-Massaga, le 2ème dimanche de Carême

2026-03-01 Gd’ch : Lc 9,28-36 ; Gn 35, 1-15 ; 2 Tim 1, 8-10

Trois textes bien différents nous sont proposés ce matin. Pourtant, les trois ensemble me paraissent d’une actualité surprenante, quand on regarde leur contexte ! Des situations plutôt sombres, mais d’où jaillissent des fleurs magnifiques.

Commençons par Timothée:il reçoit des encouragements à tenir bon de la part de son père spirituel Paul, qui est en prison. Alors qu’au début, les chrétiens étaient tolérés comme les Juifs de la synagogue, le pouvoir romain commençait à s’en méfier et à les persécuter, déjà avant la rupture entre les 2 voies. Mais il y avait plus grave : Les différents apôtres et témoins avaient chacun sa façon de répandre l’Évangile, pensons à Pierre, Jacques, Barnaba ou au milieu johannique. Quelle est la bonne doctrine ? Certains conflits sont relatés dans le NT, et l’on devine des tensions qui pourraient conduire à des ruptures. Qui croire ? Que croire ? [Il faudra attendre le Concile de Nicée pour trouver un consensus !] Et aujourd’hui ? Malgré le rapprochement œcuménique réjouissant, l’interprétation de l’Évangile est loin de faire l’unanimité, et certains politiciens s’y réfèrent abusivement pour justifier leurs décisions et as­seoir leur pouvoir, et pas seulement aux États Unis.

J’entends Paul nous encourager nous aussi : je te rappelle d’avoir à raviver le don de Dieu qui est en toi …  7Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. Puis l’apôtre Paul encourage à témoigner dans ce monde de plus en plus hostile à l’Évangile [aujourd’hui c’est p-ê plutôt l’indifférence ou l’ignorance, chez nous].  8N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur [et n’aie pas honte de moi, prison­nier pour lui, ajoute-t-il]. Un encouragement pour nous aussi à oser té­moigner dans nos lieux de vie?

Avec la lecture de la Genèse, nous remontons encore de plus de mille ans, jusqu’au patriarche Jacob. Le passage où Dieu change son nom en Israël nous est bien connu, mais savez-vous dans quelles circonstances cela se passe ?«Debout, monte à Béthel et arrête-toi là»! Jacob reçoit de Dieu l’ordre de se remettre en route – une fois de plus. Pourquoi ? L’histoire de Jacob est compliquée, scabreuse même, et pas souvent glorieuse ! Pourtant, Dieu veille au grain. Survolons son parcours. Vous vous rappelez certaine­ment que Jacob avait dû fuir Esaü après lui avoir volé la bénédiction paternelle, en plus du droit d’aînesse. Or, Dieu lui apparut en songe dès la 1ère  nuit pour lui confirmer la promesse faite à Abraham et ses des­cendants. Puis Jacob avait passé de longues années chez son oncle La­ban, au pays d’Aram, au NE du Jourdain, et était devenu immensément riche, non sans fourberies, ce qui avait excité la jalousie des fils de La­ban. Il avait alors dû fuir, avec tous ses troupeaux et tous les gens qui l’accompagnaient (Gn 35,6b). Laban le poursuivit avec ses hommes, mais Dieu l’avertit en songe de ne pas faire de mal à Jacob et ils négo­cièrent un pacte scellé sur une stèle. Dorénavant semi-nomade, Jacob retourne vers le sud, où il va rencontrer son frère redouté. La veille, il passe la nuit à lutter avec Dieu, qui finit par le bénir. Après la ren­contre, Jacob prend une autre route et s’installe à Soukoth, au-delà du Jourdain, ne faisant pas trop confiance à Esaü. Puis il revient à Sichem en Canaan, où il négocie du terrain pour son campement. Et là, c’est le drame : sa fille Dina sortie pour retrouver les filles du pays (34,1). estviolée par le fils du chef de la cité ; il se prend d’amour pour elle, et la demande en mariage, prêt à donner pour dot tout ce qu’on lui deman­dera. Pour faire alliance avec le clan local, les frères de Dina exigent la circoncision de tous les hommes [non sans fraude, dit le texte]. Le 3e jours, alors que tous les hommes de Sichem souffrent, ils sont tous massacrés et la ville pillée, pour venger Dina. Jacob reproche à ses fils leur conduite ; il craint pour sa vie et celle des siens, et il a raison, tout le pays va se lever pour se venger !

Et c’est dans cette situation que Dieu dit : 1«Debout, monte à Béthel et arrête-toi là. Elèves-y un autel pour le Dieu qui t’est apparu lorsque tu fuyais devant ton frère Esaü».  

Jacob est touché par ce Dieu qui l’appelle sans même poser de conditions, alors que lui l’a négligé – mystère de la miséricorde de Dieu. Avant de se mettre en route, il dit à sa maison et à tous ceux qui l’accompagnaient : « Enle­vez les dieux de l’étranger qui sont au milieu de vous…. Purifiez-vous et changez vos vêtements». Il y avait tout un tas d’objets idolâtrés – ils sont tous enterrés ! N’est-ce pas un retournement spectaculaire ! une conversion ?

 A Bethel, Dieu lui offrira un nouveau départ : Il changera son nom de Jacob [nom qui résonne avec le talon (allusion à sa naissance) ou supplanter (son frère Esaü), rappelant ses fourberies]. Il devient Israël (celui qui a lutté avec Dieu[ou a vaincu]) ; et Dieu et renouvellera sa promesse faite à Abraham et à Isaac.

N’est-ce pas surprenant, voir incompréhensible à vues humaines, que ce soit à cet homme au parcours peu glorieux que Dieu apparaît toujours à nouveau pour le rencontrer, l’avertir, le soutenir? N’est-ce pas impressionnant comment Dieu poursuit son projet d’alliance avec les patriarches et tout au long de l’histoire des humains, malgré leur comportement, malgré leurs fourberies et leur violence ? Impression­nant aussi combien Dieu est miséricordieux et se rend proche pour les soutenir. Oui, Dieu reste fidèle à ses promesses, promesses de vie et de vie en plénitude, et cela sans condition, sans mérite… par pure grâce – mystère, qui invite à ne pas désespérer du monde d’aujourd’hui et d’y scruter la présence et l’agir de Dieu

Avec l’Évangile de ce jour, la transfiguration, on change complète­ment de registre : c’est un moment hors temps, éclatant de lumière, di­vin … et si la crainte saisit les 3 disciples, c’est d’éblouissement, une crainte-respect devant la sainteté [petit silence] – Après,35il y eut une voix venant de la nuée ; elle disait : «Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le!» 36Au moment où la voix retentit, il n’y eut plus que Jé­sus seul. Les disciples gardèrent le silence – moi aussi, je vais garder le silence ; seul le silence permet d’approcher l’indicible.

Par contre, le contexte nous parle, en ce temps de Carême, accom­pagnant Jésus sur son chemin de l’amour jusqu’à l’extrême. Si de plus en plus de personnes suivent Jésus, des intrigues et menaces se trament du côté des autorités. Jésus est conscient de ce qui l’attend : la transfi­guration se situe entre 2 annonces de sa mort prochaine, et Jésus met en garde quiconque veut le suivre:  qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour……qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera. , comme le relate l’év. de Luc. C’est dans cette atmosphère que Jésus se retire sur une montage avec ses 3 disciples les plus proches. La transfiguration sera un viatique vital pour tenir bon, pour être convaincus qu’ils ne se sont pas trompés : cet homme Jésus est bien le Christ, le Fils de Dieu, même s’il ne va pas établir le Royaume de Dieu par la force… même s’il doit mourir.

Bien que les 3 disciples garderont le silence sur ce qu’ils ont vécu sur la montages, ils pourront soutenir les autres pour qu’ils ne déses­pèrent pas, la confiance en leur Maître.

*     *     *

C’est tout un raccourci de l’histoire du salut que nous venons de parcourir ce matin !

Dès les débuts de histoire de avec son peuple, Dieu est présenté comme le Dieu de l’alliance, fidèle à ses promesses, qui accompagne, se manifeste pour sauver, interpeler, guider. Dès les origines, Dieu veut la vie, et en abondance – n’a–t-il pas créé le monde en organisant le chaos pour le bien, le bon ? Dieu reste Dieu, fidèle à ses engagements, fidèle et miséricordieux malgré le comportement des humains. Puis, par amour, il décide de venir partager notre humanité. En Jésus le Christ, il a connu à fond (et jusqu’aux abysses), la condition humaine. La transfiguration préfigure la résurrection, manifeste la présence du Tout Amour au milieu de notre monde et nos vies. Après Pierre, Jacques et Jean et l’événement de Pâques, ce seront tous les chrétiens de tous les âges qui pourront puiser dans cette réalité nouvelle force et courage, tenir ferme dans la foi et témoigner sans crainte dans ce monde tel qu’il est, même dans l’adversité, comme Paul le rappelle à Timothée.                         AMEN.

 

Prédication de la pasteure Martine Sarasin, 1er dimanche de Carême

Prédication de la pasteure Martine Sarasin, 1er dimanche de Carême

Grandchamp 1er dimanche de Carême 22 Février 2026

Aujourd’hui 1er dimanche de Carême. Commencement d’un chemin pascal.

Nous nous entraînons à ressusciter. Eclairés et accompagnés par la lumière du Christ vivant, qui nous

aimante autant qu’il nous aime, ce temps donné est un temps de grâces. Un temps où nous sont

révélées, à chaque fois de façon plus profonde, notre vocation en Christ, l’exigence aussi que

comporte pour nous le fait d’y consentir. Et la fidélité du Dieu Sauveur.

3 textes entendus : Abraham sur le mont Morija, le don de la justice par grâce, et le Christ face au

tentateur…Que dire en quelques minutes de ces monuments bibliques, dont les commentaires et

homélies remplissent des bibliothèques entières. Plutôt que « dire », peut-être prier…pour laisser

l’ampleur de l’Annonce pénétrer nos cœurs. Laisser résonner, en écho, en réponse à la Parole

entendue, une prière simple ; par exemple celle d’Ignace de Loyola.

« Prends Seigneur, et reçois

toute ma liberté,

ma mémoire, mon intelligence

et toute ma volonté.

Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.

C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.

Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.

Donne-moi seulement de t’aimer

et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. »

Une prière simple.

Simple à prononcer.

Eprouvante à vivre.

Christ jeté au désert. Par l’Esprit qui vient de le combler.

Livré à lui-même, seul, en manque, dans l’insécurité totale, face à l’inconnu.

Livré aux coups de l’adversaire.

Sa seule arme de défense, c’est la Parole de son baptême : « Fils bien-aimé ».

Le croire.

S’accrocher comme à une corde au-dessus du vide, à ce que ces mots disent

d’indissociable communion, d’offrande mutuelle d’amour.

En attendre tout. Envers et contre tout.

Plongé dans le réel de la condition humaine terrestre, le Christ en éprouve dans sa chair la fragilité,

les limites, l’incertitude, les peurs.

Il est tenté, pour les dépasser, par les solutions à sa portée : autonomie, toute-puissance, invincibilité.

C’est la vérité de son incarnation qui se joue ici.Le sens même de sa mission, par amour pour nous, se déploie dans toute sa profondeur et sa gravité.

Qu’est-ce qu’être Fils du Père ? Qu’est qu’être homme véritable devant Dieu ? Qu’est-ce qu’être frère

de tous ??…

Depuis ce moment inaugural jusqu’au Golgotha, Jésus choisit d’offrir sa confiance au Père. « Prends

Seigneur et reçois ». Ma vie, ce que je suis, ce que j’ai jusqu’à ce que j’ai de plus cher.

« Il y a un seul Seigneur, un seul baptême, une seule foi » : la sienne.

Et ce Oui là, capable de se dire dans les plus grandes souffrances, est mis à notre disposition.

Sa confiance filiale, pour moi et avec moi quand je n’y arrive plus.

« Prends Seigneur et reçois ».

Une prière simple.

Une prière coûteuse.

Peut-être celle d’Abraham conduisant son enfant à l’impensable. Et plus tard celle de saint Paul,

Ignace et tant d’autres, jusqu’à nous.

Les mots du Carême donnent parfois grise mine à ce temps : conversion, repentance, renoncement,

obéissance… Ces attitudes parlent de notre difficulté à ouvrir notre vie réelle -et non rêvée- à l’œuvre

de la grâce. Même quand la conscience du péché nous tient et nous enferme.

Offrir cela. Surtout cela.

Passer la porte étroite de la confiance avec le Christ.

Poser notre oui sur le sien. Pour

Vivre Dieu

Aimer Dieu

Lui remettre le soin du salut.

Alors les mots (maux ?!) du Carême s’enluminent. Car renoncer, lâcher, donner au Seigneur n’est pas

perdre ! C’est être libérés pour recevoir toujours davantage les richesses de l’amour infini de Dieu :

celles qui font vivre et nous et les autres.

La route annoncée à notre baptême se déroule devant nos pas, toute empreinte du mystère pascal.

Temps béni du Carême, car il en faut du temps à cette prière pour descendre des lèvres au cœur, et

jusque dans nos mains. L’Esprit y travaille en nous, inlassablement.

« Prends Seigneur, et reçois

toute ma liberté,

ma mémoire, mon intelligence

et toute ma volonté.

Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.

C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.

Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.

Donne-moi seulement de t’aimer et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. » Amen.

 

Prédication de la pasteure Diane Friedli, le 8 janvier 2026

Prédication de la pasteure Diane Friedli, le 8 janvier 2026

Je vais vous raconter une histoire…

 

Lectures bibliques : Gn 9,8-17, 2 Co 11,29 à 12,10 et Lc 8,4-15

Je vais vous raconter une histoire…

Voilà un bon début. Une manière sûre de capter l’attention.

Raconter des histoires, un art millénaire qu’ont exercé avec talent les générations qui nous ont précédées.

Il fut un temps où il n’existait pas d’autres manières de transmettre le savoir, la pensée, la philosophie, la théologie ou les interrogations fondamentales de l’existence humaine qu’en racontant des histoires.

Il fut un temps où l’écrit n’était accessible qu’à un cercle restreint de la population.

Il fut un temps où les soirées en familles n’avaient d’autres possibilités de divertissement que de se raconter des histoires parmi.

Il fut un temps où l’oralité était le seul médium de transmission d’une génération à une autre.

Il fut un temps où on se racontait des histoires…

L’être humain aime les histoires.

Et cet amour des histoires ne se dément pas aujourd’hui, alors même que nous sommes dans un temps où tout le monde a accès en tout temps à l’écrit et à l’image et où les possibilités de divertissement sont nombreuses.

Dans les librairies, les rayons de livres de contes et histoires pour les enfants n’ont jamais été aussi fournis. Il est difficile de ressortir de tels commerces sans un album illustré à offrir à nos enfants, petits-enfants ou neveux. Car la lecture, c’est aussi la promesse d’un bon moment partagé.

Mais les histoires, est-ce vraiment que pour les enfants ?

J’entendais dernièrement que les adultes lisaient moins de romans, mais qu’ils s’y remettaient une fois retraités. Les rayons des librairies qui ont du succès auprès des adultes entre 30 et 60 ans sont ceux consacrés au développement personnel.

Il semble qu’en prenant de l’âge on retrouve le goût du récit. Les histoires seraient donc surtout prisées par les petits et les anciens. Entre deux, c’est autre chose. C’est l’âge de raison. L’âge de la raison.

Le temps de la vie où il est attendu de nous que nous soyons opérationnels, efficaces, réfléchis. Ce n’est pas le moment de faire des histoires… ni d’en raconter sauf éventuellement à nos enfants ou à nos aînés… encore moins d’en écouter ou d’en lire pour soi.

Mais mettre de côté les histoires, c’est passer à côté des multiples vertus de cet art.

Et les textes de ce matin nous le rappellent.

Il y a des choses qu’on ne peut transmettre directement, par le pur raisonnement, par l’explication ou la description.

Il y a des choses qui nécessitent de faire appel à la poésie, à l’évocation, à la créativité.

Ce que le psychologue Paul Watzlawick de l’école de Palo Alto appelait le langage indirect, ou le langage du changement, oblige l’auditeur ou l’auditrice à devenir acteur/trice du sens.

Face au paradoxe ou à la métaphore, notre esprit doit produire un effort créatif pour participer à l’émergence de la signification. Cette méthode indirecte se différencie de l’assertion directe d’une doctrine qui ne met pas en route celui ou celle qui la reçoit.

Le langage indirect nécessite d’adopter la forme du récit.

Et quelle chance est la nôtre, lecteurs et lectrices de la Bible, car s’il existe un ouvrage d’une infinie richesse de récits, c’est bien celui-ci.

Comment parler du lien entre Dieu et l’humanité ?

C’est à cette question qu’ont été confrontés les auteurs de la Genèse et avant eux celles et ceux qui ont transmis oralement les promesses de Dieu à son peuple.

Comment évoquer la peur de la destruction de notre monde ? La crainte de la colère de Dieu ?

Mais aussi la confiance qu’il n’abandonnera pas l’humanité au sort d’un monde où règne la violence et l’injustice ?

Comment parler d’un Dieu qui ne décide ni de tout diriger comme un despote, ni de se désintéresser du monde, mais de trouver une autre voie : celle de l’alliance.

Comment … si ce n’est pas l’image forte de l’arc-en-ciel. Phénomène météorologique fascinant et éphémère devant lequel nous ne pouvons que nous émerveiller.

Signe parfait de la rencontre entre le ciel et la terre, de l’alliance entre l’eau et la lumière.

L’arc-en-ciel existait avant le Déluge. Mais depuis ce récit, depuis qu’il a été mis en histoire, il a pris pour nous une autre signification.

Et à chaque fois qu’il apparaît, nous revient à l’esprit la promesse de l’alliance.

Un autre exemple de langage indirect nous est apporté par l’apôtre Paul qui, pourtant, est un grand théoricien de la foi. Ses lettres tiennent largement du traité de théologie. Mais sur certains sujets pourtant, il sort du langage direct.

C’est le cas lorsqu’il évoque son expérience mystique. Ou plutôt lorsqu’il choisit de ne pas l’évoquer ou de ne pas la mettre en avant pour asseoir son autorité.

Il pourrait tirer une grande fierté des visions dont il a bénéficié, dit-il, mais il ne veut pas s’en attribuer le mérite et surtout, il ne veut pas que d’autres bâtissent leur foi sur la fascination qu’exercent sur eux ces expériences mystiques.

Evidemment, en disant cela, Paul attaque directement certains de ses adversaires qui étalent leurs extases et cherchent ainsi à gagner des adeptes.

Paul refuse de devenir un gourou, sa mission telle qu’il la conçoit, est d’amener les gens à l’évangile de Jésus-Christ, pas à faire des adeptes de sa personne.

Paul ne fait pas que parler de lui, il s’appuie sur sa situation personnelle pour mettre en lumière une vérité fondamentale de l’Evangile qu’il proclamme.

En menant avec brio le paradoxe, il évoque la puissance dont il pourrait se vanter mais qu’il refuse de faire, et la faiblesse de l’écharde dans sa chair (est-ce une infirmité, une blessure, on l’ignore,…) qui l’empêche de se mettre en avant.

Métaphore paradoxale et incarnée en lui de l’Evangile du Christ dont toute la puissance s’est révélée dans l’instant le plus misérable de son existence : la croix.

On ne peut parler uniquement de manière rationnelle du coeur de l’Evangile : le paradoxe est trop puissant. L’apôtre Paul nous oblige notre esprit à l’effort de donner du sens à cette affirmation intellectuellement inadmissible : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.

Et plus encore, il nous invite à faire un lien avec la réalité de notre vie, comme lui le fait en évoquant l’écharde dans sa chair.

Et finalement, bien sûr, il faut reconnaître en Jésus le maître du langage indirect.

Ces quelques mots tout simples qui introduisent le passage de l’évangile du jour : « il dit en parabole…»

Il dit en parabole.

Et voici que s’ouvre devant nous le champ de l’imagination. Et l’on sait que l’histoire que nous allons entendre en dit bien plus.

Une histoire brève, sans détails ni fioritures. Un vocabulaire simple et accessible. Aucun concept compliqué.

Le quotidien d’un homme de la terre qui rejoint la réalité des premiers auditeurs de cette parabole.

Un semeur sortit pour semer sa semence…

Au premier abord, cette brève histoire résonne comme une parole de sagesse que l’on pourrait paraphraser ainsi : il ne faut pas se décourager des nombreuses tentatives infructueuses. La persévérance finit par payer.

Voilà un message qui devait parler aux auditeurs de l’époque. Ceux parmi eux qui travaillaient la terre connaissaient bien cette réalité : on a beau semer du grain de qualité, on ne maîtrise pas tout. Les aléas de la nature, l’adversité des éléments et toute cette part d’incontrôlable font que lorsque la plante est là, belle et qui porte du fruit, on ne peut qu’être reconnaissant de ce qui est donné.

Mais la fin de l’histoire est ponctuée par cette phrase énigmatique : celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !

Il est clair qu’il convient d’aller chercher plus loin que le premier sens évident pour que se déploie toute la richesse de signification de la parabole.

Aucune parabole n’est expliquée ou décortiquée dans les évangiles. Jésus laisse les auditeurs de l’époque et nous, lecteurs et lectrices d’aujourd’hui, participer à la création du sens.

Aucune parabole… sauf celle-ci !

La parabole du semeur est suivie, dans les 3 évangiles qui nous la proposent, d’une explication.

La semence, c’est la parole de Dieu.

Et les différents sols représentent l’accueil qui est fait de cette semence.

Alors qu’à la première écoute, nous nous mettions volontiers dans la peau du semeur et avec lui recevions l’appel à la persévérance, voilà que tout est bouleversé.

Le semeur, ce n’est pas nous, c’est Dieu.

L’horizon du sens ressemble à un champ labouré. Tout est retourné.

Et désormais, s’adresse à nous cette question : et toi, de quelle terre es-tu fait-e ?

La terre dure et compacte du chemin dans laquelle la graine ne parvient pas à entrer et sur laquelle se pose les oiseaux qui viennent piquer de leur bec pointu les graines égarées ?

Le terrain caillouteux incapable de retenir l’humidité et la tendresse nécessaires pour que les paroles divines puissent y prendre racine ?

Le terreau qui accueille et laisse croître mais qui se laisse envahir par les épines des soucis et qui ne parviendront jamais à donner du fruit ?

Ou l’humus dans lequel l’évangile s’enracine vraiment, qui en vit et en fait vivre d’autres ?

La parabole retourne.

Elle déplace, désaxe des idées reçues, décentre de ce que je crois savoir et maîtriser. Elle oblige à se s’interroger, à se repositionner.

Oh, mais je vous disais tout à l’heure que j’allais vous raconter une histoire… et puis je ne vous en ai pas raconté.

Sauf peut-être la nôtre. Celle des hommes et des femmes qui écoutent des histoires et qui, par le souffle de l’Esprit saint, les laissent agir en eux.

Amen