Prédication du pasteur Pagnamenta Roul, le 7 décembre 2025

Prédication du pasteur Pagnamenta Roul, le 7 décembre 2025

Esaie 11, 1-10

 

En ce temps de l’Avent, Esaïe nous offre un signe d’espérance.

Et quel signe !

Surtout quand on se souvient de ce qui se passe juste avant dans son livre : on parle de destruction, d’arbres abattus, de forêts brûlées… L’horizon est noir, ravagé.

Et c’est précisément dans ce décor-là, encore fumant, que le prophète nous fait apercevoir… un petit bout de vert.

Une feuille vive.

Un rameau qui sort d’une vieille souche.

C’est presque rien.

Un petit truc fragile.

Un début discret au milieu d’un paysage dévasté.

Et pourtant… quelle force !

Ça nous ferait du bien encore aujourd’hui, non ?

Alors que tout s’écroule, alors que la mort et la violence nous sautent au visage.

La mort, c’est du solide.

C’est concret.

Ça impressionne.

 À côté, un petit rameau… c’est presque ridicule.

Et pourtant c’est là que tout se joue.

Parce que la vie, même fragile, est puissante.

Elle se relève.

Elle repousse.

Et c’est dans ces premières feuilles que se cache le signe d’un renouveau.

Dieu peut faire des merveilles à partir de pas grand-chose.

C’est cette foi, cette espérance-là que veut nous transmettre Esaïe.

Et ce renouveau, dans son texte, il aboutit à une vision complètement renversante : le loup vit avec l’agneau.

Le lion mange de l’herbe comme un bœuf.

Un bébé joue sur le nid d’un cobra.

Autrement dit : des animaux qui normalement s’entre-dévorent, se craignent, se fuient… vivent ensemble en paix.

Le fort avec le faible.

Et même les enfants n’ont plus rien à craindre.

Imaginez un monde où les enfants courent pieds nus partout et sont en sécurité, quoi qu’il arrive.

Rien que d’y penser, on a un pincement au cœur.

Devant une telle image, on est partagés.

D’un côté : c’est irréaliste. Impossible.

 Ça ne suit pas la logique de notre monde.

Et de l’autre… on sait, peut-être plus encore aujourd’hui, que si le monde ne se rapproche pas un minimum de cette vision, il court droit à sa perte.

Ce n’est peut-être pas réaliste, mais si on ne la porte pas, cette vision, si le monde ne s’y convertit pas, si il ne l’adopte pas, il va cesser d’exister.

Et là, la Bible nous surprend.

Dans le Deutéronome, on dit que si un prophète annonce un événement et qu’il ne se produit pas, ce n’est pas un vrai prophète.

Et pourtant : ce qu’annonce Esaïe ici ne s’est pas encore réalisé.

Ça semble même complètement irréalisable… mais voilà : ses paroles sont dans notre Bible, notre livre sacré.

Esaïe est reconnu comme un grand prophète.

Pourquoi ? Parce que cette vision, même impossible, parle à quelque chose de profond en nous. Une aspiration enfouie. Un désir tellement fort qu’il doit forcément avoir quelque chose de vrai.

D’ailleurs, cette image a inspiré des générations de peintres .

L’un des plus connus , c’est Edward Hicks.

Vous le connaissez ? C’était un peintre américain du XIXᵉ siècle, quaker, chrétien engagé.

On a retrouvé soixante versions de sa peinture sur cette prophétie d’Esaïe — probablement plus encore !

Et ce n’est pas parce qu’il était perfectionniste… Non : il voulait que cette image circule, qu’elle se répande, que les gens finissent par l’aimer, par la rêver… et peut-être, à force, par essayer de la vivre.

Dans l’histoire de l’Église, les chrétiens ont toujours été un peu tiraillés avec cette prophétie.

Certains — les Mennonites, les Quakers — ont dit : “On y croit. On veut la vivre.

On veut la réaliser, ici et maintenant, sans compromis.”

D’autres, plus réalistes, comme Calvin, disaient : “Oui, on espère ce monde-là… mais dans la réalité d’ici-bas, il faut parfois composer avec les lois du monde.”

Les uns refusaient de porter les armes ; l’autre justifiait l’usage de la force, dans certaines limites.

Mais il est important de regarder aussi ce qui vient juste avant cette vision poétique.

Parce que si les versets 6 à 9 nous emmènent dans un rêve encore lointain, les versets précédents nous replongent dans le réel : la violence, l’injustice, les pauvres, les méchants, le monde tel qu’il est. Rien de tout ça n’est nié.

Mais ce n’est pas accepté pour autant.

Car même s’il n’est qu’un rameau fragile dans une forêt brûlée, l’envoyé de Dieu vient instaurer la justice, défendre les pauvres, déloger les méchants.

Parfois même avec force.

Et cet envoyé n’agit pas avec son intelligence ou sa force personnelle : c’est l’Esprit de Dieu qui agit en lui. Esprit de sagesse, de discernement, de vaillance, de connaissance, de crainte du Seigneur.

La tradition chrétienne reconnaît en cet envoyé Jésus de Nazareth.

Il a été — et il est encore — ce rameau d’espérance.

On connaît sa fragilité : trahi, condamné, crucifié.

Mais on connaît aussi sa puissance : sa parole, sa vie, sa résurrection. Après lui, les guerres, les injustices n’ont pas cessé.

On est encore loin de la vision d’Esaïe.

Mais l’Esprit a soufflé.

Une nouvelle manière de vivre, de traiter ce monde créé par Dieu a émergé.

Et elle a trouvé des disciples.

Nous en faisons partie.

Alors oui : nous vivons dans un monde de violence, d’injustice, de mort. Et face à tout ça, on se sent souvent impuissants.

Parfois incohérents.

Entre ce que nous croyons et ce que nous faisons réellement, il y a un écart.

Mais nous ne voulons pas capituler.

Il y a des moments où une autre manière d’agir devient possible.

Jésus nous l’a montré.

Même si nous ne sommes que de fragiles rameaux verts.

Même si en nous brille seulement une petite étincelle de l’Esprit.

Dieu peut faire beaucoup avec très peu.

Utopistes, réalistes… peu importe. Ne nous méprisons pas.

Nous avons reçu le même Esprit.

Nous mettons notre foi en Jésus, et son Esprit agit en nous.

Et peut-être — qui sait ? — cette manière de vivre changera le monde. Peut-être que Dieu se servira de nous pour accomplir sa prophétie.

Et dans le pire des cas, au moins, nous offrirons à ce monde une espérance : la preuve qu’une autre logique existe.

Une autre manière d’être.

Nous ne savons pas comment Dieu réalisera son Royaume.

Mais nous savons une chose : il commence toujours par envoyer son Esprit.

Et cet Esprit, il l’a déjà envoyé.

Son Messager est venu.

Et nous sommes ses disciples.

Comme lui, nous avons reçu son Esprit.

Alors laissons-le agir en nous.

Amen.

 

Prédication de la pasteure Laurence Reymond, le 1er dimanche de l’Avent 2025

Prédication de la pasteure Laurence Reymond, le 1er dimanche de l’Avent 2025

Matthieu 24, 37 – 44 (Es. 2,1-5/Rom. 13, 11-14)

30 novembre 25 à Grandchamp

Bienvenue à chacun, à chacune en ce premier dimanche de l’Avent 2025. La première bougie de l’Avent est allumée, les parements liturgiques violets, couleur de l’attente, installés… Tout a été soigneusement préparé par les sœurs de la chapelle.

Nous entrons donc dans le temps de l’Avent. Ce temps marqué par l’espérance, ce temps qui inaugure aussi la nouvelle année liturgique et nous conduit vers la fête de Noël, mystère de l’Incarnation.

Mystère de ce Dieu qui choisit de vivre une existence d’humain dans toutes ses dimensions. Et qui par là-même redonne à tout homme, à toute sa femme sa dignité, une valeur inestimable. Première étape nécessaire et indispensable de l’abaissement de notre Dieu.

Alors vous imaginez peut-être ma surprise, mêlée d’une pointe de déception, quand j’ai découvert le texte du jour chez Matthieu.

Bien loin de la Nativité, ce texte se situe en effet à la fin de l’Évangile, sur le chemin qui va mener Jésus à la Croix, dans les derniers jours de sa vie.

Un texte centré sur le retour du Fils de l’Homme et sur le Jugement. Qui fait référence au récit du Déluge. Oui décidément, on est bien loin de la Nativité ! Vraiment ?

J’aimerais faire d’abord apporter deux précisions :

  1. Contrairement au célèbre récit du Déluge qui met l’accent sur les infidélités des humains, ici notre péricope développe plutôt le thème de l’insouciance et de l’inconscience. A aucun moment, le texte ne parle pas de conduite anarchique

Ce qui est souligné, c’est que les gens vivent normalement, accomplissent les gestes de la vie quotidienne, profitent des plaisirs habituels : manger, se marier et travailler.

Alors logiquement, les paysans sont aux champs et les meunières au moulin.

  1. Et puis, on ne peut pas ne pas être décontenancé devant l’annonce brutale du Jugement. Pourquoi l’un serait pris et l’autre laissé ? Comment comprendre ce qui nous semble un choix arbitraire, brutal, si loin de notre représentation contemporaine de l’amour du Père, un amour inconditionnel ? Dieu agirait-il donc de manière obscure ? Et pourquoi une telle soudaineté de l’événement, sans aucun signe avant-coureur ?

Manifestement, Matthieu, ici, veut souligner d’une part l’imprévisibilité de la venue du Fils de l’Homme et d’autre part, l’importance de rester vigilant, de veiller, d’être prêt. Comme le dit aussi le Baptiste dans ce même Évangile, avec son appel à la repentance et la conversion pour se préparer à accueillir le Christ.

Au jour d’aujourd’hui, le thème de la fin des temps et du retour du Christ ne nous est plus très familier… Ce n’est pas très vendeur.

Pourtant, cette thématique traverse les Écritures, déjà présente dans le Premier Testament.

Le Jour du Jugement, c’est la grande espérance du peuple hébreu comme on le voit dans le texte d’Esaïe lu tout à l’heure.

Jour où les souffrances, les injustices, les violences de l’histoire prennent fin. Jour où Dieu vient instruire les nations, rétablir justice, paix et amour… les armes se taisent définitivement et disparaissent.

C’est le grand jour de l’espérance enfin réalisée.

Les premiers chrétiens vont faire un pas de plus en plaçant le Christ au cœur de ce grand jour : le retour du Christ mort et ressuscité, le Christ en gloire, Seigneur.

Voilà qui nous connecte au temps de l’Avent, le temps de l’attente.

« Veillez », « tenez-vous prêts », nous dit Matthieu, mais alors pourquoi ? En vue de quoi ? Il ne s’agit pas de veiller pour l’exploit, ou veiller pour veiller. Non.

On veille dans l’attente d’un événement ou de quelqu’un.

Ainsi, chaque année, pendant le temps de l’Avent, nous nous re-préparons à accueillir le Christ dans nos vies toujours à nouveau.

Alors oui, en ce 1er dimanche de l’Avent, nous commençons à nous préparer à Noël, à cette fête liturgique qui nous rappelle la naissance de Dieu dans chacun de nos vies et au cœur du monde.

Le temps l’Avent, c’est un temps pour approfondir notre foi, notre relation à Dieu, nous souvenir de son désir d’être proche de nous, au plus proche même. Redécouvrir la foi comme une joyeuse impatience, comme une espérance pressante.

Et pour maintenir la foi vivante, il faut y consacrer du temps, « veiller ». Vous le savez mieux que quiconque, mes sœurs. Et veiller, c’est aussi rester ouvert à l’inattendu de Dieu, être en quelque sorte décentré. C’est peut-être ce qu’il a manqué aux personnes du récit de ce matin qui n’ont pas été pris…

Le parallèle de Luc est plus explicite : quand viendra le jour de la rencontre, ne pas aller chercher ses affaires à la maison, ne pas revenir sur ses pas… Luc suggère une immense confiance. Invitation à laisser Dieu agir. C’est peut-être ça, notre responsabilité de croyant, laisser Dieu prendre les manettes de nos existences.

Au quotidien, vivre en croyant, c’est être attentif, dans la routine de nos journées, aux manifestations de Dieu, souvent discrètes. Lui laisser de la place, cultiver la relation. S’abandonner à Lui.

D’où l’importance du silence, du « faire silence » que vous pratiquez ici à Grandchamp.

 

Oui, nous sommes appelés à veiller pour être prêts, tout comme Noé se préparait avant le Déluge.

Que cette vigilance, préparation intérieure, et la confiance à nourrir et faire grandir puissent être notre manière d’entrer dans ce temps de l’Avent.

Amen

Homélie par le pasteur Marc Balz, le 16 novembre 2025

Homélie par le pasteur Marc Balz, le 16 novembre 2025

 

Luc 21, 5-19

Grandchamp, 16 novembre 2025

 

5 Comme quelques-uns parlaient du temple, de son ornementation de belles pierres et d’ex-voto, Jésus dit :

6 « Ce que vous contemplez, des jours vont venir où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »

7 Ils lui demandèrent : « Maître, quand donc cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va avoir lieu ? »

            Faux prophètes, grands signes et confiance en Dieu

8 Il dit : « Prenez garde à ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront en prenant mon nom ; ils diront : “C’est moi” et “Le moment est arrivé” ; ne les suivez pas.

9 Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne soyez pas effrayés. Car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »

10 Alors il leur dit : « On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume.

11 Il y aura de grands tremblements de terre et en divers endroits des pestes et des famines, des faits terrifiants venant du ciel et de grands signes               (ces signes sont de toujours)

                        persécution et confiance en Dieu

12 « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous mettra en prison ; on vous traînera devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom.

13 Cela vous donnera une occasion de témoignage.

14 Mettez-vous en tête que vous n’avez pas à préparer votre défense.

15 Car, moi, je vous donnerai un langage et une sagesse que ne pourra contrarier ni contredire aucun de ceux qui seront contre vous.

16 Vous serez livrés même par vos pères et mères, par vos frères, vos parents et vos amis, et ils feront condamner à mort plusieurs d’entre vous.

17 Vous serez haïs de tous à cause de mon nom ;

18 mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.

                                               Persévérance pour obtenir la vie

19 C’est par votre persévérance que vous gagnerez la vie.

Commençons par une histoire banale, une histoire de tous les jours. Le philosophe allemand Hartmut Rosa, dans son livre intitulé «Résonnance», raconte l’histoire d’Anna et Hanna, deux femmes qui ont presque le même nom et qui vivent la même journée[1].

Il est 7 heures du matin, Anna prend son petit déjeuner. Son mari est assis à côté d’elle, ses enfants presque adultes les rejoignent, ils lui adressent un sourire radieux, elle leur sourit en retour. Mon Dieu comme je les aime, se dit-elle. Ces moments partagés le matin avant de partir comptent pour elle plus que tout.

8h, Anna se rend à son travail. Dans le ciel, un soleil éclatant. Sa chaleur est agréable, Anna s’étire de plaisir. Elle est contente de retrouver ses collègues, à qui elle a plein de choses à raconter. Elle aime son travail.

18h, dans une salle de sport, Anna est contente de pouvoir se dépenser, elle aime le voley, qu’elle pratique comme amateure pour son côté ludique, parfois esthétique, surprenant, et combatif aussi. Qu’elle gagne ou perde, qu’importe, les autres joueurs, le jeu et l’exercice lui font du bien.

 

Et maintenant, la journée de Hannah.

7h. Hannah prend son petit déjeuner. Son mari est assis à côté d’elle, ses enfants presque adultes les rejoignent. Leur mauvaise humeur est visible, sensible, palpable. Ils se regardent d’un air maussade ou évitent de se regarder. Mon Dieu que je déteste ça, pense Hannah. Qu’est-ce que je fais avec eux ? Qu’est-ce qui me lie à ces gens, hormis le fait que je doive m’occuper d’eux ?

8h, en route vers son travail. Le soleil brille. Hannah a horreur de cette lumière vive et craint les coups de soleil. Morose, elle pense au travail qui l’attend et à ses collègues. J’en ai assez de voir toujours ces mêmes têtes d’abrutis, d’avoir toujours à supporter leur même blalbla.

18h, dans la salle de sport. Hannah se demande ce qu’elle fait là. D’accord, elle a besoin d’exercice, mais est-elle vraiment obligée de s’éreinter après toute une journée de travail ? Déjà l’odeur de la salle lui soulève le coeur. Elle manque des passes, s’énerve contre ses coéquipiers. Elle n’est pas fâchée que ça se termine.

Vous avez compris : Anna a eu une journée réussie et bonne, tandis que Hannah a eu une journée ratée, bien que leur journée ait été identique.

Anna, la première se sent ouverte, en résonance avec le monde qui lui répond et la transforme positivement.

Hannah, la seconde, se sent isolée et impuissante face au monde, sans prise sur lui. Le monde ne lui répond pas de manière satisfaisante. Tout demeure froid pour elle.

Bien loin de ces 2 femmes, le programme de vie dont parle le Christ dans notre passage n’est a priori pas très attractif, et on peine à voir comment il pourrait devenir une source de joie profonde et de vie rayonnante : destructions (même de ce qui paraît immuable, le Temple), guerres, soulèvements, catastrophes (ça, c’est pour le monde globalement). Mais aussi persécutions, emprisonnements, trahisons, haine, mort (ça, c’est pour les disciples, ou certains d’entre eux au moins). On pourrait même se demander comment Jésus a fait pour convaincre ses disciples de s’engager et de le suivre, mais aussi comment ne pas sombrer au milieu de tant d’épreuves. Hannah, au moins, a eu une journée «normale» et qui aurait pu être bonne si elle avait trouvé le chemin, mais là, c’est d’autre chose encore dont il s’agit.

J’observe que Jésus parle de la réalité, il n’esquive rien de ce qu’on traverse tous de multiples façons un jour ou l’autre, ou souvent. Il n’enjolive rien. Ça va se passer comme ça, ça se passe déjà comme ça, et vous devez l’accepter, et vous allez le traverser, le surmonter. Vous ne pouvez pas changer les choses qui arrivent, ce qui vous arrive, mais vous pouvez changer la manière de les vivre. Comment ?

Hier,Véronique, une Veilleure, a choisi de répondre à l’appel du Christ et de lui consacrer désormais sa vie, toute sa vie. Un moment intense, simple et tellement profond. Et ce choix, nombreuses et nombreux parmi nous l’ont fait, le refont parfois, ou le feront un jour.

 Vous avez peut-être gardé en mémoire le dernier verset de l’évangile que j’ai lu : «c’est par votre persévérance que vous gagnerez la vie». On sent bien qu’il y a là une clé, même si elle n’est pas évidente à saisir.

 D’abord, le mot «persévérance» est un mot que je n’aime pas trop : il rime avec effort, «vas-y, fais un effort, serre les dents s’il le faut». Le regard dur d’un «père sévère», en 2 mots, n’est pas très loin, et autant le dire, ce n’est pas très joyeux. Hannah dans sa journée gâchée, a tenté de persévérer, elle a fait pourtant tant d’efforts, et rien ne change pour elle, tout reste froid.

Alors j’ai regardé le mot «persévérance» en grec : upomonè, qui certes peut se traduire par résistance, par le fait de supporter sans fléchir, mais upomonè, persévérance, c’est ce qui caractérise celui ou celle qui ne dévie pas de son but. Et vous le savez, dévier du but, rater la cible, c’est ce qu’on appelle le péché. Loin d’être un entêtement, l’upomonè est cette détermination à surmonter les obstacles sans se perdre, en restant fidèle à soi-même et donc à Dieu, fidèle à son but. Les engagements à vie de Véronique, c’est ça !

C’est ainsi que «vous gagnerez la vie», dit Jésus. Mais vous ne la gagnerez pas de la façon qu’on gagne un concours,  (ktaomai) littéralement «vous épouserez la vie», ou même mieux, «vous épouserez votre âme» (psychè).

Persévérer, c’est donc ne pas dévier de la cible, c’est maintenir en nous ce lien vivant et vibrant avec Christ quoi qu’il arrive, quoi qu’il nous arrive, et ainsi peu à peu, et toujours plus, épouser notre âme, ne faire qu’un avec elle. Le Cantique des cantiques de la présente retraite des Veilleurs n’est pas loin.

Anna dans sa journée ordinaire et lumineuse, autant que Véronique et que tant d’autres ici et partout sur cette terre, sont engagées sur ce chemin. Par votre persévérance, vous épousez votre âme pour y rencontrer Dieu, et donc la Vie. C’est tellement beau de découvrir cela !

Le poète soufi Rûmi dit ceci (mais on trouve cela de la même manière chez Maître Eckhart ou Thérèse d’Avila et tant d’autres) :

Une douce voix se lève du fond de l’immensité

«Viens» dit-elle à l’âme.

Comment l’âme pourrait-elle résister ?

 

J’ai regardé dans mon propre coeur :

c’est là que je L’ai vu (Dieu)

Il n’est nulle part ailleurs.

(..)

Je ne sais rien d’autre que «Ô Toi», «Ô Toi qui es».

Je suis enivré par la coupe de l’Amour.[2]

 

Il a épousé son âme

Quoi qu’il arrivent

il est bienheureux.

 

Amen

[1]    H.Rosa, Résonnance, 2018, pp. 14 – 15.

[2]    Cité par Laurent Jouvet, le coeur de la spiritualité, 2021, p. 25

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame, le 8 novembre 2025

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame, le 8 novembre 2025

 

Mes sœurs, la tonalité de ce jour pourrait être élan, vitalité, force intérieure joyeuse.

Pourquoi ? – Parce qu’il y a 73 ans, vos premières sœurs ont fait leur profession, pour consacrer leur vie à suivre le Christ, dans une forme d’existence précise, communautaire et religieuse, ici à Grandchamp.

Or, parvenir à rassembler un désir profond dans une décision concrète donne beaucoup de force – même s’il s’agit d’un engagement à l’humilité. D’autant plus de force même, car l’humilité fait de la place pour unir l’élan d’une liberté humaine à la force d’appel venant de Dieu.

Alors, ma prière en ce jour est que chacune de vous, sœurs de Grandchamp, quelle que soit la couleur de votre aujourd’hui, vous puissiez être reliée à la vitalité et à la force joyeuse de votre décision première.

En amont de cette décision, il y a eu, pour chacune de vous, tout un chemin d’écoute, d’ouverture, un labeur intérieur qui vous a conduites à donner votre vie pour que l’Amour du Christ ressuscité soit aimé.

II

 

Chacune à votre manière, vous avez rencontré Jésus qui fait le choix de se faire pauvre pour ressaisir la vie du monde ; vous l’avez suivi dans une rencontre silencieuse jusque sur le seuil de sa Passion ; vous vous êtes laissées saisir par l’espérance invincible jaillie de sa Résurrection. En tout cela, vous avez perçu un appel plus décisif que toutes les formes de résistances à cet appel.             

En présence de Dieu qui se donne, vous avez laissé son Amour et sa vérité vous convaincre.

Ce jour de mémorial vous relie donc à la force d’une décision, à l’élan de votre liberté engagée dans un projet déterminé, comme on pose l’acte de semer le grain dans un champ, en portant en soi la vision des épis gagnant l’horizon.

Et de fait, la profession des premières sœurs a bien vite attiré d’autres sœurs. Un foyer de vies humaines était créé, pour donner un signe visible de communion. Apparaissaient les contours d’un lieu où dans le silence, sans aucun bruit de marteaux, des pierres vivantes construisaient un hameau de prière, un biotope de non-violence, un théotope d’espérance.

Ce jour mémorial des premiers engagements à vie nous invite tous à prendre la mesure de la grâce qui habite le don de soi à Dieu, qui le premier se donne. Quelle vitalité et quelle joie sont concentrées dans l’offrande de soi !

Se donner librement coïncide très profondément avec la joie et l’élan de l’enfant qui découvre qu’il peut faire un cadeau !

Et voici que l’apôtre Paul nous entraîne en tant qu’adultes à reconnaître dans le don de nous-mêmes une réalité qui appartient déjà à la résurrection !

« Présentez-vous à Dieu comme des vivants, des vivantes, revenu.e.s d’entre les morts. »

 

Pensez ici à l’icône de l’amitié du Christ. Le Ressuscité entoure de son bras les épaules de son disciple, de sa disciple. Nous accompagnant ainsi, il nous invite à avancer avec lui, car il veut lui-même nous présenter à son Père, comme des vivants revenus de la mort.

L’apôtre nous encourage : « Présentez à Dieu vos membres – tout votre être, toutes vos facultés, toutes vos possibilités- présentez-les à Dieu comme des armes au service de la justice »(Rm. 6, 13b).

La justice, c’est ici la vie du juste, Jésus-Christ. Lui, le soleil de justice qui brille à l’horizon. Et dans chaque aujourd’hui, il règne avec humilité en raison de son amour et de sa patience ; il règne avec une force créatrice de communion, qui est aussi force de résistance au mal.

Tout cela vient de Dieu, à qui nous rendons grâce. Car, dit l’apôtre, « vous avez maintenant obéi de tout votre cœur au modèle présenté par l’enseignement qui vous a été transmis. Libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. »

Sœur Geneviève commente ainsi : « Quiconque se présente à Dieu et offre comme un don son esprit ne juge plus, ne critique plus, ne doute plus, devient humilité ;

Qui présente à Dieu et offre comme un don son cœur n’est plus avide, exigeant, insatisfait, devient amour ;

Qui présente à Dieu et offre comme un don sa volonté n’est plus personnel, autoritaire, orgueilleux, devient obéissance. Alors l’Esprit Saint peut s’emparer de tout l’être et en faire une flamme. »   Ainsi soit-il !

Prédication de la pasteure Béatrice Perregaux Allisson, le 6 novembre 2025

Prédication de la pasteure Béatrice Perregaux Allisson, le 6 novembre 2025

 

Gentiment, nous arrivons à la fin de l’année liturgique ; dans 3 semaines et demie commence le temps de l’Avent, début de la nouvelle année dans l’Eglise. C’est prévisible, c’est défini liturgiquement.

En même temps, je me demande parfois si, gentiment, nous n’arrivons pas aussi à la fin du monde :

  • des régimes totalitaires, des ingérences étrangères détruisent l’équilibre démocratique patiemment créé ; l’information vérifiée et une formation citoyenne responsable sont en danger
  • les valeurs du vivre-ensemble, la maîtrise de soi, le sens du collectif, le soutien au plus fragile ne semblent plus une évidence communément partagée
  • la pollution, la sur-exploitation des ressources, le réchauffement climatique détruit notre environnement à un point qu’on ne voit plus très bien comment l’humanité survivra

∑

 

« La fin du monde »

ou « la fin d’un monde »

dirait l’auteur de la lettre de Pierre.

Et il ajouterait peut-être: « et alors qu’en faites-vous? »

 

La fin d’un monde : une fin annoncée, celle de ce monde qui passera, va fondre, au moment du retour du Christ. Pour lui et ses destinataires, cette fin du monde est espérée. Elle marque le moment où les cieux enflammés se dissoudront, où les éléments embrasés se fondront, et où seront créés de nouveaux cieux et une nouvelle terre.

Les théologiens estiment que la lettre dite de Pierre a été écrite au début du 2e siècle, l’arrivée espérée imminente de retour du Christ se fait attendre. La promesse de ce retour du Christ travaille les destinataires de la lettre: tardant à se réaliser, elle devient sujet des railleries et crée l’insécurité et le doute dans les premières communautés. Reviendra-t-il? Peut-on? Puis-je encore croire à cette promesse ? Leur question est celle du « quand »: c’est pour quand? Et pourquoi cette fin n’est-elle pas encore là? Comment se fait-il que le Christ ne soit pas encore revenu?

 

Pour y répondre, Pierre puise dans le premier Testament. Il veut donner sens à cette attente, à la vie, aux soucis des croyants en s’inspirant de ce qui les a portés jusqu’ici. L’incompréhension devant l’attente qui s’étire en longueur s’exprime déjà chez Ezéchiel (12, 21-25a) ou Habacuc (2,3). Pierre puise dans les psaumes: il reprend du psaume 90 l’affirmation que pour Dieu, « 1000 ans sont comme hier ». Il la reprend, la transforme et la développe pour dire que le temps de Dieu n’est pas le temps humain.

« Pour le Seigneur, 1000 ans sont comme un jour, un jour sont comme 1000 ans ». Ce n’est pas une nouvelle unité de mesure, dans le sens « il est ressuscité le 3e jour, un jour c’est comme mille ans, donc 3’000 ans, mais en fait entre vendredi et dimanche, cela fait plutôt deux fois 24 heures, donc 2’000, mais le matin tôt… ». Non, ce n’est pas une nouvelle unité de mesure, c’est une invitation à accepter que notre notion du temps est englobée dans le tout de Dieu qui la dépasse infiniment.

Fais confiance à cette promesse, et lâche prise, semble dire Pierre. Tu ne peux pas savoir, tu ne peux pas comprendre, tu ne peux pas t’y préparer. Et Pierre de renforcer cette invitation à lâcher prise en reprenant l’image du voleur: « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur »: même si nous nous y préparerions, nous serons surprises. Et c’est une bonne nouvelle.

La dé-maîtrise, le remise en confiance à Dieu.

Plus que cela, Pierre réoriente le regard. L’enjeu n’est pas de savoir ou de comprendre comment viendra la fin du monde, encore moins quand. Pierre déplace notre besoin de savoir en nous plaçant devant Dieu dans notre dimension humaine d’ignorance et d’ouverture à sa présence.

Dans notre dimension d’humain face à une Parole, une promesse au-delà de la fin du monde: celle de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre.

Pierre réoriente ses lecteurs vers l’horizon des nouveaux cieux et d’une nouvelle terre et l’impact de cet horizon sur nous aujourd’hui, sur notre manière de vivre.

Et pour cela, Pierre dans son épître puise dans le 1er Testament une autre fin du monde, celle de Noé. Là, tout a été détruit par l’eau, maintenant tout sera détruit par le feu.

Là, Dieu a pris soin du juste – c’est l’arche qui sauve Noé et tous les siens.

Maintenant, Dieu garantit la justice qui est ce qui demeure dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre à espérer « Nous attendons selon sa promesse des cieux nouveaux et une nouvelle terre où la justice habite » (13).

En d’autres termes, deux éléments traversent le feu du dernier jour : la justice et la Parole de Dieu, sa promesse qui se réalise.

La Parole de Dieu est celle qui a créé les cieux et la terre ; elle a formé la matrice dans laquelle nous vivons. C’est la même Parole qui fonde la promesse de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre.

Cette parole est celle qui m’invite à vivre comme un ou une juste, à faire vivre la justice.

Peut-être, – si à mon tour, je m’appuie sur les textes transmis – , peut-être que ces deux éléments qui seuls demeurent (Parole de Dieu et justice) ne forment qu’un. Puisque la justice de Dieu dans le Nouveau Testament est celle qui me justifie, puisque je suis juste par la Parole de Dieu qui m’accueille.

∑

Et si cette piste est bonne, à chaque fois que je vis et reçois la grâce, que je la donne à vivre, j’attends et je hâte la venue du jour de Dieu (12).

Nous entrons liturgiquement dans la fin d’un temps, avec l’horizon d’un nouveau cycle de l’année de l’Eglise. Ce temps qui nous mène à l’Avent entre fin et nouveau commencement, nous invite à méditer sur la fin du monde, et sur la Parousie, le retour du Christ.

Avec cette épître de Pierre, nous pouvons accueillir l’éventuelle fin du monde et nous rappeler la parole de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle où la justice habite.

Ce texte serait alors aussi comme une invitation à apprivoiser le dernier jour, notre départ et notre arrivée dans les bras de Dieu. Je ne sais pas quand ce jour viendra, je ne sais pas comment il viendra. Je crois que j’y serai reconnue comme juste devant Dieu, non à cause de mes œuvres, mais parce que Dieu, par son fils, m’a rendu telle. Ce seront de nouveaux cieux et une terre nouvelle, tout différents de ce que je connais, mais l’essentiel y sera : sa parole qui me recrée, nouveau moi, dans le regard de Dieu.

Et de cette grâce, cette parole, je peux en être le témoin déjà aujourd’hui, sachant que c’est cela qui traverse même la fin du monde.

Amen

 

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 2 novembre 2025

Prédication de la pasteure Aline Lasserre, le 2 novembre 2025

Prédication Zachée, Luc 19, 1à10 et 2 Thess 1, 11à2,2 « Vous avez cru, nous prions afin que Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé, que par sa puissance il vous donne d’accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi ».

L’’histoire de Zachée est une belle histoire. Il y a bien sûr de nombreux critères pour définir ce qu’est une belle histoire. Nous n’en avons certainement pas tous la même définition.

Une belle histoire, est-ce une histoire qui finit bien ? Ou qui nous fait du bien ?

Ou encore une histoire qui nous émeut ? Qui nous interpelle ou nous transforme ?

Il y a de tout cela dans cet écrit de Luc. Ce qui pour moi fait la beauté particulière de cette rencontre est le fait qu’elle transforme Zachée de fond en comble.

Luc place dans son évangile la rencontre de Zachée juste après la narration de la guérison de l’aveugle de Jéricho qui suivait la question de l’homme riche, préoccupé d’obtenir la vie éternelle et qui s’en allait tout triste de ce que Jésus lui avait dit quant au partage de sa richesse.

Ce qui avait fait dire à Jésus qu’il était bien difficile à un riche de parvenir dans le Royaume de Dieu, tout en affirmant à ses disciples que ce qui était impossible aux humains ne l’était pas pour Dieu. Zachée en sera l’illustration.

Zachée désire voir qui est Jésus, Luc ne nous dit pas pour quelle raison. Ce que Luc formule pour nous, c’est le désir de Zachée qui veut voir Jésus lors de son passage. Zachée est un homme riche, percepteur d’impôts à Jéricho qui n’est pas une ville frontière, mais néanmoins une bourgade où il y a beaucoup de passage sur la route qui mène à Jérusalem. Zachée a de l’argent pour réaliser ses désirs, mais là il se heurte à la limite de sa taille, il est petit, trop petit pour avoir une chance d’apercevoir Jésus dans la foule.

Il est petit certes mais astucieux, il va se donner les moyens de satisfaire son désir.

Bravant le ridicule, il grimpe dans un arbre aux branches basses, un sycomore.

Nous ne savons donc pas ce qui a motivé ce désir de Zachée, d’où lui est venu cette idée, ni pourquoi il y tient tant. Il en est ainsi souvent dans notre vie, tout à coup, nous en avons la conviction, c’est le moment de saisir l’occasion qui se présente, alors sans hésiter nous y allons.

Mariann Budde, évêque de Washington l’indique ainsi dans la prise de décision qui l’a fait interpeller Donald Trump. Il y a en amont tout un cheminement qui conduit à la décision qui s’impose. Il y a sans doute dans la vie de Zachée quelque chose qui a préparé ce désir et l’a poussé à agir ainsi.

Je crois que Dieu désire nous rencontrer et qu’il inscrit ce désir au cœur de notre être, comme un appel.

Jésus est venu d’ailleurs pour permettre cette rencontre. Luc nous le rappellera en conclusion, Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

C’est ainsi que Jésus fait part à Zachée de son désir de venir demeurer chez lui, là tout de suite.

C’est maintenant, parce que l’appel à saisir la vie est là, maintenant, tout près. Il y a urgence de nous ouvrir à cette présence, que parfois nous différons par manque de temps ou peut-être plus grave par manque d’écoute de ce désir que Dieu formule pourtant en notre cœur.

C’est l’invitation que Jésus ne cessait de porter aux uns et aux autres tout au long de son ministère, parce que le temps pressait, il l’avait dit aux siens, sa mort allait survenir tantôt, mais ils n’avaient pas compris. Alors inlassablement il a offert cette présence agissante et guérissante. Que veux-tu que je fasse pour toi ? demandait-il à l’aveugle dans cette même ville de Jéricho. C’est ce matin à chacun (e) de nous qu’il s’adresse, « que veux-tu que je fasse pour toi ? Quel est ton désir ? »

A Zachée en réponse à son désir simplement de le voir, Jésus se révèle comme celui qui se tient à sa porte. IL fait même bien davantage en lui offrant sa présence chez lui. Zachée accepte aussitôt et s’en trouve transformé. Jésus comble le désir de Zachée bien au-delà de ce qu’il attendait en grimpant dans un arbre, c’est cela qui comble de joie Zachée qui s’empresse d’accueillir son hôte.

Zachée est riche en biens matériels, mais cela ne fait pas forcément de lui un homme heureux. Certainement que de par sa fonction, il n’est guère apprécié, peut-être est-il plus malheureux qu’on ne le pense, à l’image des personnes qui bien qu’à l’abri de tout souci matériel ne se sentent pas comblées. Zachée est sans doute un mal-aimé, un rejeté, un pauvre au fond.

Sans doute n’imaginait-il pas que Jésus puisse s’intéresser à lui et en tous cas pas s’inviter dans sa demeure, fut-elle luxueuse.

Ce n’est pas ce qui intéresse Jésus, certains pensent même qu’il ne se rend pas compte avec qui il fraye. Mais eux le savent, eux connaissent Zachée, c’est un impur du fait de son contact avec l’argent et c’est un filou. Comment se fait-il que Jésus le choisisse lui ?

Jésus porte son regard sur Zachée, il l’a vu perché dans son arbre, au-travers des branches, il veut le rencontrer chez lui.

C’est que la rencontre avec Jésus nécessite aussi un lieu et un temps à part.

Vous le savez bien, vous, nos Sœurs, qui vous rassemblez et nous conviez à la régularité de vos offices, il y a un temps pour s’asseoir aux pieds du Seigneur et un temps pour se relever.

Jésus se fait proche de cet homme qui en est tout retourné. Il décide alors de faire de l’ordre dans ses biens. Il donnera la moitié de sa richesse aux pauvres et comme le dira délicatement Luc, s’il a fait tort à qqn, et c’est avéré, il rendra au quadruple ce qu’il a pris, selon la pratique romaine.

Le changement est conséquent, même incroyable, on aimerait bien savoir comment cela s’est passé. Jésus a-t-il dit une parole à Zachée qui l’aurait poussé au partage de sa richesse ?

Nous ne saurons rien d’autre que ce que Luc nous en fait comprendre. La présence de Jésus a été suffisante pour opérer ce changement radical.

C’est cette seule présence de Jésus qui opère cette conversion de Zachée.

La générosité de l’amour de Dieu entré dans sa maison rend heureux le cœur de Zachée et lui donne d’être généreux.

« Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison «  Zachée est un fils d’Abraham, Jésus fait de cet exclu un élu du peuple de Dieu.

Cela résonne à nos oreilles comme le rappel de la prédication de Jean-Baptiste : « de ces pierres, Dieu peut susciter des fils à Abraham », il n’y a pas de prédestinés au salut ou alors il s’agit de tous.

Je crois bien que c’est tout le ministère de Jésus que de venir nous offrir sa présence inconditionnelle. Alors je m’interroge, est-ce que je vis vraiment de cette présence généreuse? Est-ce que je m’en laisse réjouir ? Est-ce que je me laisse interpeller ainsi dans mon éthique, dans ma vie quotidienne ?

Qu’est-ce que cette présence du Seigneur change dans le concret de ma vie ?

Pour vous, nos Sœurs, nous le voyons bien, cela a changé l’orientation de votre vie, et je crois volontiers que cela vous est un choix à renouveler.

Pour nous autres aussi, c’est un choix régulier que de nous engager à vivre dans l’attention et l’ouverture à la présence du Seigneur en nous.

Tout à l’heure nous nous réjouirons ensemble de ton engagement Laurence dans le TOU, c’est le choix que tu as fait de vivre en communion avec les Sœurs de Grandchamp et de rejoindre cette famille spirituelle, en route ensemble dans une prière commune pour l’Unité.

C’est certainement dans nos engagements aussi que se vit et se donne à voir les fruits que la présence du Seigneur nous donne de porter.

L’apôtre le formulait en ses mots à la communauté de Thessalonique : nous prions afin que Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé, que par sa puissance il vous donne d’accomplir tout le bien désiré et rende active votre foi ».

La prière est bien nécessaire pour répondre régulièrement à l’appel que le Seigneur nous adresse et pour que nous puissions en réponse à sa présence généreuse nous montrer nous aussi généreux et qu’ainsi notre foi reste une foi active et vivante.

Oui, cette histoire de Zachée est une belle histoire.

Belle par l’espérance qu’elle nous porte aujourd’hui.

Dans la réalité, dans le contexte qui sont les nôtres aujourd’hui, le Seigneur s’approche de nous, il s’invite chez nous, il vient pour être à demeure en nous, tout cela est de l’ordre de la Grâce, signe de son amour inconditionnel.

Puissions-nous, comme Zachée, tout fragiles, tout tordus que nous sommes, puissions-nous répondre avec une joie renouvelée à cette invite :

« Chez toi, aujourd’hui, il me faut demeurer ». Notre réponse comblera ainsi le désir de Dieu.

Amen