Homélie par le pasteur René Perret, le 16 mai 2021

Homélie par le pasteur René Perret, le 16 mai 2021

Célébration à Grandchamp – Dimanche 16 mai 2021
Jean 17,11b-19 / Actes 1,12-14 / 1Jean 4,11-16

Ce dimanche, nous sommes entre l’Ascension et Pentecôte.
Entre le moment où le Christ quitte la vue de ses disciples pour rejoindre son Père, et le moment où le Saint-Esprit descend sur les disciples, les emplissant d’une force nouvelle, d’une présence nouvelle.

La première lecture nous le rappelle : en ce temps d’attente, les disciples sont assidus dans la prière.

Comme les disciples, année après année, nous suivons le chemin de la vie du Jésus, depuis son annonce à l’Avent, puis de Noël aux Rameaux, Vendredi-Saint et Pâques, puis l’Ascension et Pentecôte.

Comme les disciples, nous vivons aujourd’hui ce temps d’attente, dans la joie à venir du don de la Pentecôte.

Nous connaissons bien ces étapes, ces fêtes de joie mais aussi de douleur.
En les vivant à nouveau, nous recevons à chaque fois le cadeau qu’elles contiennent.
Et même, nous en découvrons davantage sa richesse de sens, de force vive, une joie renouvelée.

Or, bonne nouvelle !
Dans ce dimanche qu’on pourrait dire « d’attente » entre l’Ascension et Pentecôte, voici que l’Evangile nous fait ce cadeau inestimable : nous sommes conviés à entendre la prière que Jésus adresse à son Père.

Jésus ne s’adresse pas à nous. Il parle à son Père.
Nous sommes ici auditeurs d’un moment d’intimité entre le Père et le Fils.
Nous sommes à la place disponible pour nous dans la communion de la Trinité, (geste vers l’icône de la Trinité) et nous entendons Jésus parler de nous à son Père.

Que lui demande-t-il ? Que Dieu nous donne d’entrer dans cette relation unique qui est celle que Jésus a vécu de tout temps avec son Père.

Que Jésus ait été uni à son Père, toute sa vie en témoigne. En le voyant faire, en l’écoutant, nous découvrons qui est ce Dieu invisible et au-delà de notre intelligence.
Jésus a été l’incarnation de Dieu tout-puissant et miséricordieux. En lui, l’Amour s’est fait visible, tangible, audible.

Ce qu’il demande à son Père de nous donner, c’est d’entrer dans cette proximité-là, pour que cet amour qui les lie devienne nôtre, qu’il prenne chair dans notre vie.

Ainsi, d’être un comme le Fils et le Père sont un, vivre l’unité, ce n’est pas d’abord un travail d’accueil à faire, un effort de compréhension.
Mais c’est premièrement recevoir ce cadeau de Dieu : il nous aime intimement comme il aime son Fils.

Ce cadeau, l’accueillir jusqu’au profond de notre être, et qu’il ressource nos gestes et nos attitudes, nos paroles et nos pensées.

Cette unité, de source commune, elle nous transporte de joie quand nous la vivons avec des sœurs et des frères. À la lumière de cet amour premier, nos différences deviennent beauté d’un bouquet de fleurs des chants.

Cet amour unique et unifiant, que Jésus nous a donné à entendre, à recevoir, nous sommes appelés à l’apporter à notre tour au monde, tellement aimé par Dieu.

Ce monde, que nous pouvons parfois percevoir comme un bloc hostile, méprisant notre témoignage et sourd à l’amour de Dieu, souvenons-nous que nous en avons fait partie.

Et si nous croyons aujourd’hui, si notre joie d’être aimé est imprenable aujourd’hui, il y a bien d’autres personnes comme nous dans ce monde qui sont en attente de notre rayonnement.

C’est pourquoi Jésus demande à Dieu de nous consacrer par la vérité.

Quand je pense à ce verbe : se consacrer, c’est d’abord cette expression populaire qui me vient :
une personne qui se consacre à sa tâche, elle y met tout son cœur, toute son énergie, tout son temps.
Celles et ceux que nous connaissons qui se sont consacrés à leur tâche, ils nous marquent par leur détermination, leur courage parfois.

Jésus ici dit se consacrer pour nous ; il va mener sa mission jusqu’au bout : monter sur la Croix pour indiquer que l’Amour est plus fort que la mort et le mal.

Nous avons vu Jésus déclarer « Tout est accompli » avant de rendre son esprit à Dieu.
Nous avons cru que Dieu l’a ressuscité, indiquant par là que la vraie vie qui ne finit pas, c’est celle qui est animée par cet amour.

Etre aimés ainsi, être unis ainsi au Père et au Fils, quelle joie et quelle lumière !
Jésus nous envoie, tels que nous sommes, pour les faire rayonner dans le monde. Amen.

Homélie par le pasteur Joël Pinto, L’Ascension, le 13 mai 2021

Homélie par le pasteur Joël Pinto, L’Ascension, le 13 mai 2021

ASCENSION Eph 1, 17-23; Act 1, 1-11 et Lc 24, 44-53
Nous venons d’entendre ce passage de l’Évangile de Luc, où l’on peut lire que Jésus, après avoir bénit ses disciples, se sépara d’eux et fut emporté au ciel.

Luc se réfère encore à l’ascension, au début du Livre des Actes des Apôtres, pour souligner qu’un tel événement est comme le lien qui unit la vie terrestre de Jésus à la vie de l’Église. Il signale le nuage qui soustrait Jésus à la vue de ses disciples et les deux hommes qui apparaissent en robes blanches et les invitent à ne pas rester immobiles, en train de contempler le ciel, et annoncent la promesse que Jésus reviendra de la même manière qu’ils l’ont vu monter au ciel. Par conséquent, la célébration de la fête de l’Ascension du Seigneur, est pour nous un chant de victoire et d’espérance !

La couleur blanche représente, d’après le symbolisme biblique, l’univers de Dieu.

Il y a un lien évident entre ces deux hommes en robe blanche et les deux hommes aux vêtements éblouissants qui apparaissent dans la tombe de Jésus, le jour de la Résurrection. Les paroles prononcées par ces deux hommes constituent l’explication de Dieu pour l’absence du corps du crucifié : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité » !

Maintenant, avec le regard de la foi, les apôtres comprennent que, bien que Jésus soit soustrait à leurs yeux, il reste pour toujours avec eux et, dans la gloire du Père, ne les abandonne pas. Voilà pourquoi l’Ascension n’indique pas l’absence de Jésus, mais nous dit, bien au contraire, qu’Il est vivant parmi nous d’une manière nouvelle. Il ne se trouve pas dans un lieu spécifique, dans le monde, comme c’était le cas auparavant, mais il est maintenant dans la Gloire de Dieu tout en étant mystérieusement présent dans l’espace et le temps, proche de chacun de nous. C’est bien ce que nous signifions en récitant le credo quand nous disons que Jésus « est monté au Ciel, qu’il s’est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ».

Cette fête nous invite également à être des témoins de Jésus, qui vit dans le Ciel, dans l’Église et dans le cœur de chacun de nous.

Le jour de l’ascension de Jésus nous apprenons que les disciples ont regagné Jérusalem pour ensuite aller proclamer partout le message de Jésus.

Avec cela, nous observons encore que l’Ascension de Jésus n’indique pas son absence temporaire du monde, mais inaugure surtout la forme nouvelle et définitive de sa présence parmi nous, en vertu de sa participation à la Gloire divine. Les disciples, renforcés par la puissance de l’Esprit Saint, sont chargés de rendre perceptible la présence du Christ parmi les hommes par le témoignage, la prédication et l’engagement missionnaire.

Pour nous, la fête de l’ascension a trois aspects très importants :

• Le premier, c’est la certitude que, aussi incertaines et dénuées de sens que la réalité et notre vie apparaissent souvent, il y a un Seigneur dans le ciel, qui a tout, avec amour et puissance, entre ses mains. Rappelons-nous les paroles de la lettre aux Ephésiens, que nous avons entendue tout à l’heure : « sachez qu’elle immense puissance Dieu a déployé en notre faveur, à nous les croyants : son énergie, sa force toute puissante, il les a mises en œuvre dans le Christ lorsqu’il l’a ressuscité des morts et fait assoir à sa droite dans les cieux, bien au-dessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté et e tout autre nom qui puisse être nommé, non seulement dans ce monde, mais encore dans le monde à venir ». Il n’y a donc rien à craindre. En ressuscitant Jésus et en le glorifiant, Dieu nous révèle l’étendue de sa force : votre Seigneur est celui qui dirige tout, désormais. Vous et le monde dans lequel vous vivez, vous et l’histoire dans laquelle vous agissez, vous êtes entre les mains de celui qui est assis sur le trône, à droite du Père !

• Le second, nous révèle, alors que nous regardons vers le ciel, que le ciel est finalement en chacun de nous et que Celui qui se dérobe à nos yeux reste, malgré tout, présent dans nos vies. Par conséquent, nous sommes membres du Corps du Ressuscité, appelés à partager sa gloire. Telle est notre assurance.

• Nous sommes, enfin, appelés à témoigner courageusement de cette promesse devant le monde, en apportant l’espérance à ceux qui souffrent, aux abandonnés, aux désespérés, à ceux qui cherchent un sens pour leurs vies…

Comme les disciples, en acceptant l’invitation des « deux hommes en costumes brillants », nous ne devons pas rester les yeux fixés sur le ciel, mais, sous la direction de l’Esprit Saint, accepter d’être appelés à consolider notre foi en la présence réelle du Christ dans l’histoire, présence agissante, se déployant dans nos propres vies, gage d’un monde nouveau, transfiguré par l’amour. Car, sans cette présence agissante du Christ ressuscité nous ne pouvons rien construire de solide dans notre histoire humaine. Bien qu’avec nos yeux de chair nous ne puissions pas contempler le Seigneur dans sa gloire, nous pouvons, soutenus par l’Esprit Saint et avec les yeux de la foi, être sûrs que ce monde et notre vie ont un sens et que l’avenir repose sur une espérance.

Joël Pinto

Homélie par Jean-Philippe Calame, le 13 juin 2021

Homélie par Jean-Philippe Calame, le 13 juin 2021

Mes sœurs, mes frères,
                                      I
Le règne de Dieu est comparable à une graine qui pousse invisiblement ; il est encore semblable à la plus infime des graines. Ces deux paraboles bien connues devraient à tout le moins nous redonner une certaine liberté de pensée et surtout de nouveaux critères d’appréciation par rapport à une forme de dictature exercée continuellement sur nous depuis de nombreuses années. Je veux parler de la manie des sondages et des évaluations chiffrées, qui n’accordent de l’importance qu’à ce qui représente des succès immédiatement visibles. On n’accorde du crédit qu’à ce qui attire les foules, à tout ce qui s’impose par de l’ampleur : croissance fulgurante en entreprise, affluences records lors d’un spectacle, milliers de « likes » accordés à une vidéo ou un tweet posté sur internet, etc….

Assurément, le règne de Dieu n’obéit pas à ces critères. Plutôt comparable à une germination, le règne de Dieu connait des étapes tout à fait invisibles, et en termes d’influences il se présente comme la réalité la plus infime, même si à terme il se révélera d’une ampleur que nous ne pouvons imaginer ou concevoir.

Le règne de Dieu est donc en rupture avec le besoin très marqué de « signes », ces attestations fort réclamées à l’époque de Jésus. Le règne de Dieu tranche tout autant avec notre hantise actuelle à mesurer non seulement le succès, mais la légitimité de toute initiative ou créativité à des résultats quantifiés, à une croissance rapide, à une visibilité immédiate.

Bonne nouvelle donc : ce qui demeure, parfois longtemps, invisible et humble, peut tout à fait être consistant, légitime et parfois essentiel ! La méditation et l’assimilation de l’évangile devraient nous redonner de l’espace, nous affranchir de la pensée unique, et comme l’exprime l’apôtre Paul, fonder solidement une authentique espérance.

                                     II
Parmi nous se trouvent aujourd’hui des sœurs et des frères qui se sont engagés sur un chemin exigeant, humble, et qui représente un véritable défi de confiance, le chemin vers le pardon : un pardon, des pardons que l’on veut donner sur des points précis où certains de nos semblables nous ont profondément blessés. Parmi les obstacles que l’on rencontre sur ce chemin, il y a cette petite voix insistante qui voudrait évaluer notre capacité à pardonner ou quantifier notre désir de pardonner.
Cela peut prendre la forme de deux questions assez paralysantes : « Est-ce que j’arriverai à pardonner ? »
et « Est-ce que j’ai le désir de pardonner ? ». Derrière ces deux questions se déploie en toile de fond la fameuse question de l’authenticité ! Le pardon que je vais accorder sera-t-il sincère, alors que je souffre encore de ce qui m’a blessé ? Et le pardon que je vais accorder sera-t-il donné avec mon cœur, alors que mon désir de pardonner me semble encore si ténu, si fragile ?

Ces questions sont sérieuses, et elles habitent des cœurs qui ont une belle sensibilité. Mais l’adversaire excellera à nous présenter ces questions à sa manière, c’est-à-dire de manière à nous décourager !
Or, la réponse de fond à ces questions sera de se rappeler que le pardon appartient au règne de Dieu. Le pardon n’est pas une œuvre à taille humaine. Le pardon que je peux donner un jour en toute sincérité en tant qu’être humain est un fruit qui germe et éclot dans le terreau de l’alliance : le pardon naît de la rencontre entre l’œuvre du Christ et le oui de sa disciple, de son disciple. C’est parce que Dieu règne que le pardon peut fleurir dans un cœur humain, même très bouleversé.
Les deux paraboles écoutées ce matin nous parlent du règne de Dieu, elles peuvent donc éclairer notamment le pardon, cette expression privilégiée du règne de Dieu. Reprenons nos deux questions : «Le pardon que j’aimerais accorder un jour sera-t-il donné de tout mon cœur, alors que mon désir de pardonner me semble si ténu, et si incertain ? » Ici, la parabole de la graine de moutarde ouvre une perspective. À sa manière elle nous dit :
– Considère d’abord comme une merveille que, si petit soit-il, le désir de pardonner commence à poindre. Reconnaît cela, vraiment. Ton désir de pardonner se présente-t-il aussi petit que la plus petite graine ? Confié au terreau de l’alliance, confié au règne de Dieu dans le présent, cette petite pousse de désir deviendra comme la plus grande des plantes potagères, et comme elle produira des effets dont beaucoup bénéficieront.
Quant à l’autre question : « Est-ce que j’arriverai à pardonner ? ». La parabole de la graine qui pousse hors de notre vue peut t’encourager dans la durée. À sa manière, cette parabole te dit : « Tu as pris le chemin, tu es sorti pour semer cette graine si particulière qu’est le pardon. Tiens-toi proche du semeur en son espérance … ´nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment´. L’œuvre que le Christ a commencé au plus profond de toi, il a la force de la soutenir et la fidélité de la mener jusqu’au bout. »

                                     III
Oui, notre Seigneur, qui nous a donné le jour, ne cesse de nous vouloir vivants (et non pas à demi-vivants) ! Ezéchiel aussi nous rappelle ce matin que notre Dieu est plus grand que tout déterminisme. Pour nous le rappeler, Ezéchiel s’appuie sur une autre image saisissante de la nature : vous savez, ces petites pousses que l’on peut observer à la cime de vieux arbres. Au haut d’un conifère, d’un sapin, d’un cèdre, apparaît tout à coup comme un petit arbre en miniature, dont la jeunesse se signale par une couleur plus claire et plus intense, et dont la vitalité nous surprend.

Ezéchiel nous fait comprendre : qu’il s’agisse d’une dynastie prestigieuse ou d’une dictature indéboulonnable, que l’arbre tordu ou irrégulier représente une histoire de famille compliquée ou un parcours personnel dramatique, douloureux ou chaotique,… face à tout cela notre Dieu demeure souverain, il n’est ni impuissant ni insensible devant ce que nous voyons comme des déterminismes.  « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée… (la montagne très élevée symbolise un lieu de la présence de Dieu, le fait qu’il est présent). Cette pousse replantée portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront ». Notre Dieu est maître de la vie, il est le Seigneur des nouveaux départs, il est l’initiateur inlassable de nouveaux commencements.
Rien ne peut empêcher le Seigneur, en son amour, de renverser ce qui paraît définitif, d’apporter un changement radical à ce qui se présente comme scellé : «je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

C’est avec ce Seigneur que nous marchons vers le pardon que nous voulons donner. C’est avec ce Seigneur que nous affrontons les questions les plus délicates et les plus décisives dans nos existences personnelles, communautaires et humanitaires. En chemin avec Dieu nous apprenons que les plus importantes réalisations ont des débuts très modestes, une germination invisible. En chemin avec le Christ nous éprouvons que notre cœur peu à peu se remet à battre, qu’il devient brûlant, qu’une confiance est là tout à coup qui nous étonne, comme une fleur humblement apparue à l’aube.
« Par d’autres et nombreuses paraboles semblables, Jésus nous annonce la Parole, dans la mesure où nous sommes capables de l’entendre. Avec en plus la promesse de nous expliquer en particulier à certaines heures, comme un Ami parle à ses ami-e-s ».

Amen.

Homélie par la pasteure Aline Lasserre le 24 juin 2021

Homélie par la pasteure Aline Lasserre le 24 juin 2021

Lectures bibliques :
Malachie 3, 1 à 4 et 22 à 24 : appel à se repentir et nouvel envoyé
Luc 1, 67 à 80 : cantique de Zacharie
Prédication : Silence de Zacharie et parole.

Je l’attendais mon homme, moi Elisabeth et il ne venait pas.
J’avais préparé le repas et je tournais un peu en rond, comme on le fait quand on sait que ce n’est pas la peine de se mettre à un ouvrage parce qu’il faudra s’interrompre sans tarder. Et tout à coup la porte s’est ouverte, mais ce n’était pas Zacharie, c’était Simon qui avait couru pour me prévenir en me disant : Zacharie a certainement eu une vision dans le temple et il ne parle plus. Simon c’est le fils de nos voisins, sa mère était toute jeune quand elle lui a donné naissance et nous avons souvent accueilli ce petit enfant qui est devenu pour nous comme un fils.
Un fils que nous n’avons pas eu et que nous n’aurons jamais, hélas.
Simon a bien rempli ce vide de nos cœurs et depuis 12 ans, je pense qu’il ne se passe pas 2 jours sans que nous ne le voyions venir en quête d’une réponse, d’un câlin ou juste d’une présence.
Il me connait bien Simon, il a pensé que je serai inquiète alors il est venu me prévenir.
Moi je savais que c’était le tour de Zacharie d’entrer dans le sanctuaire du temple pour porter à Dieu l’offrande du peuple, c’est un honneur et Zacharie était déjà ému quand il était parti ce matin pour le service du temple-
Zacharie, mon homme, porte bien son nom : Le Seigneur se souvient. Il remplit son office de prêtre en rappelant inlassablement au peuple que le Seigneur ne nous oublie pas, qu’il se souvient de ses promesses et de son alliance de toujours à toujours.
Il le dit et le redit en préparant les sacrifices au temple sous les portiques, le Seigneur ne cessera pas de nous visiter, il l’a promis par la bouche des prophètes, il déversera sur nous sa bénédiction en abondance, c’est le prophète Malachie qui le dit, mais il voit bien Zacharie que son peuple n’en est plus si sûr; les conflits, les malheurs font taire l’espérance. L’insécurité est grande et chacun peine au quotidien, comment faire des projets quand on ne peut même plus espérer que demain sera un jour meilleur ?
La violence est à fleur de peau dans tous les clans, on n’ose même plus exposer son point de vue sans craindre des représailles.
Zacharie est rentré, il m’a longuement regardée et moi aussi vous pensez bien que je l’ai regardé. Dans son regard, il y avait un mélange de lumière, de surprise encore et de gêne aussi.
Alors il a pris ma main, on s’est mis à table et il a souri.
Zacharie et moi nous formons un vieux couple, on sait aussi se comprendre sans parole, c’est ce que j’ai pensé ce 1er soir, je n’imaginais pas que ce silence allait durer et qu’il allait nous transformer en nous façonnant tous les deux.
Bien sûr il y avait la tablette où les mots prenaient le relais, mais que sont les mots sans expression ni émotion ?
Comment comprendre ces deux mots que Zacharie venait d’écrire en glissant sa tablette sous mes yeux, juste avant de quitter la pièce, silence = punition ?
Zacharie avait reçu une parole, un signe, une visitation de l’ange du Seigneur et il n’avait pas voulu, peut-être pas pu croire en Sa parole.
Peu à peu, j’ai compris que ce silence-là, n’était pas que punition, Dieu s’en servait et ce silence est devenu un cadeau.
Parler tout de suite n’aurait pas été approprié, un peu comme quand on fait retraite et que le Seigneur parle en nos cœurs, il faut garder le temps de recevoir les mots pour comprendre et pouvoir ensuite rendre compte de ce qui est survenu.

Moi aussi je me suis tue quand j’ai perçu dans mon corps que se réalisait l’annonce tant espérée et attendue. Moi non plus je n’ai pas cru, moi qui me croyait femme de foi, inébranlable, j’ai même un peu honte de vous le dire mais au Seigneur j’ai dit que : c’était trop tard, que c’était avant qu’il fallait nous répondre…Au fond ce long silence nous fait du bien parce que Dieu seul a repris la parole faisant taire en nous nos ennemis intérieurs.
Chacun de nous a les siens, c’est sûr, moi je ne les avais pas repérés si nombreux, me tenant captive, j’avais imaginé être une femme libre, une fidèle du Seigneur et voilà que je me trouvais honteuse, craintive du jugement des autres.
Moi la femme croyante, je découvrais que l’incrédulité l’emportait sur ma foi, ce n’est pas si simple de rester ancrée en Dieu et solide dans sa foi quand survient l’inimaginable ou l’épreuve soudaine et il m’a fallu un long temps pour comprendre que foi et incrédulité, foi et doute, s’entremêleront toujours.

C’est quand Marie est arrivée que les choses ont commencé à changer.
Marie c’est ma cousine et sa venue m’a tant réjouie que longuement je l’ai serrée contre moi, alors l’enfant que je portais a tressailli de joie et cette joie s’est répandue dans mon corps et dans mon cœur, je l’ai sentie comme nulle autre joie, c’était la joie du ciel en moi, une joie tellement forte qu’elle a chassé tout ce qui en moi y faisait obstacle jusque-là. C’est la 1ere fois que mon prénom s’illustrait si bien : Mon Seigneur est plénitude.
Le regard de Zacharie devenait toujours plus lumineux, comme s’il était tout à fait normal d’être réduit au silence et je les entendais rire Marie et lui, complices comme toujours.
Marie est repartie et notre enfant est né.
Juste avant que la maison ne se remplisse de la présence joyeuse, bruyante et affectueuse des voisins et de la parenté, Zacharie a posé sa main sur le front de l’enfant et sur mon front, il a fermé les yeux et c’est comme si je l’entendais faire monter sa louange au Seigneur qui fait grâce, ce sera le nom de l’enfant.
Alors ils sont venus pour marquer l’enfant du signe de son appartenance à Dieu, ils voulaient l’appeler Zacharie comme son père, mais moi j’ai dit que son nom était Jean.
Ils ont eu de la peine à me croire, aucun de nos ancêtres ne s’appelle Jean, alors ils ont interrogé Zacharie qui l’a confirmé par écrit.
Et c’est en traçant son nom : le Seigneur fait grâce que la parole lui est revenue. Dans le silence soudain les mots de Zacharie se sont posés dans nos cœurs comme une prière : Béni soit le Seigneur …

« Béni soit le Seigneur » ce sont les 1ers mots de nos matins et les derniers de nos soirs. Ces 1ers mots de bénédiction ont retenti comme les mots de la libération, non seulement de Zacharie, mais de nous tous.
Le Seigneur nous emplit de sa bénédiction, il nous comble d’une espérance nouvelle. Il nous libère pour que nous puissions lui rendre notre culte, que nous puissions en toute liberté faire monter vers lui notre louange, je réalisais que personne jamais n’aura prise sur cette liberté que le Seigneur nous donne pour le louer et vivre de sa présence.

C’est vers ce Seigneur que Zacharie nous a de suite orientés.

« Béni soit le Seigneur qui a visité son peuple ». Souvenez-vous,
plusieurs fois au temple je vous ai dit que le Seigneur ne cesse de nous visiter, maintenant c’est par un petit enfant qu’il vient nous le dire. Alors asseyez-vous, faites silence vous aussi et vous comprendrez ce que l’Esprit viendra annoncer en vos cœurs.
Dieu ne se contente plus de poser sur nous son regard, non, maintenant il va venir nous libérer de nos ennemis et nous permettre à tous de l’adorer en esprit et en vérité.
Ce petit enfant qui vient de naître sera chargé de nous le rappeler, le Seigneur nous l’envoie pour nous ramener à lui, inlassablement, et préparer le chemin du Messie, car Il va venir et il vient Celui que nous attendons, le Sauveur et le Seigneur du monde.

Aujourd’hui, accueillons ensemble cette promesse qui se réalise déjà et nous invite à louer notre Seigneur qui vient nous libérer de la désespérance, de la peur et de l’inertie en orientant nos regards vers le Christ, astre venu d’en haut pour éclairer nos routes et dissiper nos ténèbres,
C’est lui, le Seigneur, qui sera notre lumière de toujours à toujours et qui nous mènera vers un juste chemin, sur le chemin de la paix-
Amen

Aline Lasserre , Grandchamp 24 juin 21

Homélie par la pasteure Alice Duport, le 8 avril 2021

Homélie par la pasteure Alice Duport, le 8 avril 2021

Jean 20, 11-18

Peut-être avez-vous connaissance d’un sondage relayé par Réformés.ch, le site d’information des Eglises de Suisse romande, posant la question suivante : « Croyez-vous en la résurrection corporelle de Jésus ? ». Les réponses étaient ensuite classées par confession, – et je trouve qu’elles sont sans grand intérêt.
D’abord, parce que c’est vraiment une question de journalistes qui, avant Pâques, croient faire de l’information.
Ensuite, parce que cette question ne devrait pas se poser – surtout pas dans un sondage où l’on coche des cases oui ou non !
Croire en la résurrection est une chose tellement intime, liée à un parcours de foi, à une façon de lire les Ecritures, de les comprendre, de les méditer – que la forme du sondage médiatique est presqu’indécente.
Croire en la résurrection – c’est d’abord affirmer que Christ est vivant, parce que chacune, chacun en est persuadé au fond de son cœur – Comme Marie-Madeleine dans le jardin du premier jour.
Croire en la résurrection, c’est avoir entendu le témoignage des femmes, des disciples, des apôtres de tous les temps qui ont murmuré, proclamé, crié sur les toits : Christ est ressuscité – il est vraiment ressuscité – Alléluia ! 

Mais d’abord, nous avons les témoignages de Paul et des évangélistes – ce soir, dans Jean. Et je suis toujours émerveillée par ces récits qui affirment sans s’imposer, qui suggèrent pour inviter à la foi – mais qui n’imposent jamais une vérité. Comme Jésus lui-même ne s’imposait jamais, mais invitait des auditeurs à le suivre – les récits de résurrection, les récits des apparitions du Ressuscité, invitent à la foi. 

Nous sommes dans un jardin au petit matin. Les disciples – Jean et Pierre – ont constaté que le tombeau était vide. Ils n’ont pas encore compris la résurrection et sont rentrés chez eux. Il y a cependant cette mention, concernant Jean : « Il vit et il crut ». Rien de plus.

Si on s’en tenait là, au tombeau vide et la réaction des disciples, j’ose dire que la résurrection est un non-événement. Il faudra la rencontre personnelle de Marie avec Jésus, puis des disciples, puis de Thomas, pour que la présence du Vivant, du Ressuscité devienne réalité pour eux.
Il faudra encore le don de l’Esprit, au verset 22, pour que les disciples comprennent leur mission au nom du Ressuscité – et que l’histoire de Jésus, le Christ vivant, arrive jusqu’à nous. 

Mais revenons à ce jardin, au premier matin de Pâques.
Marie de Magadala, elle, reste dans le jardin et pleure. 

Elle est bien sûr en deuil de son ami. Elle pleure à cause de la perte et de l’absence. Parce que la mort d’un proche fait si mal. Parce que le présent est sombre et que l’avenir ne s’envisage même pas.
Les anges dans la tombe lui demandent pourquoi elle pleure ! Question presque cruelle pour celle qui est en deuil.
Marie pleure – et la question lui sera posée deux fois.
Et la réponse est simple : elle pensait trouver le corps de Jésus. Elle pensait pouvoir se recueillir (comme ça se fait d’aller au cimetière). A noter que dans l’évangile de Jean, elle est seule et il n’est pas question de toilette du mort ou d’embaumement comme dans les autres évangiles.
Marie cherchait le corps de son ami et maître Jésus – pour « faire son deuil » dirait-on aujourd’hui.
Elle ne le trouve pas. L’objet de son deuil lui est ôté – et cette absence en rajoute à sa tristesse.
Elle est dans la mort, dans le deuil, dans les larmes. Et on le sait bien, les larmes empêchent de voir clair. Physiquement (les yeux pleins d’eau) et symboliquement : Quand on pleure, on ne voit pas bien – ni l’avenir, ni l’espérance, ni la consolation. 

La question lui est posée une seconde fois – « Femme, pourquoi pleures-tu ? – Qui cherches-tu ?» Et une seconde fois, Marie reste fixée sur l’absence du corps. La question n’est pourtant pas « que » cherches-tu – mais bien « qui » : une personne, un vivant.
Il faut que le Vivant l’appelle par son nom, pour qu’elle LE reconnaisse.
Elle cherchait un mort. C’est le Ressuscité qui l’appelle à le reconnaître, comme dans l’évangile de Jean, le Bon Berger connaît chacune de ses brebis pas son nom. 

C’est à l’appel de son nom que Marie reconnaît son maître, son Seigneur. Dans le jardin, elle ne s’attendait pas à voir le Vivant, mais juste un jardinier. Dans ce jardin, c’est la vie nouvelle avec le Ressuscité qui peut croitre, comme une création nouvelle.
Et elle veut toucher Jésus.

 « Ne me touche pas ! »
Jésus établit entre Marie et lui une distance. Cette parole reste un mystère qui continuera de nous interroger. Marie voulait-elle s’assurer que sa « vision » du jardinier, sa vision du Maître était bien réelle ? Que tout allait redevenir comme avant la mort en croix ? Comme si la souffrance, la mort et le tombeau étaient effacés ? Elle est humaine, Marie, elle veut toucher pour savoir, pour comprendre, et pour aimer encore ce maître et ami.

Mais ce « ne me touche pas » peut aussi être compris autrement.
Cela peut aussi se traduire par « ne me retiens pas » – comme le fait la TOB. Et le Ressuscité d’ajouter « je ne suis pas encore monté vers mon Père ».
Dans l’évangile selon Jean, c’est la seule allusion à ce que nous appellerons plus tard, l’Ascension, en nous appuyant sur les récits de Luc. L’Ascension, c’est l’affirmation que Jésus n’est plus physiquement avec nous, que rien n’est « comme avant » pour Marie et les disciples. Désormais, comme il l’avait annoncé avant sa mort – il est dans la maison du Père pour nous y préparer une place. 

Dans la NBS, « ne me touche pas » est traduit « Cesse de t’accrocher à moi » ! Traduction assez osée, presque violente dans son expression. Et pourtant, très juste, je crois.
Marie voulait s’accrocher à l’ami, s’accrocher à l’illusion que la mort de l’avait pas pris, à l’illusion que tout redeviendrait « comme avant ». Mais s’accrocher au passé, s’accrocher à cette phrase « c’était mieux avant » – c’est idéaliser le passé et en faire une idole. Idole à laquelle on s’accroche trop souvent, même et surtout en Église. « Cesse de t’accrocher » !
Le Ressuscité n’est plus le Jésus d’avant. Il n’est pas l’homme du passé, mais toujours le Seigneur de mon avenir, de l’avenir de l’Église, de l’avenir du monde.
Permettez-moi de citer le professeur Laurent Gagnebin : « Un regard sans cesse tourné vers la Croix nous fait regarder en arrière, alors que le Dieu de l’Evangile et de la résurrection nous oriente vers un futur à construire ».

C’est vers l’avenir que le Ressuscité oriente Marie. « Va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, mon Dieu qui est votre Dieu ».
Marie est chargée de mission. Comme nous le sommes encore, disciples et témoins du Seigneur vivant. Son Père est notre Père, son Dieu est notre Dieu. Sa vie est vie pour nous – en nous – par-delà la mort même. 

Christ vivant nous ouvre le chemin de la vie et fais de nous ses témoins.
Pourqu’à notre tour nous proclamions : « Oui, Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia ». Amen.

 

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour lundi de Pâques 2021

Homélie par le pasteur Jean-Philippe Calame pour lundi de Pâques 2021

« CONVERSER AVEC JÉSUS LE SEIGNEUR RESSUSCITÉ »

1

« Père très saint, tu es trop grand pour que nous puissions te connaître.
Cependant, selon ton amour, tu es connu
grâce à Celui par qui tu as créé toutes choses,
ton Fils, dont parlent les Écritures,
ton Fils, trésor caché dans le champ de ce monde. »

Cette très belle prière eucharistique que nous dirons tout à l’heure reprend le cœur de la théologie de saint Irénée. Elle commence par rappeler la seule expérience authentique que nous puissions faire de Dieu : à savoir que Dieu est amour. Non l’amour tel que nous pouvons parfois le réduire à l’affection et aux sentiments -certes essentiels- mais l’amour qui nous bouleverse et nous enseigne à grandir, l’amour… de Dieu, trop vaste pour que nous puissions le contenir dans les limites de notre pensée ou de notre expérience. 

Les paroles des Pères de l’église se correspondent et se répondent. Au début de cette retraite Maxime le Confesseur disait : « Celui, celle qui est initié-e / introduit-e à la signification cachée de la résurrection connaît le but pour lequel Dieu dès le commencement créa tout ».
Ce matin saint Irénée chante la Présence du Fils Éternel, trésor caché dans le champ du monde.
Le but pour lequel Dieu dès le commencement créa tout, saint Irénée le résume en ces mots bouleversants : « Dieu veut converser avec le genre humain ! ». 

Ainsi les Écritures saintes ne s’adressent pas à notre intelligence seulement ; elles peuvent agir pour nous à la manière d’une lettre qui nous est adressée par un Ami. Les Évangiles visent à nourrir une relation vivante entre nous et Jésus Ressuscité.
C’est « dans le champ du monde », dans l’aujourd’hui de l’existence encore soumise aux conditions « avant-dernières » qui précèdent la vie sans fin, c’est dans notre quotidien déjà, que la relation avec le Ressuscité a une dimension concrète.

2

Saint Irénée nous partage sa découverte. Le Fils, dit-il, « s’est fait homme pour converser avec le genre humain. » Quel bonheur d’envisager l’Alliance sur le registre de l’amitié et selon les lois d’une conversation !

« Converser avec le genre humain » : c’est une expression que j’affectionne particulièrement. Envisager l’alliance avec le Seigneur comme une conversation ! Cela donne une idée de la simplicité avec laquelle Jésus veut nous être présent et nous permettre de vivre proches de lui. Converser avec le Seigneur…, retrouver la confiance et le naturel qui habitent la relation entre le Père Créateur et le premier couple humain qui pouvaient « entendre la voix du Seigneur Dieu lorsqu’il se promenait dans le jardin à la brise du jour ».

Voilà quelle relation Jésus a rétablie. Tout comme le Créateur se promenait à la brise du jour, le Ressuscité nous est proche et entame avec nous la conversation dans le souffle de l’Esprit.
Conversation veut dire proximité et attention ouvrant à la compréhension réciproque ; conversation veut dire temps accordé, durée suffisante pour laisser se créer un espace permettant de s’écouter mutuellement, d’accueillir et assimiler ce qui est échangé ; converser évoque un climat et les conditions favorisant la naissance d’une liberté de s’exprimer.
Converser évoque un dialogue qui n’est pas sous pression, mais qui inclut la durée et la patience indispensables à l’écoute bienveillante, à la nutrition du coeur et à sa transformation.

3

Dès les premières lueurs du matin de Pâques, nous chantons Alleluia !, nous répétons avec ferveur et force l’acclamation : Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Parfois même nous dansons ! Cela est bon et cela est juste, car c’est le cœur de la Bonne nouvelle et il est bon de la proclamer ensemble. Mais il est tout aussi vrai que du temps, parfois beaucoup de temps est nécessaire pour que la Joie de la Résurrection imprègne notre être et nos journées.

Jésus le sait et, pour nous permettre d’accueillir la re-création qu’il inaugure, il nous confie à l’Esprit. Jésus Ressuscité transmet, souffle, l’Esprit envoyé par le Père : nouvelle Genèse ! Le don de l’Esprit est la manière, pour Jésus, de réaliser sa promesse d’être avec nous tous les jours, jusqu’à la fin.
Ce sera l’oeuvre de l’Esprit de nous conduire toujours à nouveau vers le cadeau actuel et primordial de l’alliance : une conversation avec Jésus Ressuscité. 

Dans une conversation, les temps de silence font partie du dialogue ; le bonheur comme la douleur le plus souvent dépassent les mots, et c’est alors dans l’échange des présences, en restant simplement là, l’un pour l’autre, l’un avec l’autre que se vit l’échange, l’amitié.

La conversation et la rencontre avec un Ami ne dépendent pas prioritairement de nos états d’âme au moment où la rencontre commence. Une conversation entre amis n’est pas toujours abondance de paroles. Un désir balbutié, un désarroi ou une attente, exprimés par un regard dans la simple confiance, sont aussi un langage éloquent.

« Que sera le monde d’après ?… », le monde d’après cette semaine sainte, le monde après les soubresauts de toute épreuve ? Il se prépare maintenant, avec le don du Souffle, le don de l’Esprit saint qui éclaire la Parole, qui nous engendre à nouveau et soutient tout nouveau départ.
Avec Lui, nous pouvons accepter d’entrer dans un commencement chaque fois que l’exigent les circonstances et la fidélité à la vie.

Oh ! si chaque jour, à l’instant où nous ouvrons les yeux, juste avant que s’ouvrent nos paupières, se présentait en premier le souvenir de la Bonne nouvelle : « Jésus est ressuscité, Il est vraiment ressuscité ! ». La re-création dont il est le maître affleure à notre existence et l’accompagne.

Jésus a assumé le fait que sur la terre, il n’y avait aucun endroit de repos pour lui ; même sur la croix, sa tête n’avait où s’appuyer, en sorte qu’il a baissé la tête. Il n’y avait que le vide, aucun appui.
Dans cette absence totale, il a fait briller l’offrande du tout de sa personne, de sa vie, de sa compassion, de son pardon.
Il n’est aucune situation, désormais, qui puisse empêcher la re-création dont il est le maître d’affleurer notre existence et d’inspirer la vie humaine.

Jésus a accompli l’espérance de Dieu qui était de reposer dans l’être humain, doué de sagesse et appelé au partage d’un amour, d’une communion. Relisant la genèse, saint Ambroise peut dire :
La création du monde est totalement terminée quand l’homme est là, qui porte en lui le pouvoir sur tous les êtres vivants, qui récapitule dans son corps l’univers et reflète la beauté de toute la création.
Trouvons donc le repos comme Dieu « se reposa, après tout l’ouvrage qu’il avait fait » Gn 2,2). Il reposa à l’intérieur de l’homme, dans son esprit et dans sa volonté ; car il avait créé l’homme doté de la raison et fait selon son image, un être qui cherche ce qui est bon, tendu vers les dons gratuits de l’amour de Dieu. [1]

[1] AMBROISE, Hexameron, 6,75 in Alfons HEILMANN UN Heinrich KRAFT, Texte der Kirchenväter I, Kösel Verlag, München, 1963, p. 269, trad. Taizé. Cité dans Soyons l’âme du monde. Textes des chrétiens des premiers siècles, Taizé, Les Presses de Taizé, 1996, p. 102.